Accueil » 2013 » juillet

Monthly Archives: juillet 2013

Côte d’Ivoire : le nouveau rapport d’Amnesty International sur l’attaque du camp de Nahibly le 20 juillet 2012

COTE D’IVOIRE : « C’EST COMME SI RIEN NE S’ETAIT PASSE ICI »
Un an après l’attaque du camp de Nahibly, la Justice se fait toujours attendre
Rapport du 29 juillet 2013

« La nature repousse, comme si rien ne s’était passé ici »

Défenseur ivoirien des droits humains

INTRODUCTION

Il y a un an, le 20 juillet 2012, une foule importante composée de membres de la population locale, de Dozos (une milice de chasseurs traditionnels soutenue par l’État) et d’éléments de l’armée ivoirienne ont attaqué et détruit le camp de personnes déplacées de Nahibly situé près de la ville de Duékoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Ce camp abritait à l’époque quelque 2 500 personnes. Les militaires et policiers des Nations unies présents sur les lieux n’ont pas mis un terme à cette attaque. Les responsables politiques et militaires locaux présents pendant l’attaque n’ont rien fait pour l’empêcher, ni pour protéger les personnes déplacées qui ont, pour certaines, été battues et tuées. Au contraire, des membres des forces armées, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), ont arrêté des dizaines de personnes qui tentaient de fuir le camp ; un grand nombre d’entre elles ont été victimes de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires.

L’attaque contre le camp de Nahibly soulève les mêmes sujets de préoccupations que ceux relatifs à l’attaque généralisée et systématique lancée contre une population civile dans la région de Duékoué, en mars et avril 2011. Dans les deux cas, des membres des FRCI et des Dozos ont attaqué un groupe de personnes appartenant à la communauté guérée, globalement accusée de soutenir l’ancien président Laurent Gbagbo. Dans les deux cas, les militaires et les policiers de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), stationnés sur place et dans les environs, n’ont pas protégé les personnes ciblées par l’attaque. De même, les autorités ivoiriennes n’ont, dans aucun de ces deux cas, pris d’action immédiate pour relever de leurs fonctions les militaires suspectés d’être impliqués dans ces attaques, ni pour mettre fin au rôle joué de facto par les Dozos en matière de maintien de l’ordre et de la sécurité. Enfin, dans ces deux cas, quasiment aucun progrès n’a été enregistré en matière d’obligation de rendre des comptes et ce, malgré l’ouverture d’une enquête. En effet, même si l’enquête sur l’attaque de Nahibly a connu quelques avancées positives ces derniers mois, telles que l’exhumation des corps d’un puits de Duékoué en octobre 2012 (suite à de fortes pressions de la part des proches des victimes et de militants locaux des droits humains) et l’audition de plusieurs proches des victimes par les autorités judiciaires, l’impunité sévit toujours, laissant les victimes et leurs familles sans aucune possibilité de connaître la vérité ni d’obtenir réparation.

Face à ce climat d’impunité profondément ancrée, Amnesty International a appelé, dans un document publié en février 2013, à l’établissement d’une commission internationale d’enquête sur les violations et atteintes aux droits humains commises à Nahibly. Les autorités ivoiriennes ont rejeté cette recommandation affirmant que la justice nationale avait la capacité et la volonté de faire la lumière sur ces événements et de fournir une réparation aux victimes. Cependant, force est de constater que, cinq mois plus tard, aucun signe tangible ne vient indiquer que cela est le cas.

Dans le présent document, qui marque le premier anniversaire de l’attaque contre le camp de Nahibly, Amnesty International appelle à nouveau le président Alassane Ouattara à tenir ses promesses, faites à plusieurs reprises, de lutter contre l’impunité et d’assurer justice, vérité et réparation à toutes les victimes de la crise post-électorale.

En veillant à ce qu’une enquête exhaustive, indépendante et impartiale soit menée sans délai sur l’attaque de Nahibly, conformément au droit et aux normes internationaux, le gouvernement ivoirien a l’opportunité de démontrer sa bonne foi et de démontrer sa volonté et sa capacité de faire la lumière sur toutes les violations des droits humains commises dans le pays durant la dernière décennie. Il ne s’agit pas seulement de rendre justice aux victimes de violations passées. Une telle enquête constitue également un élément clé pour empêcher de nouvelles violations et atteintes graves aux droits humains. En effet, Amnesty International s’inquiète du risque réel que de telles violations se reproduisent dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, compte tenu de la longue tradition d’impunité, de l’insécurité persistante, de l’hostilité omniprésente à l’égard de groupes perçus comme étant comme des partisans de Laurent Gbagbo et du rôle répressif joué par les Dozos avec l’accord tacite des autorités ivoiriennes.

Lire le rapport complet :
http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR31/009/2013/fr
ou :
Rapport Amnesty 20130729

Publicités

Nouvelles 2013-07-29

Mise à jour : 31 juillet 2013

Yamoussoukro, 31 juillet 2013 : des chefs de village du département de Gagnoa plaident auprès de Guillaume Soro en faveur des prisonniers politiques et des exilés :

A l’occasion d’un entretien avec Guillaume Soro dans la capitale ivoirienne, une délégation du Conseil des chefs de villages du département de Gagnoa conduite par son président, Gbizié Lambert, a rappelé ce qui bloquait toute avancée dans le pays :
(…) « Nous, Chefs traditionnels, menons donc une diplomatie coutumière qui se veut souterraine, nocturne, entre quatre murs. Elle règle toujours les grands problèmes de la société.
Aujourd’hui les problèmes de la société ivoirienne, sont entre autres :
– L’emprisonnement de notre fils Laurent Gbagbo à la Haye ;
– La détention de plusieurs fils du pays dont certains sont originaires du département de Gagnoa;
– L’exil de beaucoup d’autres ;
– Le gel de leurs comptes bancaires et l’occupation de leurs maisons ;

