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Paroles d’exilé : le ministre Augustin Komoé

Interview par le quotidien ivoirien « Le Temps » :

Le Temps – Que devenez-vous ?

Augustin Komoé – Je vous remercie de me donner l’opportunité de m’exprimer dans votre quotidien que je salue au passage pour son professionnalisme et sa constance dans le combat de la liberté et la démocratie.
Depuis le 11 avril 2011, je suis devenu un réfugié politique, comme la plupart de mes camarades et collaborateurs du Président Gbagbo déporté à la Haye.

LT – Pourquoi ce long silence ?

AK – Ce long silence, comme vous le dites, trouve son fondement dans la maxime selon laquelle « si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi ». Je suis de nature réservé et discipliné, préférant laisser à ceux dont c’est le rôle d’exprimer le point de vue de l’organisation politique à laquelle j’appartiens, le soin de le faire. Et je pense qu’aussi bien la direction du FPI que la coordination des exilés politiques le fait bien. Par ailleurs, par égard aux autorités du pays dans lequel j’ai trouvé refuge je m’abstiens de toute activité ostentatoire embarrassante. Ce qui ne m’empêche pas de prendre part aux débats sur les questions essentielles liées à la situation socio politique de mon pays.

LT- Dans quel pays êtes-vous ?

AK – Ce n’est pas important.

LT-On parle du Maroc ?

AK- On parle aussi d’un pays du Golf, des Etats Unis, de l’Angola, et que sais-je encore !

LT-Comment vivez-vous votre exil ?

AK – Il n’y a rien de plus terrible que l’exil ! Et je comprends mieux pourquoi la constitution ivoirienne de 2000 l’a proscrit. Je comprends encore mieux pourquoi dès le début de son mandat, le Président Gbagbo qui avait connu l’exil sous le parti unique, avait mis un point d’honneur à créer les conditions de retour d’exil de messieurs Konan Bédié et Alassane Ouattara. Je vis mon exil comme ces milliers d’Ivoiriens qui ont échappé à une mort certaine et dont la vie et la sécurité se trouvent menacées pour des raisons politiques. Mais rassurezvous, je le vis avec fierté et détermination, dans la dignité !

LT – Que faites-vous exactement ?

AK – Rien ! Ou presque ! Je lis et je médite beaucoup sur la gestion du pouvoir d’état en Afrique et dans le monde. Je revisite les traités sur les régimes politiques et je me pose beaucoup de questions sur la démocratie en Afrique. Si j’étais un homme d’affaires j’aurais peut-être mis à profit mon exil pour saisir des opportunités dans ce domaine. Mais voilà, je suis un commis de l’État qui a passé toute sa vie au service de son pays. En plus, j’ai dû faire face à quelques ennuis de santé qui s’estompent progressivement, par la grâce de Dieu.

LT-A quand votre retour au pays ?

AK – Grande question ! Réponse incertaine ! Vous savez, je ne suis ni en mission de travail, ni en vacance. Dans l’un ou l’autre cas j’aurais pu vous dire à quand je serai de retour au pays. Malheureusement je suis hors du pays pour des raisons politiques et par instinct de survie. C’est certes un choix, mais un choix douloureux dans la mesure où ma marge de manoeuvre était faible. Une chose est certaine, je reviendrai au pays ! La date appartient à Dieu.

LT-Quelles sont vos conditions pour revenir ?

AK – Moi je ne pose pas de conditions. Cependant, il faut admettre que les milliers d’Ivoiriens qui ont fuit le pays à l’avènement du régime Ouattara, l’ont fait pour des raisons précises. Je vous fais remarquer que la crise que la Côte d’Ivoire a connue est inédite dans la récente histoire de ce pays. C’est pour la première fois en effet que la lutte pour le contrôle du pouvoir politique fait autant de dégâts, au point d’ébranler les fondements de notre nation en construction. Même au plus fort des luttes anticoloniales, voire à l’occasion des luttes pour la conquête des libertés politiques par Laurent Gbagbo et ses camarades, le pays n’avait pas connu un tel niveau de violence.

