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Interview de Me Hervé Gouamené : «La justice ivoirienne doit mettre fin à la comédie»

SUITE AU VERDICT DANS L’AFFAIRE KATINAN AU GHANA, ME HERVE GOUAMENE : « LA JUSTICE IVOIRIENNE DOIT METTRE FIN A LA COMEDIE »
(Le Nouveau Courrier)

Réagissant au rejet par la justice ghanéenne de la demande d’extradition de Koné Katinan, formulée par le Gouvernement Ouattara, Me Hervé Gouamené, membre du collectif des Avocats des détenus politiques, estime que cette décision de la justice ghanéenne démontre non seulement que le dossier de Katinan est vide, mais aussi qu’il est purement politique à l’instar de la procédure contre Gbagbo à la CPI et de celles lancées contre les détenus politiques en Côte d’Ivoire.

Propos recueillis par F. Toti, Coll. Anderson Diedri

La justice ghanéenne vient de donner son verdict dans l’affaire Koné Katinan et il a été tout simplement acquitté. Vous dont les clients ont en commun avec Koné Katinan quelques chefs d’accusations notamment de crimes économiques, quel commentaire faites-vous sur cette décision de la justice ghanéenne ?
Pour être exactement précis, comme nous sommes juristes, il faut employer les termes tels qu’ils sont. En fait, on ne peut pas parler d’acquittement. Il s’agit plutôt du rejet par la justice ghanéenne de la demande d’extradition de M. Koné Katinan. Parce que l’Etat de Côte d’Ivoire a estimé que Koné Katinan avait commis un certain nombre de crimes dont des crimes économiques. Du coup, il avait demandé à l’Etat du Ghana de l’extrader en Côte d’Ivoire pour qu’il soit jugé ici. Mais là où la décision de la justice ghanéenne est une bonne décision, c’est que la justice ghanéenne a estimé que les crimes qui lui sont reprochés sont en réalité des crimes politiques. En effet, il s’agit d’une affaire politique. Dans les faits, il n’a rien fait. Il n’y a rien qu’on puisse lui reprocher. C’est purement politique. La base est politique. La base de la demande d’extradition est politique et cela conforte tout ce que nous disons depuis : qu’en Côte d’Ivoire, il s’agit bien de procès politiques et de prisonniers politiques. Parce que dans le fond du problème, il n’y a rien derrière les infractions qu’on a prises pour habiller les poursuites. C’est du pipeau. Nous venons d’en avoir une confirmation avec la justice ghanéenne. Je pense que la justice ivoirienne devrait suivre la justice ghanéenne et décider à un moment donné de mettre fin à cette comédie puisqu’il s’agit exactement de poursuites politiques, de prisonniers politiques. Avec l’exemple de la justice ghanéenne, on espère que ça va vite aller au niveau des juges ivoiriens.

Avec cette décision, malgré les difficultés, avez-vous bon espoir que la justice ivoirienne dira le droit dans le même sens ?
Je veux bien rêver. Je veux bien rêver que les juges ivoiriens auront la même liberté, la même autonomie que les juges ghanéens. Mais généralement le rêve n’est pas réalité… Sinon je veux bien rêver ! Pour l’heure, on ne peut qu’inviter les juges ivoiriens à suivre les juges ghanéens parce que c’est la vérité, parce que c’est la réalité. Les derniers développements donnent de l’eau à notre moulin dans les procédures, dans les plaidoiries éventuelles. Mais je crois bien que cela va servir de leçon aux politiques ivoiriens. Et ça va se répercuter sur les juges ivoiriens.

Estimez-vous que cette décision de la justice ghanéenne vient démonter toutes les accusations contre vos clients dans le cadre des crimes économiques ?
Exactement. Non seulement les crimes économiques mais toutes les procédures à commencer même par la procédure devant la CPI. La justice ghanéenne vient démontrer que toutes ces poursuites sont à base politique. Donc en réalité, c’est une manière de dire que les infractions qui lui sont reprochées ne sont pas fondées. C’est juste un habillage pour régler des comptes politiques. Voilà une confirmation de la justice d’un pays frère, d’un pays ami.

Jeudi dernier, la Cour suprême du Ghana a tranché dans le cadre du contentieux électoral de la présidentielle ghanéenne. Un commentaire.
Je crois que la Cour suprême a tranché après des recomptages de voix. Je pense que le recomptage des voix n’est pas quelque chose d’extraordinaire. Mais j’ai trouvé curieux que même ceux-mêmes dans leurs pays qui ont pratiqué le recomptage des voix aient refusé cette voie en Côte d’Ivoire. Evidemment, c’est maintenant qu’on comprend pourquoi tout cela avait été refusé. Parce que c’était un complot. C’est vraiment dommage que ce qui est simple, ce qui s’est fait ailleurs facilement pour vider les contentieux, pour éviter les atrocités, on le refuse ici en Côte d’Ivoire, alors que c’est quelque chose de simple. Je ne crois pas que si le recomptage des voix avait désigné Ouattara vainqueur, Laurent Gbagbo se serait encore opposé. Ce n’est pas vrai. C’est parce que les gens savaient que dans le recomptage des voix ils n’auraient pas gagné qu’ils ont tout fait pour éviter le recomptage des voix. C’est vraiment dommage. Ça s’est fait au Ghana à côté de nous, le ciel n’est pas tombé sur le Ghana. C’est dommage que l’on ait refusé cela en Côte d’Ivoire.

In : Le Nouveau Courrier, n° 868, 31 août – 1er sept. 2013, p. 6

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