– La perte des emplois qu’ils occupaient hier ;
– L’insécurité dans nos villages et sur nos routes etc. » (…)
Source : Notre Voie, n°4483, 1er août 2013
http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=53250

Dabou (Côte d’Ivoire), 27 juillet 2013 : interdiction du meeting de la Jdcy

Encore une fois, un meeting est interdit à la dernière minute : alors que la Jdcy (Jeunesse de l’Union Démocratique et Citoyenne) devait tenir un meeting (autorisé !) le samedi matin 27 juillet, ce même samedi matin elle se voit signifier par la mairie une interdiction sous le prétexte de l’organisation d’un autre activité le soir dans les mêmes locaux ! Le secteur est également quadrillé par les forces de police.
Voici les réactions de Serge Emile Alléba, Président de la Jdcy :
« On veut nous maintenir dans un climat de terreur et de peur pour opérer un passage en force en 2015. (…) 2015 passe par la libération de tous ceux qui sont détenus. Aujourd’hui une région du pays a été transformée en un Guantanamo pour les autres Ivoiriens. » (Propos relatés par F. Toti dans Le Nouveau Courrier du 29 juillet 2013).
La tournée nationale des jeunes de l’Udcy a été maintenue.

Abidjan, 27 juillet 2013 : libération du Dr Saraka (Konan Patrice)

Selon plusieurs sources, le médecin de Charles Blé Goudé, Dr Saraka, a été relâché le 27 juillet dans la soirée.
Arrêté à deux reprises (en septembre 2012 et en avril 2013), il fut détenu illégalement pendant 4 mois par la DST. Son état de santé s’étant considérablement dégradé, les multiples alertes lancées sur les réseaux sociaux ont contribué à mobiliser les organisations humanitaires afin d’obtenir sa libération.

Abidjan, MACA, 27-28 juillet 2013

Depuis la tuerie des 23 et 24 juillet 2013 à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan, les familles des détenus n’ont pas eu d’autorisation de visite, ce qui accentue leur inquiétude quant à l’état de leur proche et sur le nombre réel de personnes tuées ou blessées par les forces de répression.

Abidjan, 26 juillet 2013 : conférence de presse d’Achille Gnaoré, intervenant au nom des agoras et parlements de Côte d’Ivoire

Cette conférence marque la volonté de faire revivre, après plus de deux ans de silence imposé, et malgré tous les obstacles, les espaces de libre expression que sont les « agoras » et les « parlements ».
Pour en savoir plus :
http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=53225

Niamey (Niger), 15 juillet 2013 : arrestation et extradition en Côte d’Ivoire du capitaine Bley Kouassi Urbain

L’ex-aide de camp du général Philippe Mangou est actuellement détenu au secret.
Pour en savoir plus : http://url.exen.fr/81882/

Bamba Massany, ancienne députée de Port-Bouët, s’adresse à Ouattara

« Il n’y a pas deux types d’Ivoiriens en Côte d’Ivoire »

