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Les femmes des détenus politiques ivoiriens veulent obtenir justice

Par IvoireBusiness – Les femmes du COFED envisagent de mener des actions jusqu’à ce que justice soit rendue.
Comme on le sait, les femmes du (COFED), nourrissons aux bras, ont manifesté le lundi 16 décembre dernier devant le palais de Justice d’Abidjan-Plateau, pour exiger la libération de leurs époux, prisonniers politiques du dictateur Ouattara.
Elles envisagent « mener des actions jusqu’à ce que justice soit faite », a affirmé mardi à ALERTE INFO Désirée Douati, leur porte-parole, au lendemain de leur manifestation dispersée par les FRCI. Désirée Douati s’est confiée au micro de notre confrère d’Alerte-Info.

Votre manifestation a été dispersée lundi par la police. Aviez-vous l’autorisation de la tenir ?

Nous n’avions pas d’autorisation de manifester. Mais nous sommes venues spontanément parce que nous avons perdu près de trois personnes en prison et il y a encore plus de 100 autres qui sont malades et qui n’ont pas de soins et que l’Etat refuse de prendre en charge. Donc lorsqu’il y a violence sur des personnes humaines, lorsque les droits des prisonniers ne sont pas respectés, nous estimons qu’on n’a pas besoin d’une autorisation pour manifester.

Contrairement à ce qui s’est dit, je n’ai pas été interpellée. Il s’agit plutôt de notre secrétaire générale, Mme Chiawa Aimée qui a été battue. Un frère qui était venu nous aider à prendre les images a été interpellé par la police, mais il a été relâché trois heures plus tard.

Quels dysfonctionnements concrets aviez-vous relevés concernant les conditions de détentions de vos proches ?

Pour la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), ce sont les enlèvements de détenus, la nourriture que nous apportons qui rentre difficilement et les soins de santé qui ne sont pas pris en charge. Pour le cas des prisonniers qui sont à Korhogo par exemple, c’est le droit des visites qui n’est pas respecté. Il y a des familles qui n’ont pas vu leurs parents depuis avril 2011. A Séguéla, il y a un jeune homme, Wilfried Okou, qui vomit du sang. Nous avons interpellé les autorités, en vain. A Man, il y a un parent qui a fait une dépression et qui est même allé jusqu’à la folie. L’Opération des nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) nous a vraiment soutenus. Avec leur aide, cette personne a été transférée à la MACA. Mais jusque-là, elle n’a pas reçu de soins de santé.

Concernant les anomalies liées aux jugements, il y a différents cas. Il y a 35 étudiants qui ont obtenu un non-lieu, mais qui sont toujours détenus. Deux autres personnes sont supposées être en liberté provisoire, mais sont encore en prison. Il y a plus de 200 personnes qui n’ont jamais encore été entendues par un juge et près de 50 autres qui n’ont jamais vu un juge d’instruction et à peine quelques-uns qui ont rencontré des juges une ou deux fois mais rien de concret.

Il n’y a que le cas Yves Lambelin (ancien industriel français assassiné en avril 2011 pendant la bataille d’Abidjan) pour lequel un juge s’est prononcé. Il a dit que le dossier était vide mais le procureur refuse de faire libérer une vingtaine de détenus incarcérés dans le cadre de cette affaire depuis plus de deux ans.

Enfin, il y a des personnes en prison qui ont été arrêtées juste pour avoir laissé exploser leur joie quand des rumeurs avaient annoncé la libération de l’ancien président Laurent Gbagbo.

Ne pensez-vous pas qu’en l’absence d’autorisation, votre action ait pu être interprétée comme une provocation ?

Dans un premier temps, le collectif avait décidé d’opter pour la voie de l’information. C’est-à-dire que lorsque nous constations une anomalie ou une difficulté, nous nous rendions vers les autorités nationales et les organismes internationaux afin qu’ils nous viennent en aide. Cela a duré un an et pendant cette année-là, nous n’avons pas fait de bruit, nous disant que la voie du dialogue était la meilleure solution.

Mais actuellement, nous perdons des parents et nous comptons près d’une centaine d’autres malades et sans soins. Nous nous sommes dit que le moment était venu de crier notre chagrin. Cette descente dans la rue était un cri de cœur pour interpeller l’opinion nationale et internationale car la situation est devenue grave.

Quels résultats immédiats avez-vous obtenu après votre sit-in ?

Alors que nous nous attendions à être enfin écoutées, nous avons été « gazées » avec nos enfants. Lorsque la police est venue, elle ne nous a posé aucune question, cherchant plutôt à nous disperser avec du gaz lacrymogène. Mais nous mènerons d’autres actions jusqu’à ce que justice soit rendue.

Des actions de quel genre ?

Nous ne pouvons pas vous donner plus de détails sur les manifestations à venir.

Comment est né votre collectif ?

Le 25 octobre 2012, des personnes non identifiées sont entrées à la MACA et ont enlevé mon père, le ministre Alphonse Douati (ancien ministre sous Laurent Gbagbo de 2000 à 2010) et quarante autres personnes pour une destination inconnue. Le ministre Douati étant une personnalité, les médias en ont parlé et trois jours plus tard, il a rejoint la MACA. Mais les personnes anonymes sont restées là-bas.

Cinq jours plus tard, des personnes non identifiées sont encore entrées à la MACA vers 04h00 GMT et ont enlevé une quarantaine d’autres personnes pour une destination non connue. Pour nous les familles de détenus, c’était à chaque fois la panique. Vous pouviez recevoir des appels disant que votre parent avait quitté la MACA, mais on ne savait pas où il avait été emmené. Vous ne saviez pas s’il reviendrait vivant ou non.

C’est donc ce jour-là, le 30 octobre 2012, que nous avons décidé de décrier toutes les anomalies qu’il y a en milieu carcéral pour nos parents.

Notre collectif compte près de 600 membres, principalement des femmes de détenus, à travers la Côte d’Ivoire. Et ce sont près de 800 proches qui sont en prison pour depuis la fin de la crise postélectorale en 2011.

In : Alerte info, 17 déc. 2013
Source : Ivoirebusiness.net, 19 déc. 2013
(Surtitre de la Rédaction)

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