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En Côte d’Ivoire, 228 prisonniers politiques sont portés disparus

Enquête réalisée par Armand Bohui
Notre Voie
– 17 juillet 2014

Dictature, violation des droits humains… : 228 prisonniers politiques portés disparus.
Le régime Ouattara et l’opposition, notamment le Fpi, sont à couteaux tirés à propos de 228 prisonniers politiques introuvables dans le fichier des détenus brandi par le gouvernement. Où sont-ils passés ? Sont-ils encore vivants ?

Notre enquête
228 prisonniers politiques, détenus par le régime Ouattara depuis 2011, sont introuvables. Initialement, ces personnes ont été enregistrées par le pouvoir et l’opposition, comme ayant été arrêtées par les Frci et autres forces armées parallèles pro-Ouattara, puis jetées dans les différentes prisons du pays. Mais ces 228 prisonniers politiques ont subitement disparu des fichiers de l’Etat. Le constat est apparu véritablement au grand jour, en juin dernier, suite aux contacts que l’opposition, notamment le Fpi, a eus avec le régime Ouattara, dans la perspective de la libération de la dernière vague de prisonniers politiques. Mais déjà, quelques parents ou épouses qui n’ont plus de contact avec leurs frères ou époux détenus (civils ou militaires) avaient tiré la sonnette d’alarme. «Nous n’avons pas de nouvelles de nos parents prisonniers. Nous sommes inquiets », affirmaient des personnes qui ont rendu visite à notre rédaction. Au regard des informations que nous avons recueillies, on peut dire qu’il y a de quoi être inquiet.

Des perspectives effrayantes
Selon nos recherches, à l’occasion de la rencontre que l’opposition a eue, le 22 mai 2014, avec le pouvoir dans le cadre du dialogue direct, il a été arrêté que soit libéré un certain nombre de prisonniers politiques. Dans cette logique, l’opposition devait fournir une liste de prisonniers à libérer, en vue d’une décrispation. C’est ainsi qu’une liste d’environ 700 prisonniers politiques a été présentée par le Fpi au gouvernement. En réponse, le pouvoir a fait parvenir, à l’opposition, une autre liste avec deux compartiments. Le premier compartiment concerne 228 dossiers de prisonniers politiques inconnus à la Cellule Spéciale d’Enquête de d’Instruction (CSEI) et le second constitue un récapitulatif des dossiers de 341 prisonniers politiques censés être reconnus par le régime Ouattara.
En ce qui concerne les 228 disparus, nos recherches ont permis de croiser deux listes : celle émanant du pouvoir et l’autre de l’opposition. L’opération a permis d’identifier ces 228 prisonniers politiques. Leurs noms et prénoms, date de mise sous mandat de dépôt, les juges et les cabinets où ils sont passés et leur statut. Nous avons alors découvert qu’ils sont passés dans différents cabinets de juges d’instruction, qu’ils ont été interrogés puis placés sous mandat de dépôt à des dates précises. Il reste à savoir où sont passés ces 228 détenus politiques étant entendu qu’une fois mis sous mandat de dépôt, chaque détenu devait être incarcéré dans une prison. Au cours de nos investigations, nous avons découvert, par ailleurs, que 179 détenus sur les 228 prisonniers politiques ont été placés sous mandat de dépôt avec des destinations (des prisons) probables et 49 prisonniers dont les lieux de détention sont inconnus. Que s’est-il passé ? Pourquoi 228 prisonniers politiques dont on connait les identités et le statut, dont [on] sait qu’ils ont été placés sous mandat de dépôt, sont-ils introuvables ? Ont-ils été exécutés ?