Bonjour M. le Président,

Bamba Massany-Source Civox

Source : Civox

Il est des mots, des discours prononcés, des actes en face desquels le devoir d’une prise de parole s’impose. Permettez, monsieur le Président, que je vienne joindre ma voix à celle de M. Abou Cissé, votre oncle qui ne cesse de vous interpeller sur votre gestion de la vie politique en Côte d’Ivoire. Je vous adresse ce message, non pas en tant que politique, mais en tant que votre sœur, comme il vous a plu de m’appeler les rares fois que nous nous sommes rencontrés. Comprenez donc, monsieur le Président, que ces interpellations soient familiales, amicales et sans arrière-pensée, bien que nous soyons de famille politique différente. Sachez que seules les personnes qui vous veulent du bien dans l’intérêt supérieur de la nation peuvent se permettre de vous dire certaines vérités, contrairement à celles qui rodent autour de vous pour des intérêts égoïstes et qui vous induisent en erreur. M. le Président, je viens par la présente, vous signifier que votre intervention auprès de l’opposition togolaise, en vue d’un consensus entre les acteurs politiques pour des élections législatives apaisées, est très appréciée par la classe politique en Côte d’Ivoire, toute tendance confondue. Parce que votre action n’est rien d’autre que la recherche de la paix, de la stabilité et de la cohésion sociale dans ce pays frère où vivent d’ailleurs beaucoup de nos compatriotes. Le Togo a connu une crise postélectorale marquée par une répression sanglante de l’opposition en avril 2005. La Côte d’Ivoire a connu la sienne en 2011, aboutissement de plus de dix années de crise militaro-politique. Si votre homologue, le Président Faure Gnassingbé vous a permis de rencontrer son opposition, c’est parce qu’il est conscient de l’importance de celle-ci dans le jeu démocratique. Mieux, il autorise son opposition à s’exprimer et à manifester, ce qui est un signe de démocratie. Pourquoi ne pas faire autant en Côte d’Ivoire ? Oui M. le Président, les Ivoiriens sont en droit d’en attendre de vous, car La France et ses alliés vous ont présenté comme un démocrate aux yeux de l’opinion nationale et internationale… Désormais, vous êtes leur Président depuis le 11 avril 2011. C’est vrai, vous avez accédé à la magistrature suprême dans des conditions catastrophiques, pour paraphraser votre prédécesseur le Président Laurent Gbagbo.
Même si les deux situations n’ont pas les mêmes origines et les mêmes procédés, toujours est-il que la Côte d’Ivoire a été ébranlée et déstructurée. Au vu de ce qui précède, comme Laurent Gbagbo, les Ivoiriens s’attendaient de votre part à une remobilisation de la classe politique et de tout le peuple autour de la mère patrie. Parce que vous êtes le «chef» , le «père» de tous les Ivoiriens. Vous devez appeler tous les fils et toutes les filles du pays à faire la paix, en libérant tous les prisonniers, en autorisant le retour de tous les exilés comme le recommande notre constitution en son article 12, en taisant les rancœurs et les blessures. Hélas, vous ne l’avez pas fait, pour des raisons qui vous sont propres. Evidemment, vous parlez de justice, vous voulez mettre fin à l’impunité. Seulement, si cette justice respectait les règles du droit en étant juste et équitable vous contribueriez à la réconciliation des Ivoiriens à laquelle vous tenez tant. Voulant être un disciple de feu Félix Houphouët-Boigny, vous agissez comme lui en refusant de retourner votre couteau contre vous- même. Or, pour une décrispation réelle de la vie sociopolitique, l’opposition significative, le Fpi a sollicité très tôt de vous rencontrer en vue de vous proposer une amnistie générale. Et cela, avant les élections législatives de décembre 2011. Cette volonté de ce parti s’inscrivait tout simplement dans un souci de recherche de paix véritable pour les Ivoiriens qui souffrent depuis 2002. Malheureusement, il n’a jamais été reçu par vous. Et depuis lors, les discussions entre le pouvoir et le Front populaire ivoirien piétinent tout comme la réconciliation. Un adage dit : il faut d’abord balayer devant sa maison avant d’aller balayer chez le voisin. Vous avez choisi d’être généreux dehors et avare à la maison, selon le refrain d’une chanson du célèbre groupe Zouglou Espoir 2000. En effet, les Ivoiriens s’interrogent pourquoi leur Président, monsieur Ouattara, ne leur fait pas bénéficier de cette bonne attitude adoptée auprès des Togolais, au nom de la paix, de la cohésion sociale et de la stabilité en Côte d’Ivoire ? Le peuple s’interroge toujours, pourquoi autant de mépris et de désintéressement à l’égard de sa souffrance, en n’engageant pas un dialogue direct et franc avec son opposition ? M. le Président, la Côte d’Ivoire ne comporte pas deux types d’ivoiriens, ceux que vous aimez et ceux que vous n’aimez pas. Notre Etat est un et indivisible. Il va du nord au sud et de l’est à l’ouest en passant dans les deux cas par le centre. Mr le Président, Gbagbo, votre farouche adversaire politique n’est pas en terre ivoirienne. Alors qu’en son temps, il a tout mis en œuvre pour que Bédié, votre allié du moment et vous, reveniez triomphalement au pays avec tous les honneurs dus à vos rangs. Oui monsieur Ouattara, votre bienfaiteur, oh comble, se retrouve loin de sa terre natale et de surcroît en prison. Alors cher frère, comprenez que ma pensée à travers ce courrier est celle des Ivoiriens. La Côte d’Ivoire et votre peuple compte sur vous à travers un signal fort. Cela est possible de votre part, car comme le disait Sénèque : «Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles». Très fraternellement à vous Monsieur le Président Alassane Ouattara.

Madame Bamba Massany, sage-femme enseignante à la retraite

In : Le Temps N ° 2961, 25 juillet 2013
Source : Civox.net, 27 juillet 2013
(Surtitre de la Rédaction)

Paroles d’exilé : Claudus Kouadio

Claudus Kouadio (cyber-activiste en exil) : « Nous croyons en la libération de Gbagbo »

Interview réalisée par Augustin Kouyo, pour Notre Voie

Exilé pro-Gbagbo et cyber-activiste bien connu, Claudus Kouadio est tout entier engagé dans la vision politique de Laurent Gbagbo. Ayant abandonné son emploi pour un exil forcé, il n’est pas prêt à rentrer tant que le régime d’Alassane Ouattara continue d’opprimer le peuple ivoirien.

Notre Voie : Claudus Kouadio, c’est votre nom ou un pseudonyme ?

Claudus Kouadio : Je suis Kouadio Jean-Claude à l’état civil. Kouadio est mon nom de famille et Claudus le résultat d’une légère mutation de Claude, l’un de mes prénoms. Claudus Kouadio est donc un pseudonyme qui est mon identité virtuelle dans la Blogosphère et sur les réseaux de cyber-activistes.

N.V : Vous vivez hors du pays. Peut-on savoir les raisons qui vous ont amené à quitter le pays ?

C.K : La vérité est que, comme des milliers d’Ivoiriens contraints à l’inconnu de l’exil pour des raisons aussi multiples que diverses, « je tente de survivre hors de mon pays la Côte d’Ivoire ». (suite…)

Paroles d’exilé : Steve Beko

Steve Beko (exilé pro-Gbagbo) : « Nous attendons le jour où Soro, Ouattara et les seigneurs de guerre répondront de leur actes »

Interview réalisée par Augustin Kouyo, pour Notre Voie

Jeune Ivoirien exilé depuis la prise du pouvoir d’Alassane Ouattara, Fabrice Lago alias Steve Beko a décidé de mener le combat pour le triomphe de la vérité sur la situation en Côte d’Ivoire à travers la toile. Dans l’interview qui suit, il explique son choix et ses espoirs pour la Côte d’Ivoire.

Notre Voie : Pourquoi avoir choisi comme pseudonyme Steve Beko?

