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Monthly Archives: janvier 2015

Nos coeurs sont tristes en apprenant le décès de Désiré Porquet

Un homme gai, chaleureux et ouvert aux autres, voilà l’image que nous garderons de Désiré.
Depuis la prise du pouvoir par les armes d’Alassane Ouattara, Désiré Porquet ne ménageait pas ses efforts pour faire connaître à l’étranger la situation dramatique vécue par le peuple ivoirien : emprisonnement politique des proches de Laurent Gbagbo, exil des opposants et des paysans chassés de leur terre, politique clanique.
Rentré depuis peu dans son pays, il ne survécut pas à l’annonce de l’arrestation de son ami le Dr Assoa Adou et ne se releva pas du coma profond dans lequel il tomba.

Nous ne t’oublierons pas !

Desire Porquet

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Abidjan, audiences de la Cour d’Assises : accusations faibles, enquêtes poussives, témoins hésitants

Extrait d’une dépêche de l’AFP sur les procès en cours de 83 personnes considérées comme « pro-Gbagbo » par le régime Ouattara, 24 janvier 2015

Témoins hésitants

Les auditions de témoins clé, primordiaux pour l’accusation, donnent pourtant l’impression d’une justice poussive. Leurs invraisemblables propos sont retransmis par des micros crachotants, dont le comique macabre fait parfois pouffer de rire le public, comme lors de ces échanges:
« – (Juge) : Etes-vous sûr que l’accusé ici présent était-là quand on a tué votre mari ?
– (Témoin) : Je ne sais pas. Mais son nom était cité dans toutes les exactions. »
ou encore :
« – (Juge) : Avez-vous vu les accusés ?
– (Témoin) : Non. Mais on m’a dit que ce sont les chefs des milices. »

Accusés ou simples témoins, les rôles peuvent vriller d’un moment à l’autre : ainsi, jeudi, une victime, gendarme de son état, a accusé un témoin policier d’avoir fait piller et incendier son domicile, où quatre personnes ont été tuées en avril 2011.

La veille, on avait attendu, en vain, l’arrivée de trois témoins.
« On ne peut pas dire que l’enquête ait été mal faite. Mais les témoins présents ne sont pas les meilleurs pour la procédure », reconnaît, conciliant, Drissa Traoré, de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH). Nombre de dossiers souffrent en outre d’une fragilité évidente, relève-t-il. Tels ce coiffeur, cet agent de sécurité et ce réparateur de téléphone, accusés avec un quatrième homme, d’avoir « fomenté des attaques qu’ils n’ont pas commises » à San Pedro (ouest). Aucun d’eux n’avait d’arme, aucun d’eux n’a été violent, a-t-on appris durant l’audience. « Ces personnes n’ont rien à faire ici. On ne peut pas juger des gens aux assises pour des faits aussi faibles », s’indigne Me Rodrigue Dadjé pour la défense.

« Pour l’instant, on voit beaucoup d’actes isolés, commis par des lampistes.
On ne voit pas le lien direct entre les faits reprochés à ces personnes et les chefs d’accusation », remarque Drissa Traoré.
« En Afrique, on parle d’atteinte à la sécurité de l’Etat quand on veut se débarrasser de quelqu’un », observe par ailleurs un expert africain des droits de l’Homme, qui critique, comme toute la société civile, la « justice des vainqueurs » en vogue en Côte d’Ivoire, où aucun dignitaire pro-Ouattara n’est pour l’instant inquiété.

Libération provisoire de 44 détenus politiques

Suite à la décision du Parquet d’Abidjan-Plateau, 44 détenus politiques ont été remis en liberté provisoire mercredi 21 janvier 2015.
Plus d’infos

Nous nous réjouissons pour eux et leurs familles.

Il faut cependant rappeler que la libération de 150 prisonniers annoncée au printemps dernier par le pouvoir n’avait pas été suivie d’effets, seules 50 personnes ayant été alors remises en liberté.

