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Côte d’Ivoire, « Pleure ô pays bien-aimé » !

Par Nda Adjoua Suzanne

A l’époque la plus dure de l’apartheid, l’écrivain sud africain Alan Paton a publié un excellent ouvrage (1948) dont le titre en français est « pleure ô pays bien-aimé ». Je ne peux m’empêcher de penser à cet ouvrage, avec son titre si évocateur, lorsque je regarde aujourd’hui la Côte d’Ivoire, ce pays martyrisé, vilipendé, crucifié par tous, y compris par des personnes qui, en principe, devraient avoir le minimum de jugeote permettant de voir clair dans la sorcellerie à visage découvert qui s’opère dans ce pays ! De sorcellerie, nous retenons l’aspect de faits ou réalités inexplicables. Car l’inexplicable, c’est ce qui prédomine dans la situation qui est faite à la Côte d’Ivoire. Que les agents de l’impérialisme occidental, les fonctionnaires et autres journalistes des médias mensonges passent leur temps à présenter une Côte d’Ivoire surréaliste, auréolée d’une croissance à deux chiffres, là où la vie devient de plus en plus intenable dans tous les foyers, passe encore. Que des personnes ne sachant rien de ce pays, pour « chanter avec les loups », racontent des inepties sur la Côte d’Ivoire, cela fait mal mais est compréhensible : c’est souvent leur moyen d’exister ! Mais que des gens vivant avec les Ivoiriens, et ayant passé dans ce pays de nombreuses années, au point d’en connaître les habitants, dans leur caractère et leur façon d’agir, crient à tout vent à la xénophobie dans ce pays, c’est carrément déconcertant, choquant, énervant même ! Et la chose est d’autant plus inacceptable que les gouvernants actuels de la Côte d’Ivoire se servent de ces grossiers mensonges comme « fonds de commerce », des justifications d’une gouvernance ignoble de pratiques honteuses aux antipodes des méthodes républicaines de gouvernement.

Aujourd’hui, la notion des trois pouvoirs que consacre le principe démocratique n’est plus de mise en Côte d’Ivoire : le pouvoir judiciaire ou l’appareil judiciaire est, depuis le 11 avril 2011, une affaire de personnes au service du prince au pouvoir et non du peuple. Le parlement ivoirien, devenu un parlement des gens du nord, dont les membres ont été élus par à peine 15% des électeurs Ivoiriens, est depuis des mois mis en congé par Allassane Ouattara, le président de la communauté internationale dans ce pays, avec une loi d’habilitation qui l’autorise à gouverner par ordonnance sur tous les sujets. Malgré cela, le président imposé ne s’embarrasse pas de poser des actes en dehors de toute norme légale : il naturalise à tour de bras, sans aucun respect d’aucune procédure, ses compatriotes Burkinabés. Au mois de mars, il serait déjà à huit cent milles (800.000) Burkinabés naturalisés ivoiriens, de cette façon ; ce qui lui valut une fête de reconnaissance à Bouaké. Quels sont donc ces personnes dont le masochisme est tellement prononcé qu’ils sont si heureux de vivre dans un pays de xénophobie ? Ou alors, est-ce à dire, maintenant, que l’invasion-colonisation de la Côte d’Ivoire par le Burkina Faso est si pressante qu’il faut brûler toute étape ? La Côte d’Ivoire pleure ! Et nous avec elle !

Il y a quelques temps, on a fait des choux gras sur l’arrestation d’un certain Ouédraogo Rémi Amadé Ourémi. Ce Burkinabé s’était installé dans la forêt classée, à l’ouest du pays, après avoir massacré, sous forme génocidaire, avec la complicité de son mandant de président, tous les autochtones qui pouvaient lui faire le moindre ombrage. Dans un montage grossier, et avec la complicité permanente de l’Onu et de la France, on fit croire à une arrestation de ce criminel, pendant que demeurent tout son arsenal de guerre et ses 3000 combattants au moins, installés dans la forêt. Quant aux autochtones de cette région encore en vie, ils sont maintenus en exil où ils subissent toutes les tracasseries et autres méchancetés, avec la complicité du Haut Commissariat aux Réfugiés. La Côte d’Ivoire pleure ! Et nous avec elle !

L’école en Côte d’Ivoire n’est plus que l’image d’elle-même : le volume horaire nécessaire au bon accomplissement d’une année scolaire n’est plus regardé pour la validation des enseignements dans nos écoles. Ailleurs, on parlerait d’années blanches depuis que Allassane Ouattara a été placé au pouvoir par la France et ses alliés. Mais que les enfants ivoiriens avec leurs parents n’aient que l’illusion d’apprendre ne gène personne dans la fameuse communauté internationale : l’UNESCO validera, année après année, les parodies d’années scolaires, tant que l’homme placé à la tête de l’Etat de Côte d’Ivoire travaillera pour l’extérieur contre les Ivoiriens. De toute façon, ceux des Ivoiriens qui le peuvent, et c’est généralement le cas des supporters et suiveurs du pion de l’occident, inscrivent leurs enfants à l’école hors du pays ! La grande majorité des enfants ivoiriens, qui subissent ce sabotage qui ne dit pas son nom, auront des qualifications non reconnues hors de leur pays, et tant pis pour eux ! La Côte d’Ivoire pleure ! Et nous avec elle !

Et personne, en dehors de ses fils et filles, nous qui n’avons pas d’autre pays que cette terre 322. 000 km2, n’est sensible au drame que nous subissons ! Personne ne semble comprendre que se joue ici un demain dont il ne faudra pas s’étonner. Car l’histoire, surtout lorsqu’elle s’écrit avec des larmes et du sang, comme celle actuelle de la Côte d’Ivoire, elle laisse des traces indélébiles dont la suite, le présent ou le futur, finit par se repentir !

En attendant, pleure Côte d’Ivoire, « pleure, ô pays bien-aimé » !

NDA ADJOUA SUZANNE
Enseignante

Source : Abidjandirect.net

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