Steve Beko : Je tenais avant tout propos à vous remercier pour l’opportunité que vous me donnez de parler du travail de millions d’anonymes sur les réseaux sociaux et les blogs afin de faire triompher la vérité sur les événements récents dans notre pays.
Pour en revenir à votre question, disons que ce nom s’est imposé à moi quand il s’est agi de choisir un pseudonyme compte tenu du parcours de Steve Bantu Biko qui comme moi a été un militant syndical estudiantin avant de s’engager dans le combat pour la dignité du peuple noir en Afrique du Sud. C’est donc pour lui rendre hommage – car l’on parle très peu de lui – mais aussi et surtout afin de m’identifier à un leader qui à mon sens a mené le bon combat sans jamais se renier. (suite…)

El ciberactivismo marfileño toma la palabra

Par ÁNGELES JURADO

l ciberactivismo político en Costa de Marfil está vivo, coleante y goza de una salud envidiable. Así lo demuestra la actividad incesante de grupos de ciberactivistas en las diferentes redes sociales, una actividad en la que destaca la de tres jóvenes exiliados que se han convertido en referencia tanto para la diáspora como para los marfileños que siguen en el país: Steve Beko, Chris Erin y Claudus Kouadio. (suite…)

Les femmes des détenus politiques ivoiriens communiquent

COMMUNIQUE DE PRESSE DU COLLECTIF DES FEMMES (épouses, mères, enfants, sœurs et amies) DES DETENUS DE LA CRISE POST-ELECTORALE
Published on July 24, 2013

MESDAMES ET M[ES]SIEURS
ORGANISATIONS NATIONALES ET INTERNATIONALES DE LA DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME
TRES CHERS AMIS JOURNALISTES
IVOIRIENS, IVOIRIENNES
TRES CHERS FRERES, TRES CHERES SOEURS

Nous sommes encore une fois meurtries, encore une fois ép[lo]rées car nous venons d’apprendre par la voix de la presse que dans la nuit du 23 au 24 Juillet 2013, deux de nos époux, deux de nos enfants, deux de nos pères, deux de nos frères et deux de nos amis détenus illégalement que sont Akesse Agnero Cyrille et Koffi N’Dri Boniface ont perdu la vie au environ de 21h 30 après avoir reçu des balles étant dans leurs cellules respectives….

Selon la presse nationale les tirs ont survenu lorsque le détenu de droit commun du nom de Yacou, chef du bâtiment C a refusé d’être transféré à la prison de Dimokro. Selon les informations obtenues grâce aux personnes sur place, depuis 5 heures du matin les détenus sont étouffés par les gaz lacrymogènes et les grenades offensives.
Les conditions actuelles sont alarmantes car l’on nous annonce un bilan de 57 morts dont 16 femmes qui si rien n’a été fait pour ramener de l’ordre risquerait de s’alourdir.
Face à cette situation qui n’a toujours pas pris fin plusieurs questions nous viennent à l’esprit.
-Avaient-ils besoin de tirer à balles réelles dans le vide ?
-Le détenu YACOU est-il la cible réelle ?
-Pour le transfèrement d’un détenu, les administrations pénitentiaires avaient elle besoin de traiter des détenus comme des brebis galeuses?
-Cette histoire n’est-il pas un prétexte pour déporter encore une fois les détenus politiques et militaires vers les prisons de l’intérieur ?
Tant de questions restent encore une fois sans réponses.
Nous condamnons cet acte criminel et irresponsable dont les auteurs ne sont que les agents pénitentiaires.
Nous déplorons le fait que nos époux, Peres, frères et amis soient traités comme des animaux et non des êtres vivants.
Nous lançons un cri d[u] cœur !
Nous interpellons la communauté internationale, les organisations des défense des droits de l’homme, l’onuci et le gouvernement ivoirien afin que ce traumatisme prenne fin et que les droits des détenus politiques et militaires soient respectés.
Nous ne pouvons terminer sans avoir une pensée noble pour toutes les familles qui sont aujourd’hui victimes de cet acte barbare, nous [ne] pouvons terminer sans avoir une pensée pieuse pour ces âmes qui nous ont quittés !
Akesse Agnero Cyrille (1) et Koffi N’Dri Boniface nos cœurs saignent ENCORE !
QUE DIEU NOUS CONSOLE !
QUE VOS AMES REPOSENT EN PAIX !

Mlle Douati
Chargée de communication du collectif des femmes des détenus de la crise post-électorale

Source : Eburnienews

(1) Selon les informations communiquées par Le Nouveau Courrier du 29 juillet 2013, Akesse Agnero Cyrille a en fait été très grièvement blessé, alors que Koffi N’Dri Boniface est décédé [NDLR du 29/07/2013]

Mort de deux détenus politiques dans une prison d’Abidjan

Comité d’Action pour la Libération des Camarades Prisonniers Politiques
(CAL – CP)

COMMUNIQUE DE PRESSE
REF D/003/13

Relatif à la mort de deux prisonniers politiques à la MACA

Dans la nuit du mardi 23 au mercredi 24 juillet 2013, des tirs nourris ont été entendus à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA) où sont également détenus près d’un demi-millier de prisonniers politiques ivoiriens.
Selon nos sources d’information, le bilan serait de 57 morts dont 16 femmes et les deux prisonniers politiques suivants :
1.AKESSE AGNERO CYRILLE (1)
2.KOFFI N’DRI BONIFACE

En attendant d’en savoir plus sur les conditions dans lesquelles ces deux prisonniers politiques ont trouvé la mort :

Le CAL – CP rappelle
– que ces deux prisonniers politiques tués n’avaient rien à faire à la MACA et qu’ils avaient été arrêtés et mis en prison comme de nombreux autres jeunes Ivoiriens et leaders politiques pour leur soutien démocratique au Président Laurent GBAGBO ;
– que ces deux prisonniers politiques étaient détenus depuis plusieurs mois sans jugement ;
– qu’ils sont au moins 700 autres Camarades Prisonniers et Personnalités Politiques détenus dans les mêmes conditions inhumaines depuis avril 2011.