Continuons à réclamer la liberté pour tous !

Annonce du Parquet d’Abidjan

Un communiqué du Parquet d’Abidjan-Plateau annonce :
– la remise en liberté provisoire de 50 détenus « de la crise post-électorale »;
– le « dégel » des comptes de 31 personnes.
Plus de détails à propos du dégel des comptes sur Le Nouveau Courrier en ligne du 21 janvier 2015

Sur la question des comptes bancaires gelés, retrouver nos autres articles en inscrivant dans la zone de recherche du site les mots : gel comptes

Concernant les libérations provisoires, nous n’avons pas d’informations pour l’instant.

Lire et voir 2015-01

Les prisonniers doivent payer pour avoir le droit de ne pas dormir avec les grands criminels qui font la loi à la MACA.

http://indignez-vous.hautetfort.com/archive/2015/01/18/la-derniere-blague-du-fascistan-d-alasane-dramane-ouattara-5536340.html

« Rentrez tranquilles, vous ne serez pas inquiétés », a promis Alassane Ouattara aux exilés.
Le Dr Assoa Adou est arrêté quelques semaines après son retour du Ghana !
Après l’arrestation d’Assoa Adou, Hubert Oulaye à Ouattara : « Respectez les engagements pris vis-à-vis des exilés ! » (13/01/2015)

http://m.civox.net/Apres-l-arrestation-d-Assoa-Adou-Hubert-Oulaye-a-Ouattara-Respectez-les-engagements-pris-vis-a-vis-des-exiles_a5899.html

Côte d’Ivoire : après l’arrestation d’Assoa Adou, le Mouvement Ivoirien des Droits Humains interpelle les autorités ivoiriennes et les organisations internationales

Les faits

Le MIDH a été informé de l’arrestation de Monsieur ASSOA ADOU, ancien ministre, membre de la direction du FPI et Directeur de campagne de Laurent GBAGBO, candidat à la présidence dudit parti, à son domicile dans la soirée du mercredi 07 janvier 2014, aux environs de 20h40. Il serait détenu à la Direction de la surveillance du territoire (DST).
Cette arrestation fait suite à celles de Monsieur LIDA Kouassi, autre cadre influent du FPI et également ancien ministre, et de Jean-Noël KOUADJANE, Magistrat, intervenues dans le courant du mois d’octobre 2014 dans des conditions insuffisamment communiquées au public et aux acteurs nationaux et internationaux et pour dit-on, atteinte à la sûreté de l’Etat.
De plus des personnes proches de l’ancien Premier Ministre, Charles KONAN BANNY, candidat déclaré à la candidature du PDCI, ont été arrêtées pour enrichissement[s] illicites dans le courant du mois de Décembre 2014.
Par ailleurs des activités politiques de certains partis ou acteurs politiques, font l’objet d’interdiction de façon répétitive.

Observations

Le Mouvement Ivoirien des Droits Humains (MIDH) se déclare très préoccupé par ces nombreuses arrestations qui sans aucun doute, ont un effet négatif sur la cohésion sociale, le nécessaire dialogue politique et la réconciliation nationale.
Le MIDH relève avec regret que les motifs réels de ces nombreuses arrestations ou interdictions qui se font au mépris des droits fondamentaux des mis en cause ou des intéressés, ne sont pas clairement exprimés par les autorités administratives, politiques, judiciaires ou de Police. Il s’inquiète de ce que les missions légitimes de sécurisation, de défense nationale et de maintien ou de préservation de l’ordre public, ne soient détournées à des fins politiques, pouvant constituer un frein à l’expression des libertés démocratiques individuelles et collectives.
Le MIDH voudrait insister sur l’obligation qui s’impose aux Pouvoirs publics, de respecter en toute circonstance, les procédures et les droits fondamentaux des citoyens. Aussi, condamne-t-il le recours systématique à l’arrestation, à la détention des leaders et responsables politiques ainsi qu’à l’interdiction de manifestation à caractère politique.

