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Côte d’Ivoire : les victimes de Duékoué écrivent à François Hollande

TRIBUNE : LES VICTIMES DE DUEKOUE (CARREFOUR ET NAHIBLY) ECRIVENT AU PRESIDENT FRANCAIS

Par Correspondance particulière

Excellence Monsieur le Président de la république française,

Vous voudriez bien excuser l’intrusion des paysans et des citoyens ivoiriens désemparés que nous sommes, dans votre quotidien, eu égard à votre rang, à votre personne et à vos charges.

Cependant, pour les réfugiés et les déshérités sur les terres de nos parents que nous sommes, par la volonté de deux de vos prédécesseurs à la haute fonction que vous occupez, il nous est urgent et impérieux de vous dire que le 11 Avril prochain, nous espérons que vous avez déjà pris vos responsabilités pour signifier à votre futur hôte de mettre fin au massacre inacceptable des populations ivoiriennes. Un massacre qui s’est gravement accentué au lendemain du 11 Avril 2011, après dix longues années de rébellion et qui perdure sous les regards bienveillants de l’armée française. Une armée française qui ne demanderait pas mieux que ça, vu et su avec quel degré de violence hautement meurtrière cette armée française a déchu en Avril 2011 le président légalement élu de la Côte d’Ivoire, conformément à la Constitution ivoirienne, pour nous imposer le candidat de la communauté internationale, celui-là même que vous recevrez au palais de l’Elysée, le 11 Avril 2013.
Excellence Monsieur le Président de la république française, pour les paysans, fils de paysans et citoyens ivoiriens que nous sommes, ce n’est point faire de la politique que de rappeler des vérités qui ont négativement et durablement impacté sur nos vies. Or, même si nous n’étions que des laissés pour compte dans l’entendement de tous ceux qui ont programmé des génocides chez nous afin de mieux vivre chez eux, en Occident, par le pillage des richesses et des ressources naturelles de notre pays, nous ne sommes pas pour autant des sourds, des muets et des aveugles pour nous taire sur l’immoralité et les actes d’horreur qui caractérise la philosophie impérialiste. Surtout qu’à l’esclavage mental, nous n’avons pas encore souscrit et nous ne souscrirons jamais.
Excellence Monsieur le Président de la république française, avec tout le respect dû à votre rang et à votre personne, il le faut le dire tout net, sans colère, sans haine et sans détour : ici en Côte d’Ivoire, depuis douze ans, les actes posés par vos prédécesseurs à la fonction que vous occupez actuellement, sont indignes de la France. Ces actes qui ont consisté à susciter une rébellion, à l’encadrer pour détruire une démocratie et lui substituer une jungle en lieu et place d’un Etat, n’honorent pas la France. Toutes ces récriminations sont portées à la connaissance de l’opinion des peuples français et occidentaux, depuis deux ans maintenant, par les démocrates du monde entier qui battent le pavé des rues depuis les villes d’Occident jusqu’ à La Haye.
Dire cela, Excellence Monsieur le Président de la république, n’est pas autre chose que de vous dresser un constat sincère ou un état des lieux tel quel. Sinon, est-il sûr que vos émissaires et autres conseillers spéciaux vous traduisent toujours fidèlement les réalités du terrain ? Contrairement aux notes confidentielles diplomatiques et aux rapports des services secrets (les vôtres) qui ne peuvent valoir que le seul contenu que leur donnent leurs auteurs, c’est par souci de clarté, donc de vérité que nous vous disons sincèrement ce que ressent le digne peuple de Côte d’Ivoire. C’est pourquoi, Excellence Monsieur le Président de la république, pour nous qui vous avons attendu pour vous juger aux actes, au lendemain du 11 Avril 2013, si aucune déclaration publique de votre part n’est faite pour pardonner les crimes de la France en Côte d’Ivoire et aucun ultimatum n’est donné aux tueurs que la France et l’O.N.U. ont formé et continuent d’encadrer en Côte d’Ivoire, les ivoiriens sauront en prendre acte. Non seulement en prendre acte mais faire aussi en sorte que la postérité et l’Histoire en soient saisies, dans la mesure où il y a bien longtemps que nos oreilles sont rabâchées de l’humanisme à nul autre pareil de cette France, fille aînée de l’Eglise catholique et pays- chantre des droits de l’Homme.