Le CAL – CP constate
– que ces deux prisonniers politiques sont morts injustement, victimes du pouvoir illégitime d’Alassane Ouattara ;
– qu’après les épidémies de tuberculose, c’est une tentative d’évasion de prisonniers de droit commun qui s’est muée en massacre.

Le CAL – CP condamne :
– la précarité des conditions de détention et de sécurité qui prévaut dans ces prisons dans le but de décimer les prisonniers politiques ;
– la politique de la terreur du pouvoir d’Alassane OUATTARA qui consiste à arrêter et maintenir en prison sans jugement tout opposant à son régime, non sans lui avoir fait subir les pires tortures dignes d’une autre époque.

Le CAL – CP impute l’entière responsabilité de ces deux morts au pouvoir d’Alassane OUATTARA.

Le CAL – CP exige la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers politiques.

Le CAL – CP appelle la communauté nationale et internationale ainsi que les organisations de défense de Droit de l’Homme à prendre la mesure de la gravité de la situation en Côte d’Ivoire et à user de tout leur poids afin que soit restaurée la démocratie dans ce pays.

Le CAL – CP pense que la vraie réconciliation entre Ivoiriens ne pourra être effective que dans le respect des libertés individuelles et des règles de droit qui régissent le fonctionnement démocratique des institutions.

Fait à Paris, le 24 juillet 2013
Pour le CAL – CP, Georges AKA, son Président

(1) Selon les informations communiquées par Le Nouveau Courrier du 29 juillet 2013, Akesse Agnero Cyrille a en fait été très grièvement blessé, alors que Koffi N’Dri Boniface est décédé [NDLR du 29/07/2013]

Commémoration du massacre de Nahibly

Il y a un an, le 20 juillet 2012, les réfugiés internes Wê du camp de Nahibly, près de Duékoué, à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, étaient massacrés par des FRCI, des Dozos et autres individus en armes.
A l’occasion de cette commémoration, voici le texte de l’intervention de Laurent Akoun, Secrétaire général du FPI, lors de la Conférence de presse du 25 juillet 2012, publié sur le Blog d’Alain Doh Bi :
Conférence de presse du FPI: Déclaration intégrale d’AKOUN Laurent. 25 juillet 2012.
http://lafriquepuissancemondiale2050.ivoire-blog.com/archive/2012/07/25/conference-de-presse-du-fpi-integralite-de-la-declaration-d.html

Côte d’Ivoire : qui est responsable des 3000 (et peut-être plus) victimes du conflit postélectoral ?

Crise post-électorale : 3000 morts dans le placard du RDR

Par Benjamin Koré

On entend le pouvoir actuel évoquer les 3000 morts de la crise post électorale en indexant Gbagbo. Il faut plutôt regarder dans le placard de Ouattara. Il en est le responsable pour une simple raison.
Un contentieux électoral se règle par les institutions de la République chargées de réguler le jeu électoral. Il n’est écrit nulle part dans les lois ivoiriennes qu’un contentieux électoral doit se résoudre par les armes ou par la guerre. (suite…)

Interview : la mère de Michel GBAGBO répond à « Algérie patriotique »

L’EX-EPOUSE DE LAURENT GBAGBO A ALGERIE PATRIOTIQUE : « LA FRANCE A FAIT L’ERREUR DE SOUTENIR ALASSANE OUATTARA »

Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi

Algeriepatriotique : Vous avez décidé d’écrire une lettre à François Hollande. Avez-vous eu une réponse ?

Jacqueline Chamois : Je n’ai pas encore eu de réponse de l’Elysée. En revanche, j’ai reçu beaucoup de messages de soutien. Les réactions ont été très positives.

Votre fils Michel est citoyen français. Pourquoi les autorités françaises ne se sont-elles pas saisies de son cas, d’autant que la Cour de justice de la CEDEAO a déclaré que sa détention était illégale et arbitraire ?

C’est là toute la question. La défense de mon fils ne semble pas jusqu’à présent avoir été une priorité pour le gouvernement français. Je ne comprends pas cette passivité qui peut être interprétée comme un soutien au régime d’Ouattara, alors que celui-ci viole en permanence les droits de l’Homme.

Les avocats ont dénoncé la confirmation des charges contre les 84 accusés et parlent d’un «procès politique et de justice de vainqueurs». Ce procès ne risque-t-il pas de remettre en cause la réconciliation prônée par Ouattara lui-même ?

Quel est le sens du mot «réconciliation» pour Ouattara ? On ne peut pas prôner la réconciliation et continuer à pourchasser les militants proches de Laurent Gbagbo. Des meetings sont interdits à la dernière minute, des journaux suspendus pour des motifs dérisoires, des prisonniers détenus au secret. Il y a un fossé entre les discours tenus à l’intention de la communauté internationale et la réalité sur place. Ce renvoi de 84 personnes en cour d’assises marque en fait la volonté d’exclure l’opposition de la vie politique.

Peut-on à la fois condamner l’ingérence de la France qui a coopté Ouattara par la force et solliciter son ingérence dans un procès qui se tient hors de ses frontières ?