Recommandations

Au regard de ce qui précède et en tenant compte de la fragilité de la situation actuelle, notamment en raison du contexte pré-électoral, le MIDH recommande:
1. au Gouvernement et aux autorités judiciaires :
• d’informer suffisamment la communauté nationale et internationale sur les raisons des arrestations,
• de veiller scrupuleusement aux respects des procédures et des droits des personnes mises en cause,
• de réduire et de mettre fin dans la mesure du possible aux arrestations des leaders politique dans cette période pré-électorale,
• de veiller au respect des libertés individuelles et collectives

2. Aux ONG de défense des Droits humains et à la Communauté internationale :
• de redoubler de vigilance afin de veiller au respect des engagements du Gouvernement en matière de préservation et de protection des Droits humains,
• de soutenir l’Etat dans le cadre du processus de réconciliation et du dialogue politique en vue d’élections libres, transparentes et apaisées en Côte d’Ivoire.

Pour le MIDH
Le Président du Conseil d’administration
Me DOUMBIA Yacouba

Source : Le Nouveau Courrier (en ligne), 12 janvier 2015
(Titre de la Rédaction)

Le Parti Communiste Français appelle à la libération immédiate d’Assoa Adou

Assoa Adou, figure historique de la gauche ivoirienne, a été arrêté mercredi 7 janvier 2015 à son domicile par les forces armées du régime d’Alassane Ouattara. Personnalité importante du Front Populaire Ivoirien et homme de paix et de dialogue rentré récemment d’exil, il se trouve très probablement dans les locaux de la DST à Abidjan. Cette arrestation politique est intervenue à la veille d’une importante conférence de presse de dirigeants de son parti à laquelle il devait participer. Une nouvelle fois le pouvoir ivoirien fait de la répression, de l’arbitraire et de l’intimidation envers des démocrates, acteurs politiques, syndicaux et de la société civile un mode d’exercice du pouvoir et de contrôle. Ces méthodes témoignent d’une certaine fébrilité. Le déni du droit le plus élémentaire, l’impunité ne sont pas acceptables.

Le PCF appelle à la libération immédiate d’Assoa Adou et de tous les prisonniers politiques, à la fin de la justice des vainqueurs et, par là même, à ce que les conditions soient créées pour que les milliers d’Ivoiriens se trouvant encore en exil puissent revenir dans leur pays. Cette exigence devrait être aussi celle de la France.

In : PCF (en ligne), 9 janvier 2015

 

Interview de Maître Habiba Touré : quelle défense dans le cadre de la situation postélectorale ivoirienne ?

Interviewée par EventnewsTv, Maître Habiba TOURE fait le point sur les dossiers en cours concernant successivement :
– la plainte déposée par Michel GBAGBO contre Guillaume SORO et les Commandants de zone ;
– le procès de Simone GBAGBO ;
– les actions judiciaires engagées par la CPI à l’encontre de Laurent GBAGBO et Charles BLE GOUDE.
C’est également l’occasion pour elle d’expliquer selon quels principes elle assure la défense de ses clients dans le cadre de la situation issue du conflit postélectoral.

Vidéo mise en ligne le 08/01/2015 (34.37 mn)

Le Dr Adou Assoa, ancien ministre de Laurent Gbagbo, arrêté par la police de Ouattara

De retour d’exil depuis un peu plus d’un mois, le Dr Adou ASSOA ne sera pas resté longtemps en liberté au royaume de Ouattara !
Le mercredi 7 janvier 2015 au soir, il est enlevé à son domicile, avec son fils, par des forces de police.
On le dit dans les locaux de la DST, la police politique ivoirienne ; mais son épouse n’a en réalité aucune nouvelle d’eux.

Dernière nouvelle : Selon Le Nouveau Courrier (en ligne), le Dr Assoa a été transféré ce vendredi 9 janvier à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA).

