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Le double discours d’Alassane Ouattara

La question du retour des exilés met en évidence le double discours d’Alassane Ouattara qui promet lors de sa prise du pouvoir une Côte d’Ivoire apaisée, mais n’a cessé pendant ces 5 années de faire procéder à des arrestations politiques ; et qui – à l’intention de l’opinion internationale – invite les exilés à rentrer au pays, tout en ne leur donnant l’assurance ni de la sécurité, ni du retour sur les terres dont ils ont été spoliés.

Retour des exilés
Le double discours de Ouattara qui ne rassure pas

Par Anderson Diédri
(Le Nouveau Courrier)

«Je lance un appel aux exilés des pays voisins de rentrer au pays car le pays est en paix, le pays va bien», invitait le chef de l’Etat vendredi à Akoupé. Mais ce discours est loin de rassurer les milliers d’Ivoiriens encore en exil, surtout les cadres pro-Gbagbo. Car malgré les nombreux pro-Gbagbo dans les prisons du pays, le régime a arrêté Dogo Raphaël, Lida Kouassi ou encore Assoa Adou (récemment revenu d’exil et directeur de campagne du président Laurent Gbagbo pour le congrès de décembre dernier qui avait été reporté). Comme si cela ne suffisait pas, le pouvoir vient de mettre aux arrêts le Pr. Sébastien Dano Djédjé, le Pr. Hubert Oulaye et Koua Justin avant de les transférer dans différentes prisons sur le territoire national. Comment de tels actes, alors que le régime chante la réconciliation, peuvent-ils rassurer les Ivoiriens qui ont fui leur pays à cause de la persécution du camp Ouattara ? Il est évident que l’appel du chef de l’Etat à l’endroit des exilés est perçu avec beaucoup de méfiance et c’est à raison. Puisque ce double discours qui consiste à lancer l’appel au retour d’une main et à arrêter les opposants avec l’autre ne rassure guère.
Un autre discours qu’il a servi à toutes les étapes de son périple dans la Mé, c’est la réconciliation. «Je compte sur vous pour aller encore plus vite dans la réconciliation pour que nous ayons une totale cohésion et un grand rassemblement pour notre nation. Parce que c’est uni, rassemblé que nous pourrons faire de grandes choses pour ce beau pays. Donc chers frères, chères soeurs, malgré les difficultés que nous avons connues au cours des dernières années et pendant la crise postélectorale, je vous demande tous de pardonner les uns les autres et de réapprendre à vivre ensemble», proclamait le locataire du palais présidentiel à Alépé. On se souvient pourtant que le 11 avril dernier, le chef de l’Etat déclarait devant ses partisans à Abobo qu’il n’accordera pas de grâce ni d’amnistie (dont son camp a bénéficié depuis 2002 sous Gbagbo) si les pro-Gbagbo «ne demandent pas pardon». Ouattara n’est pas dans une logique d’apaisement ni d’ouverture comme on le voit. Ses déclarations ne sont juste qu’une profession de foi sans véritable contenu. D’autant plus que Ouattara ne fait véritablement rien pour encourager le processus de paix qu’il sabote depuis 2011. Dans ces conditions, la réconciliation et le pardon qu’il prône sur le bout des lèvres ne peuvent être une réalité. Et il le sait pertinemment.

In : Le Nouveau Courrier n° 1273, 12 mai 2015, p. 5.

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