Accueil » Actualité judiciaire » Depuis la Cour d’Assises d’Abidjan

Depuis la Cour d’Assises d’Abidjan

Un témoin raconte : « Il n’y avait pas d’armes et de munitions chez Gbagbo »

Par Anderson Diédri
(pour Le Nouveau Courrier)

Le ministre Niamien Yao, Diabaté Bêh et Chantal Gnahoua sont les accusés qui étaient à la barre hier mercredi 5 février dans le cadre du procès des pro-Gbagbo devant la Cour d’assises. Dans leurs témoignages, ils ont fait des révélations sur la crise postélectorale et particulièrement sur ce qui s’est passé à la résidence du président Laurent Gbagbo.

La grève des gardes pénitentiaires qui a conduit à la suspension de l’interrogatoire des accusés embastillés a ouvert la voie à l’audition des personnalités pro-Gbagbo en liberté provisoire. Ainsi, trois accusés étaient à la barre hier : Niamien Yao, Diabaté Bêh et Chantal Gnahoua.

C’est d’abord l’ancien ministre Niamien Yao qui a été appelé à la barre pour donner sa version des faits sur les événements de la crise postélectorale. «J’ai servi la Côte d’Ivoire en tant que fonctionnaire à la présidence et conseillé diplomatique du président Laurent Gbagbo. Cela ne fait pas de moi un militant du Fpi : je suis et je reste un militant du Pdci. Mais il était de mon devoir d’utiliser tous les recours pacifiques possibles pour que mon candidat [Laurent Gbagbo] soit déclaré vainqueur», a déclaré Niamien Yao qui a souligné qu’il était un fervent défenseur de la théorie du recomptage des voies comme solution à la crise politique née du second tour des élections de 2010. Une proposition de Gbagbo que le camp Ouattara avait systématiquement rejetée, privilégiant l’option de la guerre. L’accusé a aussi fait remarquer qu’il est indispensable «de faire en sorte que ce qui est arrivé dans l’histoire de notre pays puisse être évité à l’avenir». Lorsque le parquet général lui demande jusqu’à quel moment il considérait le président Gbagbo comme président, voici sa réponse : «Pour moi, jusqu’à ce que le président Alassane Ouattara ne prête serment devant le Conseil constitutionnel, le chef de l’Etat était le président Laurent Gbagbo».

Après l’ambassadeur Niamien Yao, c’est Diabaté Bêh, militant du Front populaire ivoirien (Fpi) et ancien membre du Conseil économique et social (CES) qui a été auditionné. Il a répondu sans faux-fuyant aux questions sur ce qui s’est passé à la résidence du président Gbagbo à Cocody qui a été bombardée pendant la crise postélectorale par les avions de l’armée française et de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci). «Je ne sais pas s’il y avait deux sous-sol mais celui dans lequel nous étions au palais avec le président Gbagbo ne contenait pas d’armes ou de munitions », a révélé Diabaté Bêh, témoin oculaire des événements. Accusé aussi d’avoir organisé la «résistance», l’ancien membre du CES a précisé que tous ceux qui étaient à la résidence avec Gbagbo avaient d’autres chats à fouetter. «Nous étions préoccupé[s] par d’autres choses que par des coups de fil pour mobiliser une quelconque résistance. Comme manger et protéger les enfants qui étaient avec nous au palais était notre principale préoccupation », a-t-il raconté. «J’ai de bons rapports avec les responsables des autres partis politiques. Au niveau de ma région natale comme dans tout le pays. Je n’ai jamais cessé de communiquer avec eux. Je souhaite que la Côte d’Ivoire se réconcilie. Je souhaite que les Ivoiriens s’entendent. Je demande à la Cour de nous aider à nous réconcilier. Je ne suis pas une personne dangereuse. J’ai toujours oeuvré pour la cohésion», a poursuivi Diabaté Bêh.

Chantal Gnahoua a, à l’instar de ses prédécesseurs, rejeté les accusations portées contre elle relativement à la crise postélectorale.

In : Le Nouveau Courrier, n° 1208, 5 fév. 2015, p. 5.

Publicités
février 2015
L M M J V S D
« Jan   Mar »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
232425262728