Excellence Monsieur le Président de la république française, si nous sommes d’accord que onze mois de présidence, ce n’est pas onze jours ou encore moins onze heures de ce temps qui va si vite, alors nous estimons que vous avez largement et suffisamment pu être informé des réalités qui ont été et sont actuellement les nôtres en Côte d’Ivoire, par la seule volonté, répétons-le encore une fois, de vos prédécesseurs, messieurs Chirac et Sarkozy. A propos d’informations ou de réalités, souffrez, Monsieur le Président de la république, que nous vous disions que celles que l’armée de votre pays a laissées ici en Côte d’Ivoire, tant en supports visuels que sonores , sont à la limite de l’imaginable et du supportable : des soldats français qui participent à un rituel macabre des chefs rebelles et des dozo ivoiriens (en 2002) qui égorgent un gendarme et recueillent son sang dans une calebasse dans laquelle ces mêmes militaires français sont invités à se laver les mains ; en 2003 à Man, ce sont d’autres barbouzes français qui dirigent le casse d’une banque sous-régionale, la banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest ; en Novembre 2004, ce sont encore des militaires français enragés qui tentent de renverser le président ivoirien en tuant des centaines de patriotes aux mains nues à Abidjan et dans les villes et villages traversés par leurs colonnes convergeant sur Abidjan ; en Mars et Avril 2011, les bombardements français et onusiens démarrés à l’ouest ivoirien ont continué à Abidjan et surtout à Yopougon, même après le tristement fameux 11 Avril 2011, où l’armée française capture le président d’un pays pour le remettre aux rebelles qu’elle a formés et soutenus ! De cet ultime acte de déni de la souveraineté de notre cher pays, Monsieur le Président de la république française, les ivoiriens ne retiennent qu’une seule vérité : l’existence d’un terrorisme français ; un terrorisme qui est et qui fait pire que celui qu’ailleurs, les médias français n’ont de cesse de traiter de primaire ou de barbare.
En effet, votre Excellence, y a-t-il pire terrorisme que celui-là, prétextant d’instaurer la démocratie et la paix (de quel bon droit, d’ailleurs ?) en Côte d’Ivoire, a détruit tout le système de défense et de sécurité, en plus des institutions d’un pays pour ensuite livrer ses populations à des massacres programmés de longue date ? Tenez par exemple : monsieur Jean Marc Simon, ambassadeur français à Abidjan, qui, en Décembre 2011, avec son homologue étasunien, kidnappent Youssouf Bakayoko, président de la commission électorale ivoirienne, lui tout seul, pour l’emmener annoncer des résultats hors-délai, au quartier général de campagne du candidat de la communauté internationale, n’est-ce pas là aussi un exemple rétrograde de terrorisme primaire ? En ce qui concerne les victimes ivoiriennes de la méchanceté de vos prédécesseurs au pouvoir que nous sommes, nous disons : à part les massacres et les injustices que nous vivons désormais au quotidien, la France s’est gravement déculottée en Côte d’Ivoire. Comment, la France, si allergique à la présence de quelques dizaines ou centaines d’étrangers sur son sol peut-elle se permettre de convoyer des milliers d’étrangers sur nos terres, les armer pour nous massacrer, juste pour obtenir du cacao en retour ? Comment, la France, si exigeante et si regardante sur l’environnement, peut-elle se taire et protéger des prédateurs de parcs nationaux et de forêts classées dans l’ouest ivoirien qui ont pour noms Amadè et Tiendrébéogo, des bandits de grand chemin ? A moins que cette annexion ou occupation de ces régions ivoiriennes ne soit une partie non dévoilée des insultants accords dits de Marcoussis en Janvier 2003. Des accords qui ont demandé la naturalisation de quatre millions d’étrangers, même contre leur propre volonté ! Ne parlons même pas de la grande invasion qui a eu lieu à la faveur de la guerre et qui continue malgré que le grand bouleversement de la démographie de la Côte d’Ivoire. Pourriez-vous, Monsieur le Président, de bon cœur, accepter l’invasion nazie, Vichy et tout leur cortège de douleurs et d’humiliations, si cela était à refaire aujourd’hui même ? Mais alors pourquoi la France a-t-elle livré notre pays, la Côte d’Ivoire, au mauvais vouloir de pilleurs et de tueurs qui font office de forces républicaines bien que n’ayant aucune notion de la république parce qu’analphabètes, paysans ou véritables bandits évadés des prisons ouest-africaines dans le cadre du complot international contre la terre de nos aïeux, en Mars 2011?
Excellence Monsieur le Président de la république française, pour les victimes des malheurs et multiples humiliations que vos devanciers à l’Elysée nous ont imposées, en un mot comme en cent, notre cri est celui de l’indignation !
