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La Côte d’Ivoire, comme si de rien n’était ?

La chronique politique de Marc Micael dans « Le Nouveau Courrier » d’aujourd’hui ne laissera personne indifférent. « La Côte d’Ivoire, comme si de rien n’était ? », un titre qui est à la fois un nouvel appel au secours et un reproche très lourd en direction de tous ceux – responsables politiques et médias occidentaux principalement – qui, depuis le début de la crise ivoirienne, ont refusé de voir ce qui se passait et portent donc une part de responsabilité dans les conséquences dramatiques du conflit. 

Extrait de la chronique de Marc Micael :

Sous nos yeux, il s’est déroulé dans ce pays, la Côte d’Ivoire, une période d’horreur et d’inhumanité, pendant laquelle des dizaines de milliers de personnes : hommes, femmes, enfants, ont brutalement croisé le chemin de la mort. Souvent dans des circonstances aussi atroces qu’indescriptibles. Face à ce drame, nous avons failli. Tous autant que nous sommes. Nous qui avons encore la chance d’être restés en vie après les tueries effroyables de la guerre post-électorale. Nous avons failli, parce que nous nous taisons, comme se taisent les bourreaux de ces victimes et leurs commanditaires. Comme se sont tus les médias occidentaux sur la tragédie de ceux qui, supposés appartenir au «mauvais camp», celui de l’homme à abattre – Laurent Gbagbo –devraient être systématiquement éliminés. Mais pourquoi donc…?  Pourquoi nous taisons-nous et restons-nous là, comme le font leurs impitoyables bourreaux aux coeurs de pierre ? Serions-nous soudainement frappés de troubles de mémoire au point de faire comme si de rien n’était ? Pensons-nous pouvoir ainsi sauver nos propres «âmes» en oubliant ou en ignorant tous ces êtres injustement massacrés parce qu’ils étaient simplement là au mauvais moment, au mauvais endroit, quelquefois et souvent même, prétendument du côté de celui qui n’était pas soutenu par «la communauté internationale» ? Cette «communauté internationale», pilotée par la France, a ouvertement soutenu Alassane Ouattara contre Laurent Gbagbo. Un soutien aveugle qui s’est traduit sur les plans financier, diplomatique, militaire mais aussi et surtout médiatique.

Le silence coupable des média occidentaux
Les média occidentaux, notamment français, appelés en renfort au chevet d’un Alassane Ouattara en difficulté, ont volontairement perdu la vue sur les crimes perpétrés en Côte d’Ivoire par les partisans de ce dernier. Mais, oh miracle ! Ils ont subitement recouvré la vue pour ceux – présumés – du camp de Laurent Gbagbo. N’est-ce pas là aussi, ce qui justifie sa présence – à lui seule – dans les geôles de la CPI ? Avec acharnement, «la communauté internationale», à travers ses média, s’est investie dans la crise postélectorale ivoirienne. S’efforçant de présenter – à l’opinion nationale et internationale – Alassane Ouattara comme «le bon» et Laurent Gbagbo comme «l’affreux dictateur qui massacre son peuple». Un acharnement tel qu’ils ont cautionné l’assaut meurtrier des hommes des hommes de Ouattara sur la partie sud du pays. La marche de ce cortège de la mort sera même qualifiée de «chevauchée fantastique des libérateurs».

La vraie réalité cachée au reste du monde
Ces média étaient là, en Côte d’Ivoire, lors des crimes de masse commis au cours de la guerre post-électorale par les (ex-) rebelles rebaptisées Forces républicaines de Côte d’Ivoire par Ouattara. Ils savaient tout, ils voyaient tout. Mais ils n’ont pas tout dit, sauf pour les crimes – supposés – du camp Gbagbo. Délibérément. Parce que la France, les Etats-Unis et leurs alliés, mouillés jusqu’au cou par le sang des victimes de la barbarie orchestrée pour l’avènement de Ouattara au pouvoir, ont voulu que «leur réalité » soit ainsi présentée au reste du monde. Et pourtant, il y a eu des dizaines de milliers de morts, résultat des crimes perpétrés par la horde de combattants à la solde d’Alassane Ouattara. Sur la question, les bilans officiels ne sont que distraction.
Dans un article de presse, Wikileaks, une association spécialisée dans la publication de documents «sensibles», on peut lire les révélations d’un «observateur» sur place en Côte d’Ivoire, pendant que les armes crépitaient. Il décrit ce qui s’est déroulé dans la seule ville d’Abidjan : «Des bandes armées de criminels en maraude libérés des prisons pour rejoindre son armée (plus de 30000 au dernier compte) par les hommes de Ouattara tuent au hasard à travers tout Abidjan. Ils pillent, tuent, violent, pénètrent dans les habitations et prennent ce qu’ils veulent, volent des voitures et des 4×4. Les hommes de Ouattara vont de maison en maison en prenant les jeunes hommes de plus de 15 ans et en les tuant sur place ou les emmenant quelque part d’où ils ne sont jamais revus».
Pour ce qui s’est passé autour de la résidence de Laurent Gbagbo, pendant l’occupation du périmètre par l’armée française, il affirme : «Les Français et l’ONU ont tué des milliers de jeunes qui ont offert leurs vies pour protéger leur président sans armes, quand ils ont encerclé sa résidence et le palais présidentiel».
Ensuite, à propos d’Akouédo, la plus grande base militaire de Côte d’Ivoire, il rapporte : «(…) Saviez-vous que les Français et l’ONU ont tué beaucoup de civils à la base militaire d’Akouedo. Cette base était la résidence de centaines de familles de soldats. (…) Hommes, femmes et enfants y ont perdu la vie.»
Durant l’embargo sur les médicaments, décrété par l’Union Européenne, il raconte : «Beaucoup de personnes sont en train de mourir parce qu’ils n’ont pas accès aux médicaments. Des enfants et des personnes âgées qui meurent du paludisme sans le remède simple ».
Enfin, il revient sur le drame des populations «génocidées» du grand ouest, en affirmant : «Au long de tout le conflit, Paris et Washington ont fermé les yeux sur des massacres de civils significatifs par les supporters de Ouattara – comprenant un de jusqu’à 1000 personnes dans un seul village (Duékoué, ndlr).»
Ce n’est pas pour les Ivoiriens eux-mêmes qu’il révèle tout ceci. Car tous autant qu’ils sont, de quelque obédience politique qu’ils soient, ne savent pertinemment pas toutes ces choses. Parce que c’est leur propre histoire. Là n’est donc pas le problème. C’est plutôt leur passivité, leur propension à ignorer leur propre drame, en donnant ainsi une caution «légitime» à ceux qui sont venus mettre leur pays à feu et à sang, qui donne encore plus à la crise ivoirienne, son caractère tragique. Et c’est cela que nous mettons en cause ici.
Face à tant de désolation, tant de morts, devant tout ce bain de sang inutile, tous ces êtres humains sauvagement assassinés et plongés dans l’anonymat le plus cruel, le régime Ouattara, tout en niant sa part de responsabilité, a déjà prévu un cynique plan «d’urgence», pour une belle fuite en avant. Pour ce régime maculé de sang, «les enquêtes sont en cours» et bon débarras ! Certainement, elles le resteront encore longtemps, tant que l’on fermera les yeux sur cette sauvagerie bestiale de l’homme.
(…)

Marc Micael
Zemami1er@yahoo.fr

Article complet dans Le Nouveau Courrier n° 760 du 26 mars 2013, p. 2.

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