Mon fils a été capturé alors qu’il s’était réfugié à la résidence présidentielle d’Abidjan. Sa détention est la conséquence d’une très grave ingérence, celle du bombardement de la résidence par les forces armées françaises sous la présidence de Sarkozy. Il n’y a pas pire comme ingérence. Si, maintenant, au nom de la non-ingérence le président Hollande et le gouvernement actuel entérinaient cet état de fait, ce serait accepter que mon fils demeure otage.

La France se targue d’avoir aidé la Côte d’Ivoire à assurer une transition démocratique alors que vous dénoncez, de votre côté, en tant que citoyenne française, un jugement «collectif et politique». Pourquoi la France continue-t-elle à soutenir Ouattara malgré cette dérive autoritaire ?

La violence est inhérente au régime d’Ouattara. Il est né à la suite de plusieurs tentatives de coups d’Etat, dont celui du 19 septembre 2002 qui a abouti à la partition du pays. La France, avec une grande partie de la communauté internationale, a fait l’erreur de soutenir Alassane Ouattara. Aujourd’hui, il est temps que le gouvernement clarifie sa position.

Vous estimez que la France a le «devoir impérieux d’agir» de manière directe dans ce procès. Pourquoi cela serait-il de son devoir ?

Mon fils Michel a été enlevé le 11 avril 2011, séquestré pendant plusieurs jours avec son épouse et ses enfants dans un hôtel, puis déporté dans une prison dans le nord du pays. Il n’était alors poursuivi pour aucun délit et il n’y avait ni mandat ni ordre judiciaire quelconque. Les autorités françaises ont été informées de sa situation dès le début. Elles auraient donc pu intervenir beaucoup plus tôt, parce que la détention arbitraire est une violation des droits de l’Homme.

Vous rendez-vous, vous-même, en Côte d’Ivoire ? Quelle est la situation réelle des droits de l’Homme dans ce pays ?

Depuis le conflit postélectoral, je ne me suis pas rendue en Côte d’Ivoire. Mais je reçois de nombreuses informations de sources différentes qui sont corroborées par les rapports des ONG. Nous disposons de données sur les personnes contraintes à l’exil, les déplacés internes, les prisonniers politiques, les occupations illégales de terres et de logements, les blocages de comptes bancaires à grande échelle, sans compter les bandes armées qui sévissent en toute impunité et terrorisent les populations.

Que comptez-vous faire si la France ne réagit pas comme vous le demandez et qu’Ouattara persiste à vouloir condamner les 84 accusés, dont votre fils ?

Il y a beaucoup de paramètres, entre autres au niveau international, qui entrent en ligne de compte et peuvent faire évoluer positivement la situation. Nous devons garder espoir.

In : Algérie patriotique, 19 juillet 2013
(Surtitre de la Rédaction)

Paroles d’exilé : le ministre Ahoua Don Mello

Interview en deux parties d’Ahoua Don Mello (Docteur Ingénieur des Ponts et Chaussées, porte-parole du Gouvernement Ake N’Gbo et membre de la Coordination du FPI en exil)

Par Frank Toti (pour Le Nouveau Courrier)

Partie 1 :

« Dialoguer rime avec les fusils chez Ouattara »

La situation sociopolitique et économique très préoccupante de la Côte d’Ivoire ne laisse personne sans voix. Pas même l’ex-ministre Ahoua Don Mello, en exil depuis le 11 avril 2011, et qui avait gardé le silence depuis un bon moment. Dans cette entrevue qu’il a accordée au Nouveau Courrier, l’ex-DG du BNETD et par ailleurs ex-Administrateur de la BNI et de la CAPEC, analyse la situation politique et économique de la Côte d’Ivoire. Dans cette première partie que nous vous proposons, il aborde exclusivement les questions politiques de l’heure.

Le Fpi, votre parti, a dit non à l’invitation au dialogue avec le gouvernement, pour protester contre le non-respect de ses engagements (parlant du gouvernement) après les premières négociations et la récente arrestation du leader de la JFPI qui intervenait justement à quelques jours de la reprise du dialogue. Une décision à laquelle vous souscrivez ?

Lorsqu’un homme continue de brimer son frère, la femme, les enfants et les amis de son frère qu’il crie au dialogue pendant qu’il continue de les brimer, pensez-vous honnêtement qu’il donne le même sens au mot «dialogue» que le sens commun attribue à ce mot ? Ce cri au dialogue est pour anesthésier ceux qui sont en dehors de la maison et qui risquent de venir au secours des opprimés. C’est le Vuvuzela pour couvrir le cri de douleur de nouvelles vagues de répression et de violation des droits de l’homme. (suite…)

Nouvelles 2013-07-16

Bonoua (Côte d’Ivoire), 14 juillet 2013 : nouvelle interdiction d’un meeting organisé par la JFPI (Jeunesse du Front Populaire Ivoirien)
En savoir plus :
http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=52898

Paris, 13 juillet 2013 : une marche était organisée par le COJEP en soutien à Charles Blé Goudé arrêté le 17 janvier 2013 au Ghana, puis transféré le 18 en Côte d’Ivoire où il ne peut recevoir aucune visite :
Plusieurs centaines de personnes ont suivi la manifestation qui s’est déroulée en musique de la Place de la République à celle de Beaubourg.
Compte rendu détaillé par Zogo Toussaint Goba sur Civox.net :
http://www.civox.net/Charles-Ble-GOUDE-le-symbole-de-la-jeunesse-ivoirienne-meurtrie-a-ete-massivement-soutenu-ce-samedi-13-juillet-2013-a_a3189.html

