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Michel Amani N’Guessan : On ne peut vivre éternellement dans un état de non-droit

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Mise à jour du 19 mai 2013 :

Le Président du FPI, Pascal Affi N’Guessan, et l’ancien Ministre de la Défense, Moïse Lida Kouassi, tous deux détenus à Bouna, ont eu le réconfort de la visite enfin autorisée d’une délégation de leur parti conduite par Sylvain Miaka Oureto le samedi 18 mai 2013.

LA DIRECTION DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN ENTREPREND UNE CAMPAGNE DE VISITE DES PRISONNIERS POLITIQUES
Interview par Notre Voie :
La direction du Front populaire ivoirien (Fpi) est à pied d’œuvre pour rendre sa première visite à Pascal Affi N’Guessan, président de ce parti, détenu depuis plus de deux années au nord-est du pays. Dans cet entretien, Michel Amani N’Guessan, vice-président du parti, président du comité d’organisation de la visite dans la prison de Bouna, situe le niveau des démarches.

Notre Voie : Monsieur le ministre, on peut dire que c’est une première, cette visite que la direction du Fpi va rendre au président du parti, Pascal Affi N’Guessan, détenu dans le nord depuis plus deux ans. Peut-on savoir où en est la procédure ?
Michel Amani N’Guessan : Je voudrais d’abord préciser que nous sommes un parti socialiste. Depuis que nos camarades sont en prison, quel que soit l’endroit, nous avons toujours, en tant que parti politique, souhaité être à côté de nos camarades pour leur exprimer la compassion du parti et la solidarité de tous les amis. Aujourd’hui donc, après plusieurs refus de la part du gouvernement, nous pensons que l’heure est venue de renforcer l’esprit de solidarité nationale. On parle de réconciliation nationale. On vient de créer une structure pour la cohésion sociale. Nous pensons que le moment est venu de renforcer cet esprit qui marque les temps actuels. Nous voulons donc que le gouvernement nous accorde l’autorisation de rendre visite à nos prisonniers, à commencer par le président du Front populaire ivoirien, Affi N’Guessan.  Toutes les démarches sont entreprises. Nous espérons que notre vœu va rencontrer l’adhésion du gouvernement. Nous avons, en particulier, écrit au ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, au ministre de la Justice. Et nous avons expliqué l’objet de notre visite à Bondoukou et à Bouna. A l’heure où je vous parle, nous sommes en train d’attendre le résultat de toutes ces démarches, à savoir l’obtention du permis de communiquer.

N.V. : Y a-t-il de l’espoir ?
M.A.N. : Bien sûr ! Je vous ai décrit l’environnement dans lequel intervient notre requête. Mais, au-delà, je crois que le gouvernement lui-même entretient une certaine ambiance qui laisser penser qu’il y a de l’espoir que nous obtiendrons les permis de communiquer avec notre camarade du parti à Bouna.

N.V. : La visite au président Affi s’inscrit, dit-on, dans le cadre d’une activité de terrain. Pouvez-vous nous préciser les choses ?
M.A.N. : Evidemment, nous serons dans le Gontougo et le Boukani qui forment une grande région du nord-est de notre pays. Depuis la crise, nous n’avons pas véritablement effectué de sortie sur le terrain. Aujourd’hui donc, il faut rentabiliser les sorties. Nous allons nous retrouver à Bouna, Bondoukou et, étant à côté, nous allons faire une visite de terrain à nos camarades, aux responsables du parti et en profiter pour participer aux funérailles d’un grand militant, Kouakou Tohin Benoît dit «Papa Gbagbo», à Bondoukou.