Interpellation du gouvernement et des parlementaires français

Côte d’Ivoire : il faut que cessent les crimes politiques, avec la complicité du gouvernement français (5 janvier 2015)

C’est un procès kafkaïen que subissent une centaine de responsables politiques dont Simone Gbagbo à Abidjan, depuis le vendredi 26 décembre 2014. Des centaines d’opposants sont incarcérés depuis bientôt quatre ans dans des conditions indignes; emprisonnés sans jugement, certains font une grève de la faim à répétition pour demander leur libération. D’autres ont tout simplement disparu, probablement liquidés par le régime. Un ethnocide d’envergure, assorti d’expropriations de terres au profit de ressortissants du groupe ethnique d’Alassane Ouattara, perdure à l’ouest du pays. Les dictateurs françafricains jouissent d’une impunité insolente ainsi que les chefs de guerre piliers du régime ivoirien actuel tandis que Laurent Gbagbo et ses proches sont les seuls à être poursuivis, pour leur responsabilité réelle ou supposée dans la crise postélectorale tant devant les juridictions nationales (Cour d’assises d’Abidjan) qu’internationales (CPI). A contrario du droit des Etats et des peuples à la souveraineté, c’est la loi du plus fort qui s’exprime ainsi.

Le drame que vit le peuple ivoirien dure depuis trop longtemps, depuis principalement que les présidents français, J. Chirac, N. Sarkozy et désormais F. Hollande s’occupent des affaires intérieures de son pays, fort convoité économiquement. Cette situation d’exception, qui fait suite à l’expérience souverainiste menée par l’équipe de L. Gbagbo, perdure dans la censure et l’indifférence générales. Jusqu’à quand ? En notre nom, et comme dans d’autres pays d’Afrique francophone -au Tchad, au Congo Brazzaville, au Togo, en République démocratique du Congo …- ce n’est pas seulement de délinquance politico-financière dont il s’agit, mais de complicité active à l’égard de crimes de guerre. La militarisation progressive des relations Afrique-France, au prétexte de la montée d’un djihadisme combattant, traduit l’impasse historique à laquelle conduit une telle politique.

La démocratisation de ces relations est une nécessité, d’autant plus à promouvoir par un gouvernement issu du suffrage populaire et de gauche. La mobilisation des citoyens, élus et partis politiques français est une condition essentielle pour que cesse le scandale néo-colonial.

Nous demandons instamment

– que le gouvernement Valls conditionne le maintien de la coopération avec son homologue ivoirien à un strict respect des droits de l’homme et de l’opposition politique dans ce pays

– qu’il négocie l’envoi d’observateurs indépendants aux procès en cours et à venir

– que la demande de parlementaires d’ouvrir une commission d’enquête en France portant sur le rôle, la mission et la responsabilité des forces françaises (principalement Licorne) dans la crise politique en Côte d’Ivoire soit enfin agréée

– que les relations Afrique-France fassent l’objet d’un débat national ouvert et sans tabou. La montée de forces réactionnaires et xénophobes l’atteste : il est urgent d’en finir avec une gestion mortifère, au profit d’une politique de co-développement transparente et contrôlée par citoyens, élus, médias et justice.

Interpellation à l’initiative des associations suivantes : Comité pour la libération des prisonniers politiques ivoiriens, Femmes en résistance, Inter-Collectif Afrique (ICA).