Yamoussoukro, 10-12 juillet 2013 : lors du Colloque consacré à la recherche sur les causes de la crise ivoirienne, Mgr Dacoury a recommande à la CDVR (Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation) présidée par Charles Konan Banny de demander la libération des prisonniers politiques :
« La Cdvr a été créée par la haute autorité de ce pays pour réconcilier les Ivoiriens. Et, pour mieux mener son action, elle a fait diverses actions dont des enquêtes sur le terrain en interrogeant les Ivoiriens qui sont des sachants ou des victimes. Elle dispose donc maintenant de suffisamment d’éléments qui font d’elle la conscience du peuple ivoirien. Je pense que le moment est maintenant arrivé pour que la Cdvr passe à l’action de réconciliation des Ivoiriens. Elle doit, de ce fait, demander courageusement la libération des prisonniers politiques. Car ils doivent prendre leur place dans le processus de réconciliation. Or c’est en étant en liberté qu’ils peuvent dire leur part de vérité. On ne peut pas interroger quelqu’un qui est attaché. Il faut également demander courageusement le retour de tous les Ivoiriens qui sont hors du pays pour que ceux-ci participent aussi à la réconciliation en étant libres dans leur pays», a-t-il indiqué.
(Source : Notre Voie, 12 juillet 2013)

La Haye (Pays-Bas), 12 juillet 2013 : la Chambre préliminaire 1 de la Cour Pénale Internationale a une nouvelle fois refusé la liberté provisoire au Président Laurent Gbagbo

Lettre ouverte : la mère de Michel GBAGBO écrit à François HOLLANDE

Madame Jacqueline CHAMOIS

A Monsieur François HOLLANDE, Président de la République Française

LETTRE OUVERTE
Le 14 juillet 2013

Objet : Côte d’Ivoire / les prisonniers politiques / la situation de Michel GBAGBO

Monsieur le Président,

C’est avec consternation que j’ai appris la décision de la Chambre d’Accusation du Tribunal d’Abidjan concernant 84 personnes présumées pro-Gbagbo détenues pour la plupart depuis le 11 avril 2011, date de la prise du pouvoir par Alassane OUATTARA.

Au terme d’une seule journée d’audience (le 3 juillet 2013), le Tribunal a décidé, dans son délibéré du 10 juillet, de confirmer les charges présentées par l’Accusation, donc d’envoyer 84 personnes en Cour d’Assises (c’est-à-dire de les juger pour crimes).

Parmi elles, se trouvent le Président du Front Populaire Ivoirien, Pascal AFFI N’GUESSAN, l’ancien Gouverneur de la BCEAO, Philippe‑Henri DACOURY‑TABLEY, l’épouse du Président Laurent GBAGBO, Simone EHIVET GBAGBO, et de nombreuses personnes d’origines et de fonctions diverses.

Parmi elles aussi : mon fils Michel GBAGBO, citoyen français – et bénéficiant de la double nationalité – emprisonné depuis plus de deux ans. Vous avez déjà, par différents canaux, été alerté sur sa situation.
Je ne reviendrai pas sur les conditions de son arrestation, sinon pour rappeler les deux faits suivants :

– La Cour de Justice de la CEDEAO, saisie de son cas, a décidé le 22 février 2013 que sa détention était illégale et arbitraire ;

– Mon fils a porté plainte devant la Justice française, avec constitution de Partie civile, contre les auteurs de son enlèvement et de sa séquestration. Un Juge d’Instruction a été désigné pour cette affaire.

Aujourd’hui les avocats (de nationalités différentes) des personnes mises en cause par la Chambre d’Accusation du Tribunal d’Abidjan dénoncent de graves atteintes aux droits de la Défense :

– Pas de mise à disposition de l’intégralité du dossier ;

– Impossibilité pour les avocats d’obtenir l’accès au contenu des scellés ;

– Aucun élément de preuve n’a jamais été apporté.

Il s’agit donc bien d’un jugement collectif et politique.

Monsieur le Président,

Il a été porté à votre connaissance à de nombreuses reprises et par différentes sources – courriers, rassemblements, entretiens avec les représentants de mouvements politiques ivoiriens, communiqués des Comités de défense des prisonniers politiques, rapports des organisations humanitaires… – que des violations répétées des droits de l’homme étaient commises par et sous le régime d’Alassane OUATTARA  :

– Arrestations de présumés « pro-Gbagbo » et de membres de leur famille sans aucun mandat ;

– Détention prolongée, en des lieux tenus secrets, par la DST ;

– Pratique de la torture caractérisée par la répétition du même mode opératoire ;

– Blocage total des comptes d’un très grand nombre de personnes depuis avril 2011 ;

– Occupation illégale d’habitations de prisonniers ou d’exilés par des membres des FRCI (les Forces armées créées par Alassane OUATTARA) ;

– Exil forcé d’environ 100 000 personnes au Ghana, au Libéria, au Togo et dans de nombreux autres pays, dont la France ; les demandes d’asile politique en sont le témoignage ;

– Occupation illégale de terres publiques et privées.

Monsieur le Président,

Permettez-moi de vous faire part de ma conviction : si, au nom du peuple français, vous aviez dénoncé officiellement et ouvertement la barbarie dont se rend coupable quotidiennement ce régime plus proche du franquisme que d’une République démocratique, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

Il est vrai qu’Alassane OUATTARA abuse l’opinion internationale en présentant une image correspondant à l’opposé de la réalité et en brandissant l’étendard d’une “Réconciliation” dont il serait un fervent promoteur.