Plus de deux ans après la déportation du Président Gbagbo à la Haye, la Côte d’ivoire demeure méconnaissable, les Ivoiriens étant profondément divisés et se regardant en chien de faïence. Tout se passe comme si les nouvelles autorités ruminaient depuis des années une vengeance à l’égard des Ivoiriens pour des raisons qui leur sont propres.

La justice sélective dite des vainqueurs n’est plus une vue de l’esprit, les soutiens extérieurs du régime d’Abidjan l’ayant admis depuis peu. Des mandats d’arrêt sont lancés pour traquer les cadres du FPI, dans le seul but de les contraindre au silence et à l’exil. A titre d’exemple, le président du FPI, Pascal Affi Nguessan, deux de ses trois vice-présidents, à savoirSimone Gbagbo et Aboudramane Sangaré, sont en prison sans jugement depuis plus de deux années. Le Premier ministre Gilbert Aké Ngbo et une partie des membres de son gouvernement ont passé près de deux années en prison avant d’être libérés pour certains à titre provisoire. Nos résidences continuent d’être illégalement occupées par des hommes en armes pendant que nos comptes bancaires sont bloqués. Pour ne rien arranger, le pouvoir tente de museler le FPI qui demeure la seule force politique crédible face au rassemblement des houphouétistes. L’emprisonnement de nombreux militants du FPI dont Alphonse Douati, Laurent Akoun et récemment Justin Koua, tous membres de la direction intérimaire du parti révèle l’état d’esprit du régime qui ne veut s’accommoder d’aucune opposition crédible.

Le Président Ouattara a coutume de dire que les exilés qui n’ont rien à se reprocher peuvent rentrer au pays et qu’il appartiendra à la justice de décider de leur sort. Comme si s’opposer à un régime était constitutif de délit ou de crime. On se croirait au moyen âge ! Dans un tel contexte, quelles conditions peut poser le proscrit que je suis ? Mon péché n’est-il pas d’avoir cru aux vertus du droit, et donc au respect des institutions de la République ? Le FPI, se préoccupant de la vie des Ivoiriens, n’a de cesse de réclamer le retour à une vie politique apaisée pour donner une chance à notre pays de panser ses plaies et de rebondir. L’acceptation de ce minimum de compromis créera les conditions du retour de tous ceux qui ont fui le pays depuis 2011, moi y compris.

LT-Un mot sur la réconciliation…

AK – La réconciliation est le fondement de bien de religions et notamment la religion chrétienne. Elle est nécessaire après qu’il y a eu une rupture des relations entre deux entités pour diverses raisons. Cette rupture étant source de dysfonctionnements et de tensions, la réconciliation est préconisée pour rétablir l’harmonie rompue en vue du retour à une situation normale. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, c’est un truisme de dire qu’il y a une disharmonie sociale. La question est de savoir, d’une part à quand remonte cette rupture, et d’autre part si les acteurs ou protagonistes mesurent l’ampleur des dégâts causés par cette situation et acceptent in fine d’assumer leurs parts de responsabilité respectives.
Pour ma part je pense que la réconciliation s’impose en Côte d’Ivoire après le traumatisme que ce pays a subi. Il y va de la survie de cette nation. Tout effort de redressement économique et de lutte contre la pauvreté sera vain si le climat social n’est pas apaisé.

LT-Que faut-il faire pour réconcilier les Ivoiriens ?

