Accueil » Actualité judiciaire » Côte d’Ivoire : le nouveau rapport d’Amnesty International sur l’attaque du camp de Nahibly le 20 juillet 2012

Côte d’Ivoire : le nouveau rapport d’Amnesty International sur l’attaque du camp de Nahibly le 20 juillet 2012

COTE D’IVOIRE : « C’EST COMME SI RIEN NE S’ETAIT PASSE ICI »
Un an après l’attaque du camp de Nahibly, la Justice se fait toujours attendre
Rapport du 29 juillet 2013

« La nature repousse, comme si rien ne s’était passé ici »

Défenseur ivoirien des droits humains

INTRODUCTION

Il y a un an, le 20 juillet 2012, une foule importante composée de membres de la population locale, de Dozos (une milice de chasseurs traditionnels soutenue par l’État) et d’éléments de l’armée ivoirienne ont attaqué et détruit le camp de personnes déplacées de Nahibly situé près de la ville de Duékoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Ce camp abritait à l’époque quelque 2 500 personnes. Les militaires et policiers des Nations unies présents sur les lieux n’ont pas mis un terme à cette attaque. Les responsables politiques et militaires locaux présents pendant l’attaque n’ont rien fait pour l’empêcher, ni pour protéger les personnes déplacées qui ont, pour certaines, été battues et tuées. Au contraire, des membres des forces armées, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), ont arrêté des dizaines de personnes qui tentaient de fuir le camp ; un grand nombre d’entre elles ont été victimes de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires.

L’attaque contre le camp de Nahibly soulève les mêmes sujets de préoccupations que ceux relatifs à l’attaque généralisée et systématique lancée contre une population civile dans la région de Duékoué, en mars et avril 2011. Dans les deux cas, des membres des FRCI et des Dozos ont attaqué un groupe de personnes appartenant à la communauté guérée, globalement accusée de soutenir l’ancien président Laurent Gbagbo. Dans les deux cas, les militaires et les policiers de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), stationnés sur place et dans les environs, n’ont pas protégé les personnes ciblées par l’attaque. De même, les autorités ivoiriennes n’ont, dans aucun de ces deux cas, pris d’action immédiate pour relever de leurs fonctions les militaires suspectés d’être impliqués dans ces attaques, ni pour mettre fin au rôle joué de facto par les Dozos en matière de maintien de l’ordre et de la sécurité. Enfin, dans ces deux cas, quasiment aucun progrès n’a été enregistré en matière d’obligation de rendre des comptes et ce, malgré l’ouverture d’une enquête. En effet, même si l’enquête sur l’attaque de Nahibly a connu quelques avancées positives ces derniers mois, telles que l’exhumation des corps d’un puits de Duékoué en octobre 2012 (suite à de fortes pressions de la part des proches des victimes et de militants locaux des droits humains) et l’audition de plusieurs proches des victimes par les autorités judiciaires, l’impunité sévit toujours, laissant les victimes et leurs familles sans aucune possibilité de connaître la vérité ni d’obtenir réparation.

Face à ce climat d’impunité profondément ancrée, Amnesty International a appelé, dans un document publié en février 2013, à l’établissement d’une commission internationale d’enquête sur les violations et atteintes aux droits humains commises à Nahibly. Les autorités ivoiriennes ont rejeté cette recommandation affirmant que la justice nationale avait la capacité et la volonté de faire la lumière sur ces événements et de fournir une réparation aux victimes. Cependant, force est de constater que, cinq mois plus tard, aucun signe tangible ne vient indiquer que cela est le cas.

Dans le présent document, qui marque le premier anniversaire de l’attaque contre le camp de Nahibly, Amnesty International appelle à nouveau le président Alassane Ouattara à tenir ses promesses, faites à plusieurs reprises, de lutter contre l’impunité et d’assurer justice, vérité et réparation à toutes les victimes de la crise post-électorale.

En veillant à ce qu’une enquête exhaustive, indépendante et impartiale soit menée sans délai sur l’attaque de Nahibly, conformément au droit et aux normes internationaux, le gouvernement ivoirien a l’opportunité de démontrer sa bonne foi et de démontrer sa volonté et sa capacité de faire la lumière sur toutes les violations des droits humains commises dans le pays durant la dernière décennie. Il ne s’agit pas seulement de rendre justice aux victimes de violations passées. Une telle enquête constitue également un élément clé pour empêcher de nouvelles violations et atteintes graves aux droits humains. En effet, Amnesty International s’inquiète du risque réel que de telles violations se reproduisent dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, compte tenu de la longue tradition d’impunité, de l’insécurité persistante, de l’hostilité omniprésente à l’égard de groupes perçus comme étant comme des partisans de Laurent Gbagbo et du rôle répressif joué par les Dozos avec l’accord tacite des autorités ivoiriennes.

Lire le rapport complet :
http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR31/009/2013/fr
ou :
Rapport Amnesty 20130729

Publicités
juillet 2013
L M M J V S D
« Juin   Août »
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031