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Archives du 12/07/2013

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A la Une : la justice ivoirienne en question

Par Norbert Navarro
RFI

Après le renvoi devant les assises de rien moins que 84 proches de Laurent Gbagbo, le FPI, le Front populaire ivoirien, parti fondé par l’ex-président de la République ivoirienne, condamne vivement ce qu’il considère comme une décision « politique ». Et la presse dite « bleue », c’est-à-dire celle qui lui est proche, se fait l’écho de cette réprobation.

C’est ainsi que le quotidien Le Temps dénonce « une mise en scène grotesque » ou encore « une autre manœuvre pour abuser l’opinion ».

Le Nouveau Courrier a interrogé l’avocat sénégalais de la famille Gbagbo. A propos du renvoi des 84 aux assises, Maître Ciré Clédor Ly, c’est son nom, déclare : « C’est la consécration de la vendetta des vainqueurs (…) Aucun droit de mes clients n’a été respecté. Il n’y a eu aucune instruction véritable. Nos clients ne bénéficient pas du droit à un procès équitable », martèle l’avocat.

Selon lui, cette décision « conforte des avis pouvant analyser [ce renvoi] en Cour d’assises [de] toute une famille ainsi que [de] tous les membres d’un gouvernement, incompatible avec les principes de convergences constitutionnelles de la Cédéao, et la charte sur la bonne gouvernance, de la démocratie et des élections. Lesquels, rappelle Maître Ciré Clédor Ly, sont prohibitifs de tout harcèlement politique de la famille politique ou biologique d’un président ayant cessé l’exercice du pouvoir ».

Dans Soir Info, ce même avocat sénégalais s’insurge : « Nous n’avons jamais eu la mise à disposition (…) des éléments de preuves ». « Jusqu’à ce jour, accuse Maître Ciré Clédor Ly, nous avons demandé l’ouverture des comptes scellés, l’inventaire des éléments sur lesquels, ils se sont fondés et considérés comme étant des éléments à charge (…) jusqu’à ce jour, nous n’avons rien reçu. Il n’y a aucun élément précis qu’on reproche à mes clients », dit-il au journal indépendant Soir Info.

Côte d’Ivoire : Anaky crache ses vérités

Mais la grogne se fait également entendre au sein-même de la coalition au pouvoir en Côte d’Ivoire. Président de l’une de ses composantes, Anaky Kobéna est en Une de plusieurs quotidiens ivoiriens ce matin. Le patron du parti MFA n’est « pas d’accord avec la justice », titre le quotidien indépendant L’Inter.

« Anaky se braque contre Ouattara et Bédié », souligne en Une L’Expression, qui évoque une « crise au RHDP », le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix, c’est-à-dire le regroupement de quatre partis politiques autour du président Ouattara, dont le MFA d’Anaky Kobéna.

« Anaky dit NON ! » lance également en Une L’Intelligent d’Abidjan.

Le quotidien abidjanais publie le communiqué du président du MFA dans lequel ce dernier voit dans cet épisode judiciaire le dernier en date des actes de ce qu’il appelle un « opéra interminable ». Selon Anaky Kobéna, « prendre la décision d’organiser des assises (…) n’est pas le grand ‘big bang’ politique et social auquel le peuple aspire en silence. Que le chef de l’Etat veuille bien en tenir compte », lance le président du MFA à l’attention d’Alassane Ouattara.

Côte d’Ivoire : réconciliation spot

Autre avocate présentée comme étant une défenseuse de Simone Gbagbo par le site Internet Afrik.com, Maître Habiba Touré s’insurge. « Nous voulons juste que le pouvoir nous présente des faits réels. Pour les 84 personnes renvoyées devant la Cour d’assises, il n’y a aucun élément. Excusez-moi, mais c’est du n’importe quoi ». Et Maître Touré poursuit : « C’est bien un acharnement. Les responsables du massacre de Duékué n’ont jamais été poursuivis (…) La réconciliation est devenue un spot de campagne pour séduire les partenaires occidentaux. Ce n’est pas une réalité », dit-elle à Afrik.com.