AK – Il faut rechercher les causes profondes de la rupture des bonnes relations que les Ivoiriens ont toujours entretenues dans l’acceptation de leurs différences sociales, idéologiques, religieuses, politiques et ethniques. Il me semble que la désunion et la violence politique sont apparues dans ce pays à un moment donné de sa récente histoire. Loin de moi l’idée que tout était beau dans le meilleur des mondes. Mais les Ivoiriens n’étaient pas arrivés à un tel niveau de cruauté et de cynisme avant l’avènement en politique d’une nouvelle race de politiciens adeptes de la politique de la terre brulée. Les leaders politiques devraient arrêter de jouer avec la vie des Ivoiriens en assumant en toute responsabilité leurs choix dans le respect de la constitution. Quand on a recruté un militant à qui on a offert le p o s t e d e numéro deux du parti, qu’on ne vienne pas quelques années après dire et écrire que ce militant n’est pas ivoirien. Le peuple ivoirien paye un trop lourd tribut à la guerre de succession que les héritiers putatifs du père de l’indépendance se livrent depuis deux décennies. Le jour où certains hommes politiques ivoiriens vont cesser de croire qu’ils ont un destin exclusif pour diriger la Côte d’Ivoire, on aura fait un pas important vers la réconciliation. Par dessus tout, je crois qu’il faut que certains politiciens cessent de donner d’eux-mêmes l’image de marionnette que des puissances extérieures actionnent au gré de leurs intérêts en Afrique. Le patriotisme doit faire partie d’un ensemble de valeurs autour desquelles l’on doit bâtir un projet fédérateur susceptible de réconcilier les Ivoiriens. C’est la conscience d’appartenir à une nation vue comme le plus grand bien commun qui constituera le ferment d’une vie sociale harmonieuse.
Je voudrais m’arrêter là et dire que le conflit ayant opposé deux parties, c’est autour d’une table que ces deux parties doivent se retrouver pour solder leur différend, sous l’arbitrage d’un tiers. Comment pouvez-vous imaginer une réconciliation dans une situation où le leader d’une des parties au conflit est déporté, ses partisans et sympathisants pourchassés, embastillés, dépouillés de leurs biens et contraints à l’exil ? Avec qui se réconcilie-t’on?

LT-Des Ivoiriens soutiennent que la réconciliation est un leurre…

AK – Ceux qui le disent n’ont peut-être pas totalement tort. En effet, plus de deux ans aprèsla fin des hostilités, les dirigeants actuels à qui il incombe de créer les conditions de la réconciliation sont encore dans la belligérance. Tout se passe comme si le régime Ouattara gouverne la Côte d’Ivoire pour les seuls militants de la coalition RHDP au pouvoir. Les militants de l’opposition et tous les Ivoiriens qui n’approuvent pas la politique du régime sont traités comme des ennemis à abattre. Même en période de paix une telle attitude est source de frustrations et de tensions sociales et donc insusceptible de rapprocher les citoyens les uns des autres. Il y a également l’état de délabrement du tissu social. Je rappelle que de milliers de vies ont été détruites à cause de l’intransigeance et de l’intolérance. Et Denis Diderot a raison quand il dit que « lorsque les haines ont éclaté, toutes les réconciliations sont fausses. » Sans doute aussi que ceux qui sont dubitatifs sur la réconciliation pensent à l’implication, voire l’intrusion de puissances étrangères dans un conflit qui ne les concernait pas de prime à bord. Dans ces conditions, tant que des forces extérieures continueront de tirer les ficelles ou de soutenir aveuglement une ou plusieurs parties au conflit, la réconciliation sera un leurre. Cela dit, je suis d’avis que, quelles que soient les implications et la profondeur du drame ivoirien, la réconciliation est possible. Il faut la souhaiter et travailler à son avènement, chacun devant jouer sa partition avec sincérité.

LT-Peut- il avoir la réconciliation sans la justice ?

