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Lettre ouverte à François Hollande sur la situation préoccupante en Côte d’Ivoire

ONG Convergences pour la Paix et le Développement de l’Afrique C/O
claude_koudou@yahoo.fr
Paris, le 8 Mai 2015

A
Monsieur François Hollande
Président de la République française
Palais de l’Elysée
55, Rue du Faubourg Saint Honoré
75007 Paris

Objet : Lettre ouverte sur la situation préoccupante en Côte d’Ivoire

Monsieur le Président de la République,

En ce jour du 8 Mai 2015, nous venons très respectueusement, par cette lettre vous inviter à partager avec nous, nos préoccupations sur la situation socio-politique en Côte d’Ivoire. Mais d’abord, bien que l’historique soit connu, il convient en notre sens de rappeler des faits avant de faire des propositions :

Des élections présidentielles se sont tenues en Octobre (le 31, le premier tour) et en novembre 2010 (le 28, le second tour). Ces élections, comme nous le savons tous, se sont déroulées sans le désarmement de l’ex-rébellion – en entorse avec les accords de Ouagadougou – ;
Devant le désaccord sur l’appréciation des résultats – le président de la Commission électorale indépendante, sans les autres commissaires et donc de façon unilatérale, et ce, au quartier général d’Alassane Ouattara donne ce dernier vainqueur alors que le Conseil constitutionnel organe juridique des élections proclame Laurent Gbagbo vainqueur –, un contentieux est né ;
Pour régler ce contentieux électoral de façon politique en vue de préserver la paix, Laurent Gbagbo propose le recomptage des voix – comme ce fut le cas à Haïti dans la même période et aux USA, quelques années plus tôt –.

Cette proposition à dessein pacifique a été refusée par Alassane Ouattara qui a préféré la belligérance, fort du soutien de son ami, votre prédécesseur, Nicolas Sarkozy.

Après ce rappel liminaire, nous vous invitons à partager un constat :
La guerre qui a été déclenchée par Alassane Ouattara, soutenu par l’ex-rébellion et surtout par Nicolas Sarkozy, a provoqué la mort et la disparition de milliers de personnes ;
La Côte d’Ivoire qui abrite plus d’une soixantaine d’ethnies et qui connaît un brassage des populations, est aujourd’hui divisée à cause de la méfiance installée entre les différentes populations ;
Le tribalisme est à son comble parce qu’une partie de la population, celle du Nord, occupe les postes-clé de l’administration et des grandes institutions, sans toujours tenir compte des compétences et ce, après une criante chasse aux sorcières ;
Les libertés les plus élémentaires (droits de manifestations, liberté d’expression, …) sont bafouées ;
Des tueries dans un camp à Nahibly (ouest ivoirien), en juillet 2012 dont les preuves ont été montrées par des Organisations des droits de l’Homme (FIDH, partie civile dans ce dossier) et reconnues par les Nations unies, n’ont fait l’objet d’une attention suivie de la part du pouvoir d’Alassane Ouattara ;
Des Ivoiriens ont été spoliés de leurs biens quand ils n’ont pas vu leurs domiciles pillés ;
Un millier de prisonniers politiques parce que favorables à Laurent Gbagbo sont privés de leur liberté, et vivent dans des conditions scandaleuses ; certains subissant des tortures, sans aucune forme de procès ;
Le Premier ministre Charles Konan Bany, président de la Commission, Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) a rendu son tablier devant les entraves à mener à bien son travail ;
Plusieurs cadres proches de Laurent Gbagbo et d’autres « anonymes » par milliers, vivent en exil, donc contre leur gré loin de leur pays ;
Les élections intermédiaires – législatives, municipales, … – ont été l’occasion de constater la défiance des populations à l’égard du pouvoir parce qu’elles ont boudé les urnes à l’appel de l’opposition ;
A l’approche de nouvelles échéances électorales, le pouvoir a décidé de se choisir un opposant (en lui affectant une logistique médiatique et financière disproportionnée), espérant en vain ainsi démobiliser l’opposition ; …
Des enlèvements et des arrestations d’opposants ou de ceux qui ont une opinion contraire à la pensée du pouvoir, se poursuivent ;
Trois membres de la Direction du Parti de Laurent Gbagbo (Front Populaire Ivoirien : FPI), les professeurs (anciens ministres), Hubert Oulaye et Sébastien Dano Djédjé ont été enlevés nuitamment à leurs domiciles et le jeune Justin Koua, sur son lieu de travail ;
Cette situation délétère ne saurait favoriser la réconciliation nationale.

