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Témoignage d’un détenu ivoirien torturé

Arrêté par des hommes du régime
Un détenu politique : «Comment j’ai été torturé à la Bae et la Dst»

Boni Boni Germain, 42 ans, est agent de mairie à Bonoua. Depuis le 14 janvier 2014, il croupit à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) pour des faits allégués d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Il s’est confié au Nouveau Courier sur les cas de traitements extrajudiciaires qu’il a endurés à la Dst et la Maca. Ci-dessous son témoignage.

«Le mardi 7 janvier 2013, mon oncle Kadjo Ampoh et moi nous nous sommes rendus à Aboisso. J’y suis allé pour des raisons de santé. C’est une fois dans cette ville que mon oncle a souhaité que je l’accompagne à Noé pour l’achat d’habits de son nouveau-né. A notre retour de Noé, à bord d’un car de transport en commun, les occupants d’un véhicule de type 4X4 double cabine, des civils armés, qui nous suivaient nous intime(ent) l’ordre de nous arrêter et exigent une vérification des pièces des passagers. Ce à quoi nous nous sommes soumis tous. Quelques minutes après, malgré la régularité de nos documents administratifs (mon oncle et moi), ils nous embarquent dans leur véhicule et, chemin faisant, ils se mettent à nous rudoyer de coups. Chaque fois qu’ils m’appelaient par le nom « Bénito » et que je rectifiais parce que ce n’est pas mon identité – moi-même me prénommant Boni – je recevais des coups de poing, de cross(e) et de pieds dans mon abdomen. Mon oncle subissait également le même traitement. Par la suite, nous avons été conduits dans un champ d’hévéa où nous avons été mis nus. Il était question, selon les menaces qui étaient proférées par nos ravisseurs, d’exécution sommaire loin des regards. Nous avons dû notre salut par le fait que des usagers passant par là ont découvert la scène et, selon nos bourreaux, ils pourraient témoigner tôt ou tard si nous restons sans nouvelles. Nous avons alors été remis dans le véhicule et conduits directement au camp de la Brigade anti-émeute (Bae) de Yopougon le 7 janvier. En ce lieu dans l’après-midi, nous avons été tabassés jusqu’à l’aube. Le lendemain, un élément des Frci (Force républicaine de Côte d’Ivoire) nous rejoint dans la salle de torture et me dit ceci : «on laisse tomber tout mais montre nous toutes les armes que Barouan Félix alias Konan t’a demandé de cacher.» Je lui réponds que je ne connais pas le nommé Barouan Félix ni d’Adam ni d’Eve. Mieux, je n’ai pas connaissance d’une quelconque cachette d’armes. Ils se mirent à me ligoter les mains et les pieds dans le dos et me conduisirent dans une douche où ils me firent coucher par terre. Quelques instant après, ils recueillirent de l’eau dans des seaux qu’ils me versèrent en plein visage. Ce qui m’empêchait de respirer convenablement. Après cette étape de torture, je subis ensuite des séances de bastonnades à la suite desquelles je finis par m’évanouir. Chaque fois qu’ils me posèrent une question et que je répondais par la négative, où que je donnais une réponse qu’ils ne souhaitaient pas entendre, je faisais l’objet de sévère punition. Les objets dont ils se servaient pour exercer cette torture physique étaient du plastique fondu dans le feu, une machette et des matraques. Après deux jours de détention au cours desquels nous avons été privés de nourriture, nous sommes conduits dans les locaux de la Dst, dans un container exposé à la chaleur du soleil. Avant de mettre fin à notre calvaire corporelle, un document déjà rédigé par les soins des éléments de la Dst elle-même, en guise de procès-verbal, est porté à notre connaissance pour signature. Le 14 janvier, nous (mon oncle et moi) sommes placés sous mandat de dépôt et déférés à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), notamment au Bâtiment C, pour atteinte à la sureté de l’Etat. Mais souffrant de graves blessures et de divers traumatismes des suites de la torture dans les différents lieux de détention, nous sommes internés depuis notre transfert à la Maca.»

In : Le Nouveau Courrier n° 981, 23 janvier 2014, p. 8

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