Indignés nous sommes de la méchanceté du pouvoir, des réseaux et des médias français qui ont fait le choix de survivre du sang des nôtres qui coule. Nous sommes indignés aussi par le fait qu’à ce jour, les injustices, les crimes ou les massacres des primesautiers f.r.c.i. et dozo ne retombent que sur ces derniers comme seuls coupables : et leurs maîtres et parrains qui les ont armés, incités et formés à tuer depuis les débuts de la rébellion ivoirienne ? Nous ne sommes pas dupes ou envoûtés par ces médias, ces organisations de droits de l’homme ou ces tribunaux racistes pour deux sous qui disent toujours tout sauf l’essentiel : ceux qui massacrent les populations ivoiriennes aujourd’hui sans que la justice nationale ou internationale ne s’en émeuve, ils ont eu au moins des instructeurs militaires à leurs débuts ; même Amadé Ouérémi du Mont Péko, dans l’ouest ivoirien, a été encadré par des instructeurs avant que la Côte d’Ivoire ne soit attaquée, où sont donc passés tous ces instructeurs français et occidentaux qui ont côtoyé et armé ces coupe-jarrets qui ont fait œuvre macabre mais utile pour la France ? Seraient-ils tous morts, ces instructeurs et leurs mandants, pour que l’on continue, par médias et organisations humanitaires interposés, à nous agiter le chiffon malhonnête de la diversion et de l’absolution insidieuse (parce qu’ainsi autosuggérée) des vrais coupables de nos malheurs d’aujourd’hui ? Pour nous répéter demain la même comédie dans une toute autre tragédie, ici ou ailleurs, sur le même et toujours continent Afrique ? Pendant combien de temps encore ? La méchanceté du pouvoir français ? Il en sera encore question pendant de longues années, pour nous qui ne sommes pas des français, de ce qu’un Etat, sans sourciller, jette comme ça, dans les abîmes de l’oubli, ses citoyens tels Philippe REMOND, assassiné en Avril 2011 par des rebelles conduits par la France ; en plus de tous ces autres français, tous victimes d’une évidente tyrannie, qui croupissent dans les geôles miteuses ivoiriennes, ignorés qu’ils sont, par la France.
Monsieur le Président de la république française, le but de cette lettre, veuillez bien nous comprendre, tout sauf votre respect, n’est pas de manquer du respect à qui que ce soit. Même s’il reste vrai qu’à notre peuple, la communauté internationale a manqué totalement de respect en 2011, allant jusqu’à bombarder des femmes et des bébés, au mépris de notre Constitution, pour installer l’homme qu’elle a de tout temps souhaité à la tête de la Côte d’Ivoire. Par respect pour la mémoire de nos enfants et de nos parents assassinés par la volonté de la communauté internationale et dont le sang crie en nos consciences, par respect pour les souffrances de ces milliers de nos compatriotes qui croupissent dans l’ombre de la mort des prisons et des camps de concentration du régime ivoirien, par respect de tous ces millions d’autres insoumis à l’esclavage et de réfractaires à la vassalisation mais qui souffrent quotidiennement d’injustices et de tyrannie, nous avons voulu vous interpeller. Nous avons voulu vous rappeler, à vous, Président de tous les français qui ne se permettrait point, désormais, de s’afficher publiquement ou de deviser avec monsieur CAHUZAC et avant lui monsieur STRAUSSKAHN, nous avons voulu vous rappeler, disons-nous, que notre souhait de peuples africains est que les discours français sur la bonne moralité cadrent avec les actes des gouvernants français eux-mêmes : s’accommoder de fréquentations et d’échanges publics et réguliers ou assidus avec des chefs rebelles sanguinaires, des dictateurs et autres tyrans africains quand on prend soin d’éviter ses propres compatriotes en France pour leurs mœurs ou pour leur moralité, prête, Monsieur le Président, à des interrogations opportunes et légitimes des pauvres victimes africaines que nous sommes.
Monsieur le Président de la république française, le 11 Avril 2013, vous recevez à l’Elysée l’homme à la base de tous les malheurs des ivoiriens depuis vingt trois longues années. Au soir du 11 Avril prochain et tous les autres jours qui vont suivre, nous voulons ressentir ici, en notre pays, un véritable changement, digne du vrai changement que vous avez appelé de tous vos vœux lors de votre campagne pour l’élection présidentielle, il y a onze mois. Oui, un changement digne de ce nom, même s’il ne peut et ne pourra jamais ramener à la vie ces milliers des nôtres qui sont morts. Faute de quoi, nous constaterons, et tous vos électeurs africains-français avec nous, qu’en fait, la méchanceté est la seule chose la vraiment mieux partagée par tout bon pouvoir politique français. C’était là, Monsieur le Président de la république, juste quelques opinions triées sur le volet de personnes victimes, déshéritées et meurtries à vie par la guerre de dix ans de la France contre notre cher et beau pays, la Côte d’Ivoire.