AK – La justice désigne une valeur morale et fait référence à l’égalité ou à l’équilibre dans les relations entre les hommes. Sa bonne administration peut contribuer à apaiser le climat social et rapprocher les citoyens. En Côte d’Ivoire, nous sommes à des années lumières de cet idéal. Jugez-en vous-mêmes ! Selon l’ONG Human Rights Watch, près de deux ans après la fin de la crise en Côte d’Ivoire, seules les victimes d’exactions supposées commises par le camp perdant ont l’espoir d’obtenir justice. Il est pourtant avéré que les forces pro Ouattara ont massacré des centaines de personnes dans l’ouest du pays et à Abidjan sans que la justice ne s’en émeuve. Dans un conflit qui a opposé deux forces armées, peut-on raisonnablement faire admettre qu’on est juste et équitable en jugeant uniquement et de façon expéditive et cavalière des présumés responsables d’un seul camp ? Il est évident qu’une telle justice ne peut qu’exacerber les divisions et renforcer le sentiment d’une justice des vainqueurs. Comment dans ces conditions pourrait-elle servir la cause de la réconciliation ? Si l’on veut conditionner la réconciliation par la justice qui doit sanctionner les fautes pour panser les plaies des victimes, il faudra alors mettre tous les fauteurs présumés sur le pied d’égalité. Mais apparemment, le régime Ouattara aime la justice quand elle sévit uniquement dans le camp de ses adversaires politiques. Le problème est que le parcours de ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui les disqualifie pour administrer une justice sensée réconcilier les Ivoiriens. Il faut arrêter la parodie, personne n’y croit !

LT-On demande d’envoyer de nouvelles preuves. Est-ce à dire que ce qui a été brandi par l’accusation pendant l’audience de confirmation et d’infirmation était du faux…

AK – L’audience de confirmation des charges contre le Président Laurent Gbagbo s’était transformée en un procès du régime ivoirien et de ses soutiens. Cela a été une occasion exceptionnelle pour mettre à nu le complot ourdi par certaines puissances occidentales contre la Côte d’Ivoire. Toute la manipulation savamment orchestrée, pour diaboliser le leader charismatique africain qui ne demande qu’à servir les intérêts de son pays, a fondu comme du beurre au soleil. De ce point de vue, la décision de la chambre préliminaire I de la CPI de renvoyer la procureure à ses copies est une victoire du Président Gbagbo. Cette décision valide la brillante plaidoirie de la défense qui s’est employée à démonter méthodiquement les mensonges sortis des officines du RDR. On peut ne pas aimer Gbagbo, on peut ne pas vouloir de lui comme Président de la Côte d’Ivoire, on peut même l’assassiner pour tout cela. Mais on ne peut pas en faire un criminel, ni un tyran. Son parcours et ses actes auraient dû alerter ses détracteurs qui lui ont donné des coups dans le désordre sans craindre de tomber dans le ridicule.

LT- Selon vous, est-ce que le régime est en mesure d’avoir des preuves ?

AK – C’est à eux qu’il faut poser la question. La manipulation ne peut prospérer en toutes circonstances. Le drame de la Côte d’Ivoire c’est la propension d’une certaine classe politique à user du faux pour parvenir à ses fins. Heureusement que la corde du mensonge est courte!

LT- Après la décision de la Cpi, des voix s’élèvent pour demander la libération pure et simple du Président Laurent Gbagbo. Partagez-vous cet avis ?

AK – Bien entendu ! Mieux, je pense que ces voix qui s’élèvent et qui sont de plus en plus audibles pointent le fait que le Président Gbagbo n’aurait jamais dû se retrouver à la CPI. Renverser un Président de la République avec l’appui de troupes françaises et le déporter à la Haye pour des crimes qu’il n’a pas commis relève de l’hérésie. Le monde entier est témoin du coup d’état le plus long de l’histoire en Afrique qui a connu son épilogue le 11 avril 2011. D’ordinaire les dictateurs sont chassés du pouvoir, soit par un soulèvement populaire, soit par son armée qui se retourne contre lui. Les observateurs de la vie politique ivoirienne ont fait le constat que le Président Gbagbo a l’onction populaire et qu’au plus fort de la crise post électorale, aucune institution de la République n’avait fait défection. Il faut donc libérer le Président Gbagbo. Il n’y a aucune honte à reconnaître qu’on s’est trompé.