« Une chose est certaine, énonce Fasozine, c’est que la Côte d’Ivoire a besoin de tourner la page d’une crise politico-militaire dont les plaies tardent à se cicatriser ».

In : RFI, 12 juillet 2013

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Réaction du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA) face à un renvoi des pro-Gbagbo aux Assises

Jugement des Pro-Gbagbo en Assises : Anaky et le MFA ne sont pas d’accord

Le Mouvement des Forces d’Avenir (MFA) apprend ce jour que près de 84 cadres politiques, proches de l’ex-Chef d’Etat Laurent Gbagbo, seront jugés en assises pour «atteinte à la sureté de l’Etat, génocide, infractions économiques et crimes de sang».

La réconciliation est un tout ; ou l’on estime qu’elle s’impose pour la paix, l’harmonie et le développement du pays, et on y adhère alors totalement, en prenant les décisions politiques d’exception qui vont y conduire, ou alors, l’on estime que la Côte d’Ivoire est retombée dans un stade normal où la grave crise post-électorale n’est plus qu’un simple épisode, presqu’un fait divers du passé, qui ne relève que du droit commun et de la justice ordinaire. La réconciliation est aujourd’hui un impératif aussi pressant que le redressement de l’économie, et le commande même en grande partie.

Elle devient un enjeu national, et l’un des premiers piliers de l’intérêt national aujourd’hui. Il est grand temps que le Chef de l’Etat se décide, s’informe largement et prenne en compte ce qui est la ‘’vox populi’’ la (voix du peuple, Ndlr) en Côte d’Ivoire, 30 mois après sa prise du pouvoir. Les Ivoiriens ne «cherchent plus palabre» ou des poux dans les cheveux de leurs voisins ; ils ont tous eu des enfants, parents et amis massacrés ou morts d’une manière atroce depuis que notre pays est tombé en zone de turbulence, en 2002, jusqu’au final de cette crise, au premier semestre 2011. Ils ont déjà décidé de tracer un trait sur ce passé douloureux, d’aller de l’avant et de revivre, vivre ensemble ; il s’ensuit donc que cet opéra interminable avec les scènes de Gbagbo à La Haye, de Simone, Affi, Michel Gbagbo et de nombreux autres en détention éclatée en Côte d’Ivoire, et enfin les exilés en Afrique et ailleurs qui craignent de retourner au pays, tout cet ensemble les indispose plus qu’autre chose. Prendre la décision d’organiser des assises, ce qui peut supposer de nombreux mois avant le procès, n’est pas le grand «big bang» politique et social auquel le peuple aspire en silence.
Que le Chef de l’Etat veuille bien en tenir compte.

Le Président du MFA
Kobena I. ANAKY

In : L’Intelligent d’Abidjan
Source : Ivoirebusiness.net, 12 juillet 2013
(Surtitre de la Rédaction)

Abidjan : déclaration de Maître Ciré Clédor Ly

Me Ciré Clédor Ly, avocat de Simone et Michel Gbagbo : « C’est la consécration de la Vendetta des vainqueurs ». »Aucun droit de mes clients n’a jamais été respecté »

A l’issue de la confirmation hier des charges contre Simone et Michel Gbagbo par la justice ivoirienne, Me Ciré Clédor Ly, leur avocat, a affirmé qu’on était face à une justice des vainqueurs en Côte d’Ivoire :

« Nous déplorons que depuis qu’il y a eu des arrestations, nous n’avons jamais été mis en [à] mesure d’assurer à nos clients le bénéfice d’un procès équitable. Nous n’avons jamais eu la mise à disposition de l’intégralité du dossier, des éléments de preuves. Figurez-vous : jusqu’à ce jour, nous avons demandé l’ouverture des comptes scellés, l’inventaire des éléments sur lesquels ils se sont fondés et considérés comme étant des éléments à charge. Au moment où je vous parle (ndlr hier 11/7/2013), jusqu’à ce jour, nous n’avons rien reçu. Il n’y a aucun élément précis qu’on reproche à mes clients, aucun acte matériel précis imputable à ces derniers, que [pour lesquels] les juges ont été en mesure de nous remettre ».

Maître Ciré Clédor Ly

In : Ivoirebusiness.net, 12 juillet 2013