Pour le collectif des victimes de Duékoué (Carrefour et Nahibly), le 08 Avril 2013

Emmanuel Caleb

In : Ivoirebusiness.net, le 8 avr. 2013

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Un commentaire

  1. ous estimons que vous avez largement et suffisamment pu être informé des réalités qui ont été et sont actuellement les nôtres en Côte d’Ivoire, par la seule volonté, répétons-le encore une fois, de vos prédécesseurs, messieurs Chirac et Sarkozy. A propos d’informations ou de réalités, souffrez, Monsieur le Président de la république, que nous vous disions que celles que l’armée de votre pays a laissées ici en Côte d’Ivoire, tant en supports visuels que sonores , sont à la limite de l’imaginable et du supportable : des soldats français qui participent à un rituel macabre des chefs rebelles et des dozo ivoiriens (en 2002) qui égorgent un gendarme et recueillent son sang dans une calebasse dans laquelle ces mêmes militaires français sont invités à se laver les mains ; en 2003 à Man, ce sont d’autres barbouzes français qui dirigent le casse d’une banque sous-régionale, la banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest ; en Novembre 2004, ce sont encore des militaires français enragés qui tentent de renverser le président ivoirien en tuant des centaines de patriotes aux mains nues à Abidjan et dans les villes et villages traversés par leurs colonnes convergeant sur Abidjan ; en Mars et Avril 2011, les bombardements français et onusiens démarrés à l’ouest ivoirien ont continué à Abidjan et surtout à Yopougon, même après le tristement fameux 11 Avril 2011, où l’armée française capture le président d’un pays pour le remettre aux rebelles qu’elle a formés et soutenus ! De cet ultime acte de déni de la souveraineté de notre cher pays, Monsieur le Président de la république française, les ivoiriens ne retiennent qu’une seule vérité : l’existence d’un terrorisme français ; un terrorisme qui est et qui fait pire que celui qu’ailleurs, les médias français n’ont de cesse de traiter de primaire ou de barbare.
    En effet, votre Excellence, y a-t-il pire terrorisme que celui-là, prétextant d’instaurer la démocratie et la paix (de quel bon droit, d’ailleurs ?) en Côte d’Ivoire, a détruit tout le système de défense et de sécurité, en plus des institutions d’un pays pour ensuite livrer ses populations à des massacres programmés de longue date ? Tenez par exemple : monsieur Jean Marc Simon, ambassadeur français à Abidjan, qui, en Décembre 2011, avec son homologue étasunien, kidnappent Youssouf Bakayoko, président de la commission électorale ivoirienne, lui tout seul, pour l’emmener annoncer des résultats hors-délai, au quartier général de campagne du candidat de la communauté internationale, n’est-ce pas là aussi un exemple rétrograde de terrorisme primaire ? En ce qui concerne les victimes ivoiriennes de la méchanceté de vos prédécesseurs au pouvoir que nous sommes, nous disons : à part les massacres et les injustices que nous vivons désormais au quotidien, la France s’est gravement déculottée en Côte d’Ivoire. Comment, la France, si allergique à la présence de quelques dizaines ou centaines d’étrangers sur son sol peut-elle se permettre de convoyer des milliers d’étrangers sur nos terres, les armer pour nous massacrer, juste pour obtenir du cacao en retour ? Comment, la France, si exigeante et si regardante sur l’environnement, peut-elle se taire et protéger des prédateurs de parcs nationaux et de forêts classées dans l’ouest ivoirien qui ont pour noms Amadè et Tiendrébéogo, des bandits de grand chemin ? A moins que cette annexion ou occupation de ces régions ivoiriennes ne soit une partie non dévoilée des insultants accords dits de Marcoussis en Janvier 2003.

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