Accueil » Droits de l'homme » Paroles d’un artiste exilé

Paroles d’un artiste exilé

Mise à jour : 14/03/2013

Un artiste à l’esprit indépendant peut-il aujourd’hui exercer librement son art en Côte d’Ivoire ? Plusieurs évènements récents suscitent inquiétude et questions.

– D’après les témoignages recueillis par Ivoirebusiness.net, le chanteur de reggae Prince Serry dit Jah Prince, un Franco-Ivoirien, serait emprisonné à la MACA (Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan) depuis le 26 novembre 2012, pour s’être opposé à la spoliation dont il a été victime de la part de fonctionnaires ayant procédé au pillage de son matériel de musique et de scène.
Plus d’informations
:
http://url.exen.fr/71520/
http://jahprince.over-blog.com/

Bihem Galliets, du groupe Les Galliets, chanteur du fameux « Devant c’est maïs » – que le monde entier connaît maintenant grâce au Procureur de la CPI qui voyait dans ce slogan de campagne les germes d’un génocide planifié -, vient d’être sauvagement attaqué et blessé à la machette.

Ces exemples parmi d’autres permettent de comprendre pourquoi de nombreux artistes ne peuvent retourner actuellement en Côte d’Ivoire.
Le chanteur Serges Kassy, en exil, répond à Alpha Blondy et à tous ceux ceux qui l’invitent à revenir au pays :

« Je viens de visionner la vidéo postée par ma soeur Emma, où mon grand frère Alpha Blondy, à l’émission Couleurs Tropicales avec Claudy Siar, a lancé un appel me demandant de rentrer au pays, car je ne suis pas un politicien. Que je n’ai fait que soutenir un candidat et que si je rentrais, rien ne m’arriverait. Mieux, le ministre de la Culture et lui mettraient tout en œuvre pour que rien ne m’arrive. Ceux qui n’ont ni la notoriété, ni le même grand “frère” que Serges Kassy, pour eux, Alpha Blondy et le ministre de la Culture mettront-ils tout en oeuvre pour que rien ne leur arrive? (NDLR).
Je voudrais dire à mon grand frère que je préfère être ce couillon-là et vivant, que de rentrer au pays et être mort ou emprisonné, sans aucune raison apparente, comme bon nombre de pro-Gbagbo qui sont torturés, emprisonnés ou tués, chaque jour que Dieu fait… et lui ne lève pas le petit doigt pour condamner cela.

Je voudrais le ramener au dernier rapport d’Amnesty international qui est très édifiant sur la vie et la mort de ceux qui ont ont soutenu un candidat, comme il dit si bien.

Pour sa gouverne, le couillon que je joue a reçu au matin du 5 avril 2011, cinq colonnes de FRCI armés de lance-roquettes, de fusils mitrailleurs et d’armes d’assaut. Ils ne venaient pas pour prendre le petit-déjeuner avec moi puisqu’ils ont bousillé mon portail avec fracas, se sont introduit dans ma résidence et ont commencé à mitrailler tout ce qui bougeait.

Après s’être rendu compte que la résidence était vide, car mon frère avait eu le temps de se planquer chez le voisin, l’opération de pillage pouvait commencer. Je n’oublie pas cette course poursuite dans Abidjan lorsque ma position était signalée par leurs indics, et le traitement réservé à ceux qui étaient soupçonnés de m’avoir aidé ou hébergé.

Grand frère, le Seigneur me permet d’échapper à mes bourreaux, pour sauver ma vie, je suis même obligé de quitter le Ghana, ma première terre d’asile, car ceux que tu soutiens nous traquaient jusque là-bas.
Alors, quand le serpent t’a mordu, ver de terre te fait peur.

Si ton intervention dans cette émission consiste à dire à ceux qui étudient mon dossier d’asile que je ne suis point pourchassé dans mon pays, alors je te laisse avec ta conscience. Sache une chose: je préfère être un couillon vivant, qu’un brave mort ou emprisonné, pour être rentré sur tes conseils.

Alpha Blondy, Jean-Yves Dibopieu que tu connais très bien, et qui t’appelle “grand frère”, n’est ni un homme politique, ni un milicien. Il n’a aucun mandat d’arrêt contre lui. Son seul tort, c’est son soutien à Gbagbo. OÙ SE TROUVE-T-IL ?

Quand tu répondras à cette question, tu comprendras que le couillon, c’est loin d’être moi.

Merci, grand frère, de t’inquiéter pour moi. Mais je vais bien, par la grâce de Dieu.

QUE DIEU BÉNISSE LA COTE D’IVOIRE.

SERGES KASSY,

ARTISTE-MUSICIEN IVOIRIEN, EXILE EN FRANCE

In : Ivorian.net, 11 mars 2013

Serges Kassy, invité de la radio Africa N° 1 le 13 mars 2013 à 9 h, à l’occasion de la sortie de « Tous ensemble positifs », a donné son point de vue sur la situation actuelle :
– on ne peut pas « mettre la charrue avant les boeufs » : il n’est pas possible de réconcilier deux personnes ou deux camps, alors que l’un des deux est en exil ou en prison ;
– lui-même se considère à la fois comme artiste et comme citoyen qui n’a pas le droit de se taire devant l’injustice.

Comment ne pas mettre ces faits en relation avec le sort réservé aux oeuvres culturelles dès le mois de mars 2011, lors de la descente des troupes rebelles sur Abidjan ? On assista à une entreprise de destruction systématique des oeuvres d’art dressées aux ronds-points et dans les différents quartiers de la ville. Voici le témoignage d’un correspondant de RFI :

« (…) Plus loin, à Cocody, en fin d’après-midi le dimanche de Pâques, un engin de démolition, un homme en uniforme militaire à la manœuvre, fait tomber la statue peinte en blanc de Saint-Jean, au carrefour du même nom. Un attroupement des riverains et des passants se forme. Certains filment avec leurs téléphones, et chacun y va de son commentaire.

« Ce que les gens racontent, il faut le vérifier. Il paraît qu’il y a des ossements, des gens ont été enterrés vivants… C’est pour cela que je me suis arrêté pour voir moi-même, en direct », dit l’un d’entre-eux.

D’autres statues ont déjà été détruites à Abidjan, notamment à Adjamé.  Des témoins rencontrés sur les lieux laissent planer le même doute. Mais au carrefour Saint-Jean de Cocody, par exemple, la dalle en béton sur laquelle était érigée la statue était bien creuse, rien de suspect à l’intérieur. (…) »

In : Rfi.fr, 25 avr. 2011

Publicités
mars 2013
L M M J V S D
« Fév   Avr »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031