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De quoi accuse-t-on Charles Blé Goudé au juste ?

Par Alexis Gnagno

Christophe Boisbouvier dans le débat avec Théophile Kouamouo et d’autres sur TV5 a dit:  » (…) La deuxième question qui est aussi fondamentale, c’est quelle est la vraie responsabilité de Charles Blé Goudé. On a aujourd’hui deux grandes personnalités qui sont à la CPI : le patron est surtout accusé POUR CE QU’IL A FAIT entre décembre 2010 et avril 2011, et Charles Blé Goudé est surtout accusé POUR CE QU’IL A DIT. Et la question-clé, c’est de savoir quelle est la responsabilité de quelqu’un qui est dans le dire, pas simplement dans le faire mais dans le dire, et ça nous renvoie aux autres grands procès du 20ème siècle. Je pense par exemple au procès au génocide rwandais de 1994. Quelle est la responsabilité non pas de ceux qui ont fait mais de ceux qui ont dit ? »

Pour le plus françafricain des journalistes de la presse française donc, Blé est poursuivi pour ce qu’il a dit sans toutefois donner à apprécier certains des propos qu’il aurait tenus et qui justifieraient qu’il soit poursuivi par la CPI. Blé a-t-il incité au génocide comme au Rwanda ? Et qui auraient été les victimes de ce génocide ?

Quand on interroge l’action politique de Charles Blé Goudé, on note qu’il a écrit trois livres. Le premier,  » Crise ivoirienne. Ma part de vérité  » en 2006. Le deuxième  » D’un stade à l’autre  » en 2009, et le troisième,  » Traquenard électoral  » en 2012. Il a donc laissé des traces écrites et beaucoup d’autres traces à travers notamment la Caravane de la paix, les marches et rassemblements gigantesques, toujours pour le respect des institutions. Même en 2004 où on a pu déplorer des actes de vandalisme, son appel était clair. « Je ne vous demande pas d’aller vous attaquer aux Français.. » avait-il dit.

Finalement, pourquoi Charles Blé Goudé se retrouve-t-il donc à la CPI ?

Certains, comme Touré Mamadou le conseiller de Ouattara sur le plateau d’Africa 24, essaient de lui trouver une responsabilité dans des actes qui auraient été commis dans certains quartiers d’Abidjan parce qu’il a appelé les populations à surveiller certaines  » personnes étranges  » qui rôdent dans les quartiers. Ce conseiller de Ouattara interprète ces propos comme une incitation à s’attaquer aux étrangers, notamment aux burkinabés, maliens et guinéens, oubliant qu’une personne étrange n’est pas une personne étrangère. Ce sont deux choses tout à fait différentes. D’ailleurs, quand le journaliste lui demande ce qu’il entend par personne étrange, il ne répond pas à la question et continue sa fuite en avant dans l’intoxication de l’opinion en parlant d’un concept, l’article 125, auquel Charles Blé Goudé est totalement étranger. Charles Blé Goudé a-t-il appelé à brûler des personnes ? Où et quand ?

Les propos du leader des jeunes patriotes s’adressant aux masses populaires ont toujours été tenus publiquement. Il est donc facile de les retrouver pour étayer les accusations qu’on porte contre lui. Christophe Boisbouvier pourrait même être appelé à la rescousse pour confondre Blé Goudé. D’ailleurs, les propos qu’a tenus ce journaliste français, et qui sont rappelés plus haut, venaient après une vidéo dans laquelle les jeunes patriotes sont présentés comme un mouvement EXTREMEMENT VIOLENT. Donc TV5, comme tous les autres organes de la presse française qui ont juré la perte de Blé Goudé que certains n’hésitent pas à présenter comme  » un sinistre personnage « , pourrait aussi aider Touré Mamadou et son mentor Ouattara.

Nous les attendons sur ce point car il ne suffit pas de dire, encore faut-il prouver ce qu’on dit. Et c’est d’ailleurs ce que la Chambre préliminaire 1 demande dans le dossier Gbagbo, dossier dans lequel Blé Goudé est présumé co-auteur de faits de crime l’humanité.

Les preuves à apporter sont clairement indiquées, et sont toujours attendues trois ans après la déportation du président Laurent Gbagbo.

Dans le livre  » L’introuvable preuve contre le président Laurent Gbagbo « , le professeur Hubert Oulaye , décortiquant la décision de la CPI du 03 juin 2013, explique ce que cette cour demande au procureur d’apporter comme éléments de preuves pouvant renforcer des charges jugées insuffisantes.

Voici donc ce qui est demandé à Fatou Bensouda qui accuse le président Laurent Gbagbo d’avoir mis en place une  » Politique  » qui visait à tuer les partisans de Ouattara :
Une description de la structure organisationnelle des forces pro-Gbagbo, y compris la manière dont les différents sous-groupes s’inscrivent dans la structure d’ensemble.
De quelle manière  » l’entourage immédiat » a coordonné, financé les sous-groupes et fourni les moyens de leurs activités ?
Y a-t-il eu des changements dans l’organisation et le fonctionnement de la structure ?
Comment, quand et par qui ont été adoptés la Politique ou le plan allégué, d’attaquer des populations pro-Ouattara ?
Donner des informations spécifiques sur les réunions au cours desquelles cette politique ou ce plan auraient été adoptés ?
La manière dont l’existence et la teneur de cette Politique ou ce plan ont été communiquées aux membres des forces pro-Gbagbo ou portées à leur connaissance une fois adoptés.
Pour chaque attaque événement constitutif de la population pro-Ouattara, le procureur doit préciser :
– Si les auteurs ont agi en application ou dans la poursuite de la politique alléguée ?
– A quel groupe pro-Gbagbo appartenaient les auteurs matériels présumés ?
– Le nombre des victimes, le préjudice subi et leur appartenance politique, ethnique, religieuse ou nationale.
– Les liens entre les événements survenus à l’intérieur du pays et à Abidjan.
Apporter des éléments de preuves plus précis, à propos des événements de la RTI (16 au 19 décembre 2010) et de Yopougon ( 12 avril 2011), en ce qui concerne notamment les allégations de violences sexuelles, et en particulier des preuves médico-légales.
S »agissant des événements censés être survenus à Abobo-Gare le 03 mars 2011 (bombardement), apporter toute preuve d’ordre médico-légal ou autre, établissant qui a tiré les munitions et quelle était la cible visée.

Voilà les questions auxquelles Fatou Bensouda avait à répondre et auxquelles elle ne pouvait apporter des réponses claires sur ce que le président Gbagbo AURAIT FAIT, raison pour laquelle elle a préféré monter un tout autre dossier pour gagner du temps car il s’agit de gagner du temps. Même en déportant Charles Blé Goudé qui est accusé des mêmes faits pour lesquels aucune preuve n’a été trouvée et n’a aucune chance d’être trouvée, il s’agit de gagner du temps.

La CPI n’a pas d’autre souci dans ce dossier Gbagbo-Blé que celui de gagner du temps, encore du temps, toujours du temps pour permettre à Ouattara de contrôler enfin la situation autrement que par la force essentiellement dissuasive des dozos et des Frci.

In : La Dépêche d’Abidjan, 30 mars 2014

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