Contact (pour soutien d’autres organisations) : karine.ballon2 [AT] orange.fr, boudetm [AT] wanadoo.fr

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Documents de référence

Demandes parlementaires d’ouvrir une commission d’enquête parlementaire en France concernant le bilan d’activités de la force Licorne
http://www.assembleenationale.fr/14/propositions/pion0131.asp (2012)
http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3647.asp (2011)

Reportage de la RAI (chaîne de télévision italienne) sur les responsabilités françaises dans la guerre civile en Côte d’Ivoire
http://www.youtube.com/watch?v=eSumHaxLh4U&feature=youtu.be

Articles de journaux (Jeune Afrique, Gri-Gri international)
http://www.legrigriinternational.com/2014/12/on-a-sorti-laurent-gbagbo-on-a-installe-alassane-ouattara-sans-aucune-polemique-nicolas-sarkozy-premiergaou.html

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20141224155254/justice-simone-gbagbo-laurent-gbagbo-fpi-justice-c-te-d-ivoire-cinq-choses-savoir-sur-le-proc-s-de-simone-gbagbo.html?utm_source=Newsletters+%3A+Jeune+Afrique&utm_campaign=64070f3579-Newsletter_quotidienne_mailchimp26122014&utm_medium=email&utm_term=0_9e88e09281-64070f3579-337591833

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20141015184449/

Blogs associatifs et citoyens

Femmes en résistance
http://contrepoids-infos.blogspot.fr/

Inter-Collectif Afrique (ICA)
https://fraternafrique.wordpress.com/

Indignez-vous http://indignez-vous.hautetfort.com/

Soutien et liberté https://soutienetliberte.wordpress.com/


Côte d’Ivoire : Rapport sur la situation des détenus politiques

Dans un rapport du 15 décembre 2014 intitulé « RAPPORT SUR LA SITUATION DES DETENUS POLITIQUES EN GREVE DE LA FAIM », le Secrétariat national chargé de la politique pénitentiaire et des détenus politiques du Front Populaire Ivoirien a alerté diverses autorités nationales et internationales sur la gravité de la situation des détenus politiques à Abidjan et à l’intérieur du pays.
Après avoir reçu la visite de différents émissaires, dont ceux de l’ONU, les prisonniers ont décidé le 25 décembre 2014 de suspendre leur mouvement de grève de la faim.

Voici les principaux extraits de ce rapport accablant.

(…)

Situation générale

Détenus depuis 2 à 36 mois pour certains, les 480 détenus politiques ivoiriens vivent un enfer en Côte d’Ivoire. Les arrestations, effectuées pour la plupart en dehors de tout cadre légal, se multiplient. 98 % des détenus sont sudistes et chrétiens. L’essentiel des détenus de la crise postélectorale de 2011 sont en liberté provisoire. Suite à des attaques des positions des FRCI depuis 2012, des civils ont été arrêtés ensuite un peu partout par les FRCI, en fonction de leur opinion politique supposée. Détenus dans des camps militaires où ils ont subi d’épouvantables sévices, puis transférés pour certains à la DST, à Cocody, ils ont ensuite atterri dans les Maisons d’Arrêt. Il y a 11 Maisons d’arrêt qui les accueillent sur le territoire ivoirien.

A la DST, tous les détenus disent avoir été torturés afin de leur faire avouer des faits qu’ils n’avaient pas commis ou de dénoncer des hommes politiques ivoiriens vivant en Côte d’Ivoire ou en exil.

Toutes les arrestations se passent de façon traumatisante pour les personnes et leur entourage : Elles se déroulent sur le lieu de travail, la nuit pendant le sommeil, ou dans les rues. Des 4X4 militaires kidnappent en plein jour des individus dont on ne retrouve plus toujours la trace, même des mois plus tard.

Même des personnes sous mandat de dépôt n’atterrissent pas automatiquement dans une Maison d’Arrêt officielle. Le nombre exact de détenu(s) est difficile à évaluer. Les autorités légales refusent d’en communiquer le chiffre et le listing. Les familles nous ont communiqué une liste de 480 personnes.

Les détenus de la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA) ont entamé une grève illimitée de la faim depuis le 1er décembre 2014. 150 d’entre eux se retrouvent à l’infirmerie, abrités sous des tentes fournies par le CICR, dans l’enceinte de la prison. Quatre viennent de frôler la mort dans des CHU où, bien qu’attachés par des chaines aux pieds des lits d’hôpitaux et couchés sans couverture à même le sol, des médecins ont refusé de leur prodiguer des soins. Ces 154 détenus ont reçu les premiers soins par des infirmiers.