Les conséquences très nombreuses de cette tension socio-politique sont de plus en plus inquiétantes :
La Côte d’Ivoire est un pays qui compte beaucoup dans la sous-région ouest-africaine et un climat de peur ne peut que désespérer les jeunes dont l’avenir se trouve plus que jamais menacé ;
Aussi, sommes-nous loin d’imager les options que peut choisir une jeunesse quand celle-ci est en proie à un mal-être permanent ;
Le manque de démocratie et le bâillonnement de la population, après la tragédie « de Charly Hebdo » et sa suite (et la grande mobilisation du 11 janvier 2015 à Paris qui s’en est suivie) nous interpellent à plus d’un titre.
Avant de faire des propositions, nous voudrions marquer notre profond dégoût, dire notre grande indignation et exprimer notre vive protestation devant des pratiques inadmissibles, que nous considérons être d’un autre âge, parce qu’elles ne répondent pas à la démocratie.

Propositions :
Monsieur le Président de la République française,
Vu que votre discours de candidat a rassuré l’opinion sur les questions des libertés fondamentales ;
Vu que la guerre qui a sévi en Libye et dans d’autres contrées, a des conséquences désastreuses sur la vie des Libyens et d’autres populations mais aussi sur l’immigration ;
Vu que la question du développement en Afrique et les échanges Nord-Sud doivent faire l’objet d’un réexamen attentif à partir de paramètres objectifs ;
Vu que l’approche des questions africaines doit faire l’objet d’un traitement volontariste sur le long terme, au contraire de solutions palliatives dont les revers s’avèrent inéluctablement désastreuses ;
Vu que la paix et le développement en Afrique seront le gage d’une tranquillité et du redressement de plusieurs pays d’Europe ;
Vu que Laurent Gbagbo a été déporté précipitamment à La Haye et dans l’emballement, en bafouant le principe élémentaire qu’est – en droit – la présomption d’innocence ;
Vu que les réalités en Côte d’Ivoire portent Laurent Gbagbo comme la clé de voûte de la réconciliation nationale ;
Vu que seule, une résolution des Nations unies comme ce fut le cas en amont, peut prendre une autre résolution en aval, pour élargir Laurent Gbagbo, – surtout que les juges de La Haye ont trouvé insuffisants les éléments à charge –, aux fins de favoriser le retour de la confiance mutuelle, de la réconciliation nationale et de la paix en Côte d’Ivoire ;
Vu que les procès sur la crise post électorale sont des parodies de justice d’après des observateurs avisés ;
Vu que l’emballement des médias et l’appréciation précipitée des évènements par des voix officielles et des officines intéressées, ont – avec du recul – des conséquences souvent désastreuses ;
Vu que dans cette ère de la mondialisation, les connexions internet abondantes laissent très peu de chances aux dissimulations ;
Vu que la défiance des populations surtout occidentales s’amplifie vis à vis des politiques parce que les paroles publiques de ces derniers et des institutions internationales sont de plus en plus sujets à caution ;
Vu qu’il est indispensable de purger définitivement le contentieux électoral de 2010, avant d’envisager de nouvelles élections ;
Vu que seules les élections transparentes, sincères, ouvertes, crédibles et incontestables sont la seule voie pour remettre ce pays sur les rails ;

Il convient alors de dissoudre la commission électorale, à lui acquise, mise sur pied par le Chef de l’Etat ivoirien afin de constituer une Commission électorale indépendante, consensuelle et dont les membres issus de la société civile, seraient des personnalités désintéressées comme ce fut le cas en 2000 ;

Il importe ainsi d’insister sur les risques que court le pays à cause des tensions palpables dues aux méthodes du pouvoir, qui sont anti-démocratiques et très contestables au regard du respect des libertés d’expression et des droits de l’homme.

Il nous semble judicieux d’être extrêmement vigilants sur les assauts répétés des actes du pouvoir qui empêchent la restauration de la sérénité dans la population parce que sectaires et inacceptables pour un peuple qui n’aspire qu’à la paix.

C’est pourquoi, au regard des principes élémentaires des libertés fondamentales, nous demandons que soient libérés sans condition, les cadres du FPI qui viennent d’être emprisonnés et que dans un esprit de dialogue qui favoriserait l’instauration d’une paix véritable, soient élargis tous ceux qui croupissent en prison parce que favorables à Laurent Gbagbo. Et que soit organisé le retour sécurisé de tous ceux qui sont en exil.

Dans l’espoir que notre requête sera examinée avec la plus grande attention pour donner des chances d’une paix durable en Côte d’Ivoire, nous vous prions, d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.

Dr Claude KOUDOU
Enseignant-Ecrivain, Directeur de la Collection « Afrique Liberté » chez les Editions L’Harmattan,
Président de l’ONG « Convergences pour la Paix et le Développement de l’Afrique : CPDA ».

Ampliations :
– A l’Ambassade de Côte d’Ivoire en France ;
– A la CEDEAO ;
– A l’Union africaine ;
– A l’Union Européenne ;
– A la Maison Blanche ;
– Au Congrès américain ;
– Au Kremlin ;
– Aux Partis politiques français ;
– Aux parlementaires français ;
– A l’Organisation Internationale de la Francophonie ;
– A l’Organisation des Nations Unies.

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