Il est scandaleux [de] voir comment les maîtres du monde tentent d’inverser les rôles dans la tragédie ivoirienne! Le Président Gbagbo nous avait avertis il y a quelques années. Il avait dit en substance au cours d’un déjeuner en sa résidence:  » Écrivez ce que nous somme en train de vivre, car c’est une partie de l’histoire de notre pays… Si vous ne le faites pas demain d’autres personnes écriront que Soro Guillaume était tranquillement à Bouaké et Gbagbo l’a attaqué… » N’est-ce pas ce scénario qui se déroule devant nous?

LT- Comment expliquez-vous la forte mobilisation autour du Président Laurent Gbagbo ?

AK – Le monde supporte de moins en moins l’injustice. Surtout quand elle tend à bâillonner les leaders des petits Etats fragilisés par un ordre mondial inique. La brutalité de l’intervention des puissances occidentales pour installer un homme lige à la tête de la Côte d’Ivoire a choqué plus d’un. Tous ceux qui ont suivi l’histoire de a tentative de coup d’état qui s’est muée en rébellion, avant de servir de bras séculier à l’armée française pour renverser Laurent Gbagbo en avril 2011, se perdent en conjectures ! Quid des valeurs démocratiques et du respect de la souveraineté des Etats ? Il est vrai qu’une certaine Afrique, notamment francophone, s’accommode de régimes de prédateurs à la solde de l’ancienne puissance coloniale. Mais le XXIème siècle semble sonner le glas d’une pratique dont les effets pervers sur le développement du continent sont indéniables.
La mobilisation autour de Laurent Gbagbo est donc avant tout l’expression d’un ras-le-bol et certainement le début d’une remise en cause radicale de la mise sous tutelle de l’Afrique. Ensuite, on a affaire à un homme dont la vision politique transcende les intérêts personnels. Son amour pour la démocratie fragilise la thèse de ceux qui l’affublent d’épithètes abjectes, juste pour s’en défaire.
Le Président Gbagbo fait partie des intellectuels africains qui pensent que l’Afrique doit sortir des relations incestueuses avec les anciennes puissances coloniales. C’est un homme foncièrement démocrate qui force l’admiration en raison de la constance de son combat pour la dignité des Africains. En réclamant plus d’équité et plus de respect dans les rapports Nord-Sud, le Président Gbagbo ne fait que traduire les aspirations profondes de nombreuses populations africaines. Il est porteur de valeurs d’humanisme vrai et donne aux Africains de cette génération l’espoir qu’un jour nouveau peut s’élever sur le continent. Les réformes politiques et institutionnelles faites par Gbagbo au début de son mandat constituent les fondements d’une nation moderne, et n’ont laissé personne indifférent. Il a demontré qu’il y a une alternative à l’Afrique des misères.
Le paradoxe veut que l’instrument devant servir à neutraliser ce génie politique africain, se soit transformé en une tribune de réhabilitation à tout point de vue. Gbagbo est rentré dans l’histoire là où ses adversaires voulaient l’effacer de la mémoire de ces concitoyens.

LT- On constate toujours qu’aucun chef rebelle n’a été traduit devant une juridiction…

AK – En êtes-vous surpris ? C’est le Président Houphouët qui avait dit en 1991 qu’il ne pouvait pas retourner son propre couteau contre lui-même. Une commission d’enquête avait mis en cause la barbarie de l’armée qui avait lancé une expédition punitive nocturne sur une cité universitaire d’Abidjan, faisant de nombreux dégâts parmi les pauvres étudiants. L’ex Premier ministre a bien assimilé les leçons du maître.

Comment imaginez-vous que ceux qui ont fait le travail pour installer le prince puissent être traduits en justice ? Quand vous avez envoyé des gens faire le sale boulot dix années durant, le bon sens commande que vous ne cherchiez pas des poux dans leurs cheveux. C’est aussi une question de survie. Les crimes et atrocités commises par le camp Ouattara depuis 2002 et qui ont atteint leur paroxysme en mars 2011 avec le génocide des Wè sont absous ! Reste la justice de Dieu qui est aussi celle de l’histoire.