En fait :

vu les conditions dans lesquelles sont opérées les arrestations,

vu le caractère politique de celles-ci,

vu la négation des droits élémentaires de la Défense,

les décisions de justice prononcées à l’encontre des personnes proches de Laurent GBAGBO ou considérées comme telles ne peuvent présenter aucune garantie d’équité ni d’indépendance à l’égard du pouvoir en place.

Dans ce contexte, le principe de non-ingérence dans la Justice d’un autre pays ne saurait prévaloir sur l’obligation d’obtenir la libération d’un ressortissant arbitrairement emprisonné. Cette position fut d’ailleurs à la base de plusieurs interventions dans des situations similaires.

La France, quels que soient ses intérêts économiques, politiques et militaires en Côte d’Ivoire, a le devoir impérieux d’agir pour :

Exiger la remise en liberté immédiate de son ressortissant Michel GBAGBO ;

Défendre la démocratie et les droits de l’homme, y compris en Côte d’Ivoire ;

Mener une action politique et diplomatique – si nécessaire au niveau de l’ONU – en vue d’obtenir la remise en liberté des prisonniers injustement détenus pour des motifs politiques.

Assurée de pouvoir compter sur votre soutien, je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’expression de ma très haute considération.

Jacqueline CHAMOIS,
Mère de Michel GBAGBO

Version PDF de la lettre :
Lettre ouverte à François Hollande 14 juillet 2013

A la Une : la justice ivoirienne en question

Par Norbert Navarro
RFI

Après le renvoi devant les assises de rien moins que 84 proches de Laurent Gbagbo, le FPI, le Front populaire ivoirien, parti fondé par l’ex-président de la République ivoirienne, condamne vivement ce qu’il considère comme une décision « politique ». Et la presse dite « bleue », c’est-à-dire celle qui lui est proche, se fait l’écho de cette réprobation.

C’est ainsi que le quotidien Le Temps dénonce « une mise en scène grotesque » ou encore « une autre manœuvre pour abuser l’opinion ».

Le Nouveau Courrier a interrogé l’avocat sénégalais de la famille Gbagbo. A propos du renvoi des 84 aux assises, Maître Ciré Clédor Ly, c’est son nom, déclare : « C’est la consécration de la vendetta des vainqueurs (…) Aucun droit de mes clients n’a été respecté. Il n’y a eu aucune instruction véritable. Nos clients ne bénéficient pas du droit à un procès équitable », martèle l’avocat.

Selon lui, cette décision « conforte des avis pouvant analyser [ce renvoi] en Cour d’assises [de] toute une famille ainsi que [de] tous les membres d’un gouvernement, incompatible avec les principes de convergences constitutionnelles de la Cédéao, et la charte sur la bonne gouvernance, de la démocratie et des élections. Lesquels, rappelle Maître Ciré Clédor Ly, sont prohibitifs de tout harcèlement politique de la famille politique ou biologique d’un président ayant cessé l’exercice du pouvoir ».

Dans Soir Info, ce même avocat sénégalais s’insurge : « Nous n’avons jamais eu la mise à disposition (…) des éléments de preuves ». « Jusqu’à ce jour, accuse Maître Ciré Clédor Ly, nous avons demandé l’ouverture des comptes scellés, l’inventaire des éléments sur lesquels, ils se sont fondés et considérés comme étant des éléments à charge (…) jusqu’à ce jour, nous n’avons rien reçu. Il n’y a aucun élément précis qu’on reproche à mes clients », dit-il au journal indépendant Soir Info.

Côte d’Ivoire : Anaky crache ses vérités

Mais la grogne se fait également entendre au sein-même de la coalition au pouvoir en Côte d’Ivoire. Président de l’une de ses composantes, Anaky Kobéna est en Une de plusieurs quotidiens ivoiriens ce matin. Le patron du parti MFA n’est « pas d’accord avec la justice », titre le quotidien indépendant L’Inter.

« Anaky se braque contre Ouattara et Bédié », souligne en Une L’Expression, qui évoque une « crise au RHDP », le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix, c’est-à-dire le regroupement de quatre partis politiques autour du président Ouattara, dont le MFA d’Anaky Kobéna.

« Anaky dit NON ! » lance également en Une L’Intelligent d’Abidjan.

Le quotidien abidjanais publie le communiqué du président du MFA dans lequel ce dernier voit dans cet épisode judiciaire le dernier en date des actes de ce qu’il appelle un « opéra interminable ». Selon Anaky Kobéna, « prendre la décision d’organiser des assises (…) n’est pas le grand ‘big bang’ politique et social auquel le peuple aspire en silence. Que le chef de l’Etat veuille bien en tenir compte », lance le président du MFA à l’attention d’Alassane Ouattara.

Côte d’Ivoire : réconciliation spot

Autre avocate présentée comme étant une défenseuse de Simone Gbagbo par le site Internet Afrik.com, Maître Habiba Touré s’insurge. « Nous voulons juste que le pouvoir nous présente des faits réels. Pour les 84 personnes renvoyées devant la Cour d’assises, il n’y a aucun élément. Excusez-moi, mais c’est du n’importe quoi ». Et Maître Touré poursuit : « C’est bien un acharnement. Les responsables du massacre de Duékué n’ont jamais été poursuivis (…) La réconciliation est devenue un spot de campagne pour séduire les partenaires occidentaux. Ce n’est pas une réalité », dit-elle à Afrik.com.

« Une chose est certaine, énonce Fasozine, c’est que la Côte d’Ivoire a besoin de tourner la page d’une crise politico-militaire dont les plaies tardent à se cicatriser ».

In : RFI, 12 juillet 2013