N.V. : Dans quel état d’esprit le Fpi effectue cette première visite au président du parti ?
M.A.N. : Pendant deux ans, nous avons pensé que M. Ouattara, après avoir pris le pouvoir, allait appliquer les principes démocratiques. Au contraire, nous vivons une situation antidémocratique. Le couronnement, c’est le refus même du droit de visite à nos prisonniers. Aujourd’hui, nous pensons que les choses doivent évoluer. Si ce n’est pas le cas, cela va être dommageable pour la Côte d’Ivoire. On ne peut vivre éternellement dans un Etat de non-droit, où les droits humains sont constamment bafoués. Donc c’est en quelque sorte une perche que nous tendons au pouvoir pour se ressaisir, afin que nous empruntions ensemble la voie de la réconciliation. Concernant nos camarades et particulièrement le président de notre parti, ils nous manquent. Dernièrement, nous étions à la Maca pour rendre visite à notre camarade Abou Drahamane Sangaré, vice-président du Fpi. Certains d’entre nous ont coulé des larmes. Donc quand nous allons rencontrer Affi N’Guessan vendredi, ça va être une énorme occasion d’émotion. Revoir, après deux années de détention, le camarade président qui a dirigé notre parti des mains de maître, vous pouvez imaginer ce que cela signifie. C’est un peu comme s’il revenait parmi nous. Et imaginer simplement que nous allons à Bouna suscite beaucoup d’engouement auprès de nos militants. Ces derniers brûlent d’envie de voir Affi, Simone Gbagbo, Lida et les autres. C’est donc l’émotion dans nos rangs et nous souhaitons que l’on ne blesse pas ce grand moment.

N.V. : Est-ce qu’après cette visite dans le Zanzan, la direction du Fpi va poursuivre le programme dans les autres localités ? M.A.N. : Absolument !

N.V. : Combien sont-ils en définitive le nombre des prisonniers suite à la crise postélectorale ?
M.A.N. : Ils sont 700, civils et militaires compris. Nous avons même déjà commencé les visites par la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca). L’initiative que nous prenons a un sens. C’est que, si la Côte d’Ivoire est un Etat indivisible, le droit qui s’y applique doit être impersonnel, général et unique. Cela signifie que si on nous a accordé un permis de communiquer pour nous rendre à la Maca, dans la zone sud, on ne peut pas comprendre qu’on nous refuse un permis pour les autres régions. Au nom de l’unicité et l’indivisibilité du pays, s’il est possible d’aller rendre visite à la Maca, il doit être possible d’aller rendre visite dans les prisons d’Odienné, Bouna, Boundiali… Donc nous avons un programme pour rendre visite à tous nos camarades partout. Nous sommes allés plus d’une fois à La Haye, et, en Côte d’Ivoire où on ressasse qu’on est dans un Etat de droit, jusqu’ici, il n’était pas possible de le faire. Cela doit être corrigé.

N.V. : En prenant à bras le corps la question des prisonniers, est-ce qu’on ne peut pas vous reprocher de faire la part belle aux détenus au détriment des exilés qui sont eux aussi en difficulté ?
M.A.N. : On ne fait pas la part belle aux prisonniers. Nous pensons à tous nos camarades aujourd’hui en difficulté. Il y a des exilés extérieurs, mais il y a aussi ceux qui sont à l’intérieur dont on ne parle pas souvent. Que ce soit les exilés extérieurs et intérieurs et les détenus politiques, nous nous occupons d’eux. Mais le parti étant complètement décimé, nous faisons avec les moyens du bord.

N.V. : Vous avez fait allusion à Mme Simone Gbagbo tout à l’heure. Comment avez-vous vécu le fait qu’elle ait été déportée pendant qu’elle était sous anesthésie ?
M.A.N. : C’est avec une réelle amertume que nous avons vécu cette situation inédite. Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’aucun évènement important qui marque l’histoire ne reste sans explication. Il y a des faits qui sont en train de marquer l’histoire de la Côte d’Ivoire qui demandent obligatoirement explication demain. Comment peut-on concevoir qu’une citoyenne dont l’époux a été président de la République, donc une ex-Première Dame, soit transférée d’urgence à l’hôpital parce que dans un état critique et traitée comme ils l’ont fait. Il faut absolument une explication et le parti attend cette explication. On aura un jour une explication pour cet acte inqualifiable.

N.V. : Concernant la visite au Premier ministre Affi, y a-t-il un message à porter aux militants ? Dans quel état d’esprit doivent-ils attendre la direction ?
M.A.N. : Il est important que les camarades militants du Fpi sachent que nous avons passé le temps à résister. Même étant au pouvoir. Je crois que l’heure de l’engagement, de l’offensive a sonné. Il faut alors aller à la remobilisation pour encore marquer cette ère là.

Interview réalisée par Boga Sivori et Armand Bohui
In : Notre Voie, n° 4418, 16 mai 2013

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