LT-On parle de justice des vainqueurs …

AK – Les adeptes de cette justice des vainqueurs vous rétorqueront qu’ils ne sont pas les premiers à la pratiquer. Et l’histoire leur donne malheureusement raison. Leurs soutiens extérieurs aussi. La leçon à tirer de cette situation est que lorsqu’on est engagé dans une guerre il faut s’arranger pour la gagner. Sauf que dans le cas de la Côte d’Ivoire nous avions eu du mal à identifier le visage de celui qui nous avait déclaré la guerre sans le dire !

LT- L’Union africaine a dénoncé le complot de la Cpi contre les chefs d’Etat africains. Que pensez-vous de cette démarche ?

AK – Il vaut mieux tard que jamais ! C’est peut-être aussi un signe des temps. Réalisent-ils enfin que leur silence devant tant d’ingérences étrangères dans la gestion domestique de nos Etats est suicidaire pour tous ? L’Union Africaine a manqué plusieurs occasions d’infléchir le cours de l’histoire de l’Afrique. Dirigée par des chefs d’État dont la plupart sont à la solde des ex puissances coloniales, elle est en panne de vision et de stratégie à même de positionner le continent sur l’échiquier mondial. L’accession au pouvoir semble être l’objectif principal de nombreux chefs d’État qui n’hésitent pas à s’allier à des puissances étrangères, en troquant la souveraineté de leurs pays. Aujourd’hui, il est heureux de constater une certaine prise de conscience de la nécessité de prendre les choses en main. La dénonciation du complot de la CPI contre les chefs d’État africains est un élément tangible de cette prise de conscience qu’il faut encourager. Honneur aux chefs d’État, leaders politiques et intellectuels africains qui tentent de créer la rupture !

Cela dit, je pense que l’Union Africaine doit allée [aller] plus loin que la simple dénonciation. Elle doit chercher à comprendre pourquoi le statut de Rome qui institue la CPI n’est pas signé et ratifié par des grandes puissances dont les Etats Unis d’Amérique, la Chine et la Russie. Et pourquoi des pays africains se sont empressés de le faire. Pourquoi les Africains devraient-ils toujours suivre des mouvements qu’ils ne contrôlent pas ? Pourquoi ce sont toujours des Africains qui livrent d’autres Africains à l’homme blanc ? Les Etats Unis d’Amérique ne donnent-ils pas une leçon au monde en refusant que ses citoyens soient jugés par toutes autres juridictions que les leurs ?

LT- Pensez-vous que la Cpi est raciste comme le dit l’Ua ?

AK – L’Union Africaine doit avoir de bonnes raisons de qualifier la CPI de raciste, elle qui a assisté impuissante à l’humiliation de ses chefs d’Etats. Force est de constater que le bilan de cette cour laisse à penser qu’il n’y a de criminels qu’en Afrique. Et pourtant…

LT- Un mot sur la gouvernance d’Alassane Ouattara…

AK – Après deux ans d’exercice du pouvoir d’état, Ouattara a donné la preuve de son incapacité à gouverner la Côte d’Ivoire. Sur le plan politique, il étale chaque jour son aversion pour la démocratie qui est pourtant le standard de la gouvernance aujourd’hui. En mal de légitimité, Alassane Ouattara rêve d’un retour de la Côte d’Ivoire au monopartisme pour espérer étouffer toute contestation. Les acquis démocratiques obtenus au prix de longues années de lutte sont niés sous le régime Ouattara. C’est le cas notamment de l’embastillement de l’opposition et du refus d’appliquer la loi sur le financement des partis politiques en vigueur depuis 2005. Ensuite, sous nos yeux, après avoir neutralisé le PIT de Françis Wodié, le MFA d’Anaky Kobenan et l’UDPCI de Mabri Toikeusse, le RDR est en passe de phagocyter le PDCI-RDA qui l’a pourtant aidé à accéder au pouvoir. La dissolution du gouvernement Ahoussou Jeannot pour insoumission des députés du PDCI à l’occasion de l’examen de la loi sur le mariage avait sonné comme un avertissement que le vieux parti a pris au sérieux. Depuis il est rentré dans les rangs alors que sa base grogne contre cette mise sous tutelle.