Des interrogations aux hypothèses
Aucun indice ne permet de pencher pour l’hypothèse de l’exécution. Cependant il existe une hypothèse importante à explorer : celle des cellules secrètes de torture. En effet, depuis avril 2011, la Côte d’Ivoire vit sous le régime Ouattara caractérisé par le fait que chaque ex-chef de guerre (ex-chef rebelle) règne en maître absolu sur un territoire donné du pays. Les populations civiles sont à la merci des ex-rebelles et des dozos qui n’obéissent qu’à leurs chefs, ignorant totalement l’administration. Dans cette «république» où chaque chef de guerre possède ses propres prisons et ses prisonniers, on peut craindre que les 228 prisonniers politiques soient [prisonniers] des ex- rebelles, des dozos et autres forces armées pro-Ouattara. « Il est possible pour un chef de guerre de demander qu’on lui remette un prisonnier pour son propre compte », avoue, sous le couvert de l’anonymat, un responsable d’une administration pénitentiaire. En plus, nul ne l’ignore en Côte d’Ivoire, de nombreuses maisons des cadres pro-Gbagbo confisquées par les ex-chefs de guerre ont été transformées en cellules de torture secrètes. « C’est dans ce genre de cellules que Mahan Gahé Basile a été torturé et a trouvé la mort», révèle notre interlocuteur.
Hypothèse extrême. Et si les 228 prisonniers politiques étaient morts suite à des tortures ? Ici aussi, il suffit de rappeler des informations pour comprendre que les 228 personnes peuvent avoir trouvé la mort. La première information est contenue dans la liste de prisonniers politiques transmise par le pouvoir à l’opposition. Sur celle-ci il est mentionné en rouge, par exemple, que «Bonaventure Basile est mort dans la prison de Séguéla par maltraitance ». Cet élément de l’armée ivoirienne (ex- Fds) a été placé sous mandat de dépôt, le 4 mai 2014, pour « Atteinte à la sureté de l’Etat », et est passé au cabinet du juge d’instruction de Séguéla, avant d’être placé en détention dans la prison de Séguéla, mort du pays. Le régime Ouattara a informé l’opposition que Bonaventure Basile, torturé dans cette prison, a trouvé la mort « par maltraitance ». Pourquoi le pouvoir a-t-il avoué ce seul cas ? Combien y a-t-il de prisonniers politiques morts « par maltraitance » ? Les 228 personnes sont-elles dans ce cas ? Autant de questions qui demeurent sans réponse.

Omerta à la cellule d’enquête et au ministère de la justice
Une information agite de plus en plus l’angoisse des parents de prisonniers politiques depuis quelque temps. En effet, il est établi que « La Commission nationale d’enquête (CNE) mise en place le 20 juillet 2011 pour enquêter sur les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises pendant la période postélectorale allant du 31 octobre 2010 au 15 mai 2011 a relevé pendant la période postélectorale, 296 cas de torture ayant entraîné la mort, 1354 cas de torture et 1135 cas de traitements cruels, inhumains et dégradants ». Cette information a été récemment portée à la connaissance du public par un paneliste dans le cadre de la conférence trimestrielle de la coalition ivoirienne pour la Cpi. Paul Angama a dit clairement que « la torture est une réalité en Côte d’Ivoire ». Les 228 prisonniers politiques ont-ils trouvé la mort comme les 296 torturés par les Frci ?
Comment ces 228 personnes ont-elles pu disparaitre des fichiers de la Cellule Spéciale d’Enquête et d’Instruction après que la cellule les ait reçues ? Nous nous sommes rendu[s] au siège de la cellule sis à Abidjan-Cocody Angré 7ème tranche. Le greffier qui nous a reçu[s], nous a dirigé vers le juge d’instruction. Qui nous a dit qu’il est tenu par l’obligation de réserve. Avant de nous demander de rencontrer le procureur de la République, directeur de la Cellule Spéciale d’Enquête et d’Instruction. Suite à l’audience que nous avons sollicitée, le procureur de la République près du Tribunal de première Instance d’Abidjan-Plateau nous a demandé, à son tour, de nous référer au ministère de la justice. Nous avons joint le ministère de la justice à travers son chargé de communication. Ce département nous a demandé de lui faire parvenir notre adresse e.mail par SMS. Suite à la diligence, le service communication du ministre de la justice nous a convié à une séance de travail. Après notre exposé à cette réunion à laquelle le chargé de communication a invité trois de ses collaborateurs, il nous a promis qu’il rédigerait une note adressée au ministre. Mais que la note devrait accompagner une lettre que nous devrions adresser au ministre de la justice, Coulibaly Gnénéma. Dans celle-ci, nous avons exposé comme demandé notre requête. En dépit de notre démarche, aucune suite n’a été donnée à la demande. Une véritable omerta est entretenue autour du cas des 228 prisonniers politiques. Une situation qui renforce les soupçons sur le régime Ouattara.
(…)
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(Surtitre de la Rédaction)

 

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Un commentaire

  1. […] 228 prisonniers politiques. Une situation qui renforce les soupçons sur le régime Ouattara. (…)https://soutienetliberte.wordpress.com/2014/07/25/en-cote-divoire-228-prisonniers-politiques-sont-por… Lire la suite de l’article sur Ivorian.net (Surtitre de la […]

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