Ce sont les familles qui nourrissent les prisonniers politiques et paient pour leurs soins en Côte d’Ivoire. Ceux qui sont fonctionnaires ont vu leur salaire suspendu.

Cette grève de la faim, la deuxième du genre, a pour but de faire pression sur les autorités ivoiriennes afin qu’elles se décident soit à juger, soit à libérer ces personnes.

Le fait que Soro Guillaume, Président de l’Assemblée Nationale, ait appelé, en réponse à cette grève, le FPI « …à entrer au Gouvernement pour que les prisonniers politiques soient libérés » indique incontestablement qu’il s’agit d’otages.

Visites et soins

Pour des raisons inconnues, l’autorisation de visite aux détenus par les familles est tantôt autorisée, tantôt refusée pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, par les Parquets.

Les soins de santé et de cantine sont exclusivement à la charge des familles. Les maladies chroniques sont rarement prises en charge du fait de l’absence de médecin ou de médicament sur place et du refus des juges d’autoriser le transfert des détenus dans des centres hospitaliers. Les maladies mentales survenues lors de l’emprisonnement sont ignorées par les autorités. Les détenus utilisent la prière ou la contention pour venir à bout de leur compagnon devenu malade mental dangereux alors qu’une Hospitalisation d’Office en hôpital psychiatrique est possible.

Les pathologies telles que le diabète, la tension, la carie dentaire, l’hernie discale…et des blessures résultantes des tortures subies avant l’incarcération ont été observé(e)s. Aucun soin approprié n’a été durablement apporté à ces cas.

Les détenus de Bouna côtoient les scorpions, les serpents et autres dangers. Les conditions de détention dégradent fortement la santé des pensionnaires. Les soins de santé sont quasi inexistants, ce qui a amené ces pensionnaires, et l’ensemble de ceux des prisons de l’intérieur du pays à arrêter la grève de la faim. Certains détenus de Bouna trainent de graves séquelles de tortures. L’évacuation des malades vers le seul hôpital de la ville est très rarement autorisée.

Eau et vivres

L’eau potable ne coule que durant 10 minutes par jour. L’accès à l’eau est encore plus problématique à la MAMA (Maison d’arrêt Militaire d’Abidjan). Les détenus ont des difficultés pour recevoir la nourriture venant de leurs parents. Les plats mangés sont déséquilibrés. De très nombreux cas de béribéri dus à la malnutrition sont observés à la MACA.

Les détenus de Toumodi vivent dans des cellules exiguës. La nourriture est à leur frais. La ration quotidienne fournie par la prison une fois par jour est de la pate de maïs, dite « gbinzin ». Il y a 2 prisonniers malades qui demeurent sans soin.

Visites

Si les visites sont problématiques dans les prisons situées à l’intérieur du Pays, elles le sont encore plus pour les détenus de l’Ecole de Police. Ils ne reçoivent aucune visite de membres de leur famille. Les familles s’entendent dire d’attendre « la fin des procès ».

Les détenus de Dimbokro n’ont aucun contact avec les avocats. Ils vivent dans des conditions d’extremes précarités

Quant aux détenus de Bouaké, ils vivent dans des conditions précaires et n’ont pas droit aux visites. Les soins de santé sont inexistants. Nul n’ignore s’ils sont encore à Bouaké ou quelque part à Abidjan maintenant.

Menaces

Les détenus de Séguéla vivent dans des conditions précaires. Ils n’ont pas accès à la nourriture saine et leurs cellules sont étroites et exposées aux aléas climatiques car lorsqu’il pleut, les cellules sont inondées. Chaque plainte est suivie de menaces d’exécution. Selon des témoignages, les FRCI menacent de les exécuter si jamais des attaques ad(venaient) sur leurs positions. Il semble qu’il y ait eu des décès parmi les détenus mais cela n’a pu être vérifié. Les familles interrogées refusent de s’exprimer. Les détenus de Man vivent dans des conditions similaires.

