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Quel destin pour la Côte d’Ivoire ?

Dans un texte dont nous publions ici quelques extraits, le chercheur et professeur de géopolitique Michel Galy ouvre des pistes d’analyse de la situation et du devenir de la Côte d’Ivoire en s’appuyant sur des bases théoriques et sur l’expérience historique.
Le lien à la version complète du texte est indiqué en bas de page.

QUEL DESTIN POUR LA CÔTE D’IVOIRE ? POLITOLOGIE D’UNE LIBERATION
La bataille de Côte d’Ivoire dans le contexte de la guerre africaine

Extraits :

(…) « Quelques questions majeures non résolues : combien de morts dans la conquête du Sud, combien de victimes civiles de la soldatesque et des milices ethniques malinké de Guillaume Soro et Alassane Ouattara dans le carnage d’Abidjan ? Mais aussi combien dans les bombardements de la Force Licorne et de l’ONUCI contre les lieux de pouvoir, des camps militaires habités par des familles, des résidences universitaires ou le bouclier humain de militants aux mains nues voulant protéger leur président adoubé par le Conseil Constitutionnel ?
Les charniers et les cimetières attendent – et demandent encore de sortir de l’oubli, avant qu’un jour les survivants demandent justice pour la plus sanglante intervention militaire depuis la guerre d’Algérie et l’extermination de l’UPC au Cameroun. Après avoir constitué un comité de recherche, nous estimons qu’entre 3000 à 5000 victimes civiles ont été causées par la conquête de la capitale et d’Abidjan – chiffre à même d’envoyer les auteurs ivoiriens du régime Ouattara et leurs complices étrangers devant les tribunaux internationaux pour crimes de guerres, ethnocide, voire pour l’Ouest de génocide. » (…)

« L’ère des « lanceurs d’alerte » et le cantonnement de le Résistance au nouveau ghetto Internet pourrait s’achever : l’inflexion, la cassure, le retournement pourraient se dater du rapport d’Amnesty de mars 2013 ; et la diffusion la plus large s’opère qu’en fin de compte, en Françafrique, une « démocrature » tient plus en Afrique, et spécifiquement en Eburnie, d’une dictature que d’une démocratie… La persistance des exactions et de crimes du régime en 2012 montrant bien que « le Roi est nu », tortures et massacres désormais connus, mais encore impunis.
Des livres se préparent, des actions judiciaires progressent, des liaisons transcontinentales s’ébauchent sur plusieurs années. Si Laurent Gbagbo a beaucoup misé sur une arme politique « de troisième type », la Constitution (et la primauté du Conseil Constitutionnel), la situation bloquée à la CPI de La Haye peut certainement être combattue par sa délégitimation politique (cf. infra), et par les systèmes judiciaires européens contre les bourreaux ou criminels de guerre du régime Ouattara.
Ainsi la plainte de Jacqueline Chamois, au nom de Michel Gbagbo – outre la « story telling » universelle d’une mère réclamant son enfant qui a touché l’opinion publique française et internationale, a provoqué la désignation d’un juge d’instruction au parquet de Paris pour séquestration et mauvais traitement contre Guillaume Soro et les trop fameux « com-zone ». Parmi ces derniers, Losseni Fofana responsable du crime de guerre – si ce n’est d’acte de génocide – d’un millier d’hommes, femmes et enfants guérés, dans la ville de Duékoué, fin mars 2011, pourrait être objet de plainte[s] précises de la part de ressortissants binationaux.
La « collaboration » des responsables militaires de la Force Licorne (et de la chaîne de commandement militaire et politique française) depuis ces événements, lors de la prise et du carnage d’Abidjan, lors de l’ethnocide contre les Guérés, Bétés, Attiés, au moment de la conquête du Sud par les forces de Ouatara/Soro, de [et] la collaboration actuelle avec les sanglants com-zones pourraient se trouver judiciairement condamnables. » (…)

« Dénommer, à un moment donné les opposants incarcérés par le régime ivoirien comme « prisonniers politiques » dans un pays qui en avait peu la pratique et encore moins le concept ; ou le fils du Président comme « otage » avec toutes les connotations inquiétantes (par référence aux otages sahéliens des islamistes sahéliens) pour l’opinion publique ; dénoncer la « mise à mort », pendant 2 ans de l’Université ivoirienne ; raconter avec succès des histoires universelles, comme celle d’une mère inconnue réclamant son fils ou décider le président du Sénat français à ne pas recevoir un dictateur couvert de sang par la force d’un texte l’associant aux exactions et aux massacres ; tels ont été quelques-uns des procédés de cette nomination critique, dont il faudrait faire la généalogie (et il est certain que le situationnisme appliqué à la contre propagande officielle y est pour quelque chose…) pour la Côte d’Ivoire depuis la fracture de l’immobilisme houphouétiste par un ouvrage sociologique discuté en Conseil des ministres (7) jusqu’à l’éclosion des tracts et de la presse libre, en passant par les féroces jeux de mots populaires (cf. les« frères Cissé » pour la milice ethnique FRCI), histoires et plaisanteries en tout sens de « maquis » : on reconnaît ces formes de résistances populaires, à la fois signe d’impuissance devant la violence et de contestation acharnée, nommée par le politologue Toulabor « lexique de la dérision (8) ». (…)

« Si nommer, c’est dénoncer – et l’omerta internationale sur les crimes en Côte d’Ivoire depuis avril 2011 se reflète dans l’impunité médiatique des relais hexagonaux, la nomination a été multiple dans cette guerre des pauvres médiatiques, dans ce champ de pouvoir alternatif qu’est Internet. Blogs, sites, forums… c’est là où le concept d’Empire de Tonio Negri se retrouve aussi pertinent : le Net devient le lieu de la résistance, des multitudes (11). Tout en se heurtant au « mur de verre » des grands médias et décideurs : la question est celle du franchissement, et du statut de la vérité médiatique des faits . D’où vient cette malencontre, pour paraphraser La Boétie, d’un pouvoir qui dit ce qui est pensable et légitime à un moment donné, alors que dans l’immédiateté du cyber espace, toute vérité est sue universellement et instantanément ? » (…)

« Après la CPI, un tel retour de l’ancien Président est il possible ? Seules des pressions internationales sur la CPI (telles les diatribes du premier ministre éthiopien, de la ministre des affaires étrangères rwandaise contre la procureur Fatou Bensouda, ou encore de la pétition de l’écrivain Calixthe Beyala demandant aux « Etats africains de se retirer de la CPI ») peuvent amener celle-ci à plier et relâcher leur illustre prisonnier, désormais constitué en figure résistante et héroïsée de l’Afrique en lutte – d’autant que le dossier, au-delà de l’inversion victimaire, est vide – même si les bourreaux ouattaristes accusent le régime légitime des actes qu’ils ont eux même commis depuis 2002. Mais seul le retournement de l’ancien colonisateur et du gouvernement Hollande pourrait, par de doubles pressions sur la CPI et le régime Ouattara (ne suffit-il pas de cantonner, avant l’évènement, la force Licorne ?) inverser la situation créée par le régime précédent : les clefs du cachot de La Haye sont bien à Paris, d’où l’importance cruciale de la lutte symbolique et politique dans les médias et sur le Net. » (…)

Texte complet :
http://delugio.blogspot.fr/2013/06/quel-destin-pour-la-cote-divoire.html
(Source : Delugio, 27 juin 2013)


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