Le monde entier constate que Alassane Ouattara est incapable de rassembler les Ivoiriens. Il semble être mu par un esprit de vengeance à peine dissimulable. La réconciliation peine à se faire pendant que la politique suicidaire de rattrapage ethnique se poursuit allègrement malgré la levée de bouclier qu’elle a suscitée. Les Ivoiriens n’ont jamais été autant divisés que sous ce régime.

Sur le plan économique aussi bien les partisans de Ouattara que ses soutiens extérieurs sont désillusionnés. L’économiste venu du FMI fait moins bien que l’historien Gbagbo. Malgré l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE avec une annulation conséquente de la dette extérieure, les pluies de milliards annoncées peinent à mouiller les Ivoiriens de plus en plus désabusés. Au contraire on assiste à la mise en place d’une politique de surendettement incontrôlé qui risque de compromettre l’avenir du pays. Les scandales financiers ponctuent l’activité gouvernementale, poussant le ministre du commerce à enfreindre son obligation de réserve pour fustiger des pratiques moyenâgeuses dans la gestion du pays. Pour ne rien arranger, les experts américains de Global Rate Services préviennent que La Côte d’Ivoire de 2013 est en état de banqueroute et que la faillite était aux portes du pays. Ce triste constat est également fait par un organisme français, la COFACE, qui informe le monde des affaires que la Côte d’Ivoire est un pays à risque très élevé.

Ces deux rapports sur l’environnement économique de la Côte d’Ivoire viennent corroborer ceux des organisations internationales de défense des droits humains qui pointent de façon récurrente la dérive totalitaire du régime d’Abidjan. Tout cela donne un aperçu de la gouvernance de monsieur Ouattara.

LT-Il soutient qu’il n’est pas en mesure d’assurer le développement économique du pays dans les années à venir…

AK – Comment le pourrait-il ? On ne gouverne pas un pays comme on gère une entreprise ou un club de soutien. C’est quelque chose de plus complexe parce que un pays a une âme et une psychologie qu’il faut connaître. Le Président Gbagbo n’avait-il pas averti que cet homme n’apporterait rien à la Côte d’Ivoire ? Monsieur Ouattara savait pertinemment qu’aucun pays ne développera un autre à son détriment. Ce n’est pas parce qu’on côtoie des riches qu’on peut attirer des capitaux dans un pays qui prend tant de liberté avec la loi. Personne ne peut assurer le développement d’un pays en proie à autant de contradictions. Les capitaux ne suffisent pas, il faut en plus une adhésion des populations à la politique menée. Ce qui est loin d’être le cas en ce moment.

LT- Et pourtant il veut postuler à un second mandat en 2015…

AK – C’est son droit ! Le penseur dit que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. Il appartient donc aux ivoiriens de décider s’ils veulent que Ouattara continue son oeuvre de déconstruction et de désintégration de notre pays.

24 [LT] – Ouattara explique la rareté de l’argent par le simple fait qu’il travaille . Qu’en dites-vous?

[AK-] Je crois que des étudiants en sciences économiques ont réagi à cette déclaration pour le moins malsonnante. Mais cette déclaration a au moins le mérite de confirmer, par les soins du président Ouattara lui même, qu’il n’y a pas d’argent. Gbagbo avait dit que l’argent n’aime pas le bruit. Bruit au sens de clameur mais aussi au sens de boucan.

Sources :
– Facebook
– Panafricain.com, 3 juillet 2013

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