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Côte d’Ivoire : beaucoup de questions sur la détention au secret de Charles Blé Goudé

Un an déjà ! C’est le 17 janvier 2013 que Charles Blé Goudé, Ministre de la Jeunesse, de la Formation professionnelle et de l’Emploi du Gouvernement Ake N’Gbo, et Président du COJEP (Congrès Panafricain pour la Justice et l’Egalité des Peuples), fut extradé du Ghana vers la Côte d’Ivoire dans des conditions non encore éclaircies, puis incarcéré dans un lieu tenu secret, auquel ni ses avocats ni sa famille n’ont accès.

Charles Ble Goude

Source : Ladepechedabidjan.info

Entre-temps, la Cour Pénale Internationale, sur la base des accusations de la Procureure Fatou Bensouda à l’encontre des proches du Président Gbagbo contre lequel, rappelons-le, elle ne put trouver de preuves suffisantes pour justifier un procès, délivra un mandat d’arrêt contre lui. Mais les autorités ivoiriennes ne donnèrent pas suite. Le 13 janvier 2014, elles demandèrent à la CPI un délai de 3 mois avant un éventuel transfert.

Bien qu’au secret, Charles Blé Goudé n’est pas oublié par ceux qui se sont mobilisés avec lui pour défendre le respect de la Constitution ivoirienne et des institutions, lors du conflit postélectoral de 2010-2011.
En témoigne une cérémonie de commémoration de cette année de détention organisée à Yopougon le samedi 18 janvier 2014. Si, d’une manière ou d’une autre, Charles Blé Goudé a l’écho de cette manifestation de soutien, il est certain qu’elle est de nature à lui apporter du réconfort dans l’isolement où il est maintenu, comme l’exprime avec émotion, dans une lettre diffusée sur les réseaux sociaux, son médecin et ami, le Dr Patrice Saraka :
« Charles Blé Goudé, 12 mois déjà sans toi
Charles, depuis la triste date du 17 janvier 2013, tu es privé de liberté. Tu n’es plus libre de tes mouvements. Cela fait donc 12 mois aujourd’hui que tu es dans les liens de l’emprisonnement. Nos appels incessants n’ont point eu d’écho favorable. Peut-être nos voix sont-elles inaudibles ? (…)
Depuis que nous t’avons aperçu de façon furtive au palais de justice (?) du Plateau, le 30 janvier 2013, personne n’a eu l’occasion de te voir. Même tes avocats qui ont eu plus de chance que nous n’ont pu te rencontrer qu’une seule fois après le 30 janvier, soit le 02 août 2013.
(…) Les nouvelles qui nous parviennent appellent à penser le contraire des assurances qu’on veut nous faire avaler. Tout porte à croire que nos craintes sont légitimement fondées. L’isolement, l’enfermement, le silence seraient tes compagnons de tous les jours. Tu n’as droit à rien ! Ni visites régulières de tes avocats, de ta famille, de ton médecin, de tes compagnons de lutte, ni droit à l’information. Que manges-tu ? Dans quelles conditions manges-tu ? Dans quelles conditions dors-tu Charles ? Autant d’interrogations qui sont notre quotidien. (…)

L’inquiétude de son médecin est corroborée par celle d’Amnesty International dans son communiqué du 17 janvier 2014 :
(…) « Depuis son arrestation au Ghana et son transfert en Côte d’Ivoire, Blé Goudé s’est vu refuser un accès régulier à ses proches et avocats. Ses avocats n’ont été autorisés à le voir qu’une seule fois, en août 2013. En décembre de la même année, les autorités n’ont pas accédé à une demande d’Amnesty International de lui rendre visite.
Au cours des dernières années, Amnesty International a recensé des cas de torture et de détention au secret contre des partisans réels ou présumés de l’ancien président Laurent Gbagbo à la Direction de la surveillance du territoire (DST), un lieu relevant du ministère de l’Intérieur où est détenu Charles Blé Goudé.
« La détention de Charles Blé Goudé à la DST constitue une violation flagrante du droit international et national. Nul ne doit être détenu dans un lieu de détention non officiel, sans accès à un avocat », a déclaré Gaëtan Mootoo. » (…)

Cette situation, en résumé, suscite beaucoup de questions :

  • pourquoi une arrestation en catimini ?
  • pourquoi le secret sur son lieu de détention ?
  • pourquoi l’interdiction de visite aux avocats et à la famille ?
  • pour quelle raison la Côte d’Ivoire, bien qu’adhérente à la CPI, ne souhaite pas répondre à la demande de celle-ci concernant Charles Blé Goudé ?

Une chose est sûre : tout comme Laurent Gbagbo et les autres prisonniers politiques ivoiriens, Charles Blé Goudé n’est pas oublié.

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