Recommandations

Vu l’inexistence de réelles procédures judiciaires concernant les détenus politiques et la mauvaise qualité des conditions de détention, le FPI interpelle le Gouvernement ivoirien afin qu’il juge ces personnes ou les libère.

Le FPI interpelle également la communauté nationale et internationale, ainsi que les Organisations de défense des droits de l’homme, au sujet de la situation de déni de justice qui prévaut en matière judiciaire en Côte d’Ivoire. L’usage de la justice instrumentalisée aboutit à transformer près de cinq cent personnes en otage du pouvoir politique.

Depuis 2011, et l’accession de Monsieur Alassane Ouattara à la Présidence de la République, le FPI ne cesse de dénoncer la justice des vainqueurs. L’autorité judiciaire et les services de sécurité devraient travailler à la réconciliation nationale. Et non à organiser un système de répression systématique des personnes supposées de l’opposition en fonction de leur origine ethnique et/ou religieuse.

(…)

Dix mois avant l’élection présidentielle, Ouattara organise le procès de ses adversaires politiques

Cadeau de fin d’année aux Ivoiriens : Alassane Dramane Ouattara ouvre les procès en assises aujourd’hui

Par Koulibaly Doucy
(Notre Voix, le 26/12/2014)

Et si les autres étaient en détention pendant qu’il gouverne ? En tout cas, ce 26 décembre 2014, en guise de cadeau de fin d’année, Alassane Dramane Ouattara va offrir le procès en assises de 83 Ivoiriens. Pour être en règle par rapport à leur détention qui se fait jusqu’ici sans jugement. Car pour les assises qui s’ouvrent aujourd’hui, le régime est sûr d’obtenir la condamnation des accusés, grâce à une cour d’assises et un jury connotés. Parce que comme tout le monde le sait, les Ivoiriens qui rentrent en procès à partir d’aujourd’hui ont en commun d’être soit des proches du président Laurent Gbagbo, soit simplement considérés comme tels. Par ailleurs, ces personnalités ont en commun d’être soit détenues depuis plus de trois ans sans jugement, soit en liberté provisoire depuis l’avènement d’Alassane Dramane Ouattara. Ces prévenus ont surtout en commun d’avoir été soit à la résidence du chef de l’Etat Laurent Gbagbo pendant que la France la bombardait en avril, soit à l’hôtel la Nouvelle Pergola où les avait attirés l’Onu en promettant de les protéger.
Tous font l’objet d’une procédure engagée par les vainqueurs de la guerre postélectorale de 2011. La Procédure baptisée « l’affaire Aké N’gbo et 89 autres» est une conséquence de la crise postélectorale, elle-même, suite logique de la rébellion de septembre 2002 qui a fini par prendre le pouvoir par la force. En principe, les accusés, Simone Gbagbo, Aké N’gbo et les autres sont poursuivis dans trois 3 compartiments : les crimes politiques, les crimes économiques et les crimes de sang. Après plus de trois années d’instructions, le pouvoir Ouattara n’a réussi qu’à instruire (naturellement) les crimes politiques en rapport avec la fameuse « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Et il a fallu que le procès s’ouvre aujourd’hui, alors que les conseils n’ont pas toutes les pièces pour assurer la défense de leurs clients. Parce que d’une part le régime avait promis à la communauté internationale de mettre fin à la situation d’une procédure arbitraire, mais [que d’autre part] le pouvoir avait pris l’engagement de juger Mme Simone Gbagbo que la Cpi réclame.

(…)

Suite de l’article dans Notre Voix du 27 décembre 2014
(Surtitre de la Rédaction)