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Bienvenue à Guiglo !

BIENVENUE A GUIGLO MONSIEUR LE PRESIDENT

Monsieur le Président, nous avons appris que ce lundi 18 janvier 2016, vous foulez à nouveau la terre de Guiglo, capitale de la Région du Cavally pour y accueillir votre homologue du Libéria, madame Ellen Johnson Searlif qui, elle, vous avait reçu en octobre 2013 à Zwedru, la capitale du Comté du Grand Gedeh.

Soyez donc le bienvenu, vous et votre hôte.

J’ai lu dans la presse ivoirienne que cette visite avait pour objet la question du retour des réfugiés ivoiriens résidant dans ce pays voisin et frère qu’est le Libéria depuis la crise postélectorale de 2011.

Il ne fait aucun doute que vous serez chaleureusement accueillis par les populations qui ne manqueront pas de sortir en grand nombre à cette occasion car il n’est pas donné à tout le monde de recevoir en même temps deux Chefs d’Etat dans sa cité.

Je sais aussi que des discours seront prononcés pour vous souhaiter la bienvenue à Guiglo, « la cité du pardon », vous remercier « pour votre sollicitude pour cette région » et saluer « vos nombreuses actions de développement en faveur des populations, preuves de votre amour ».

Vous serez certainement fait « Chef Wê » et un nom vous sera attribué.

Mais monsieur le Président, pour ne pas que vous ayez à interroger Hamed Bakayoko, comme vous l’avez fait à Abengourou à propos du sort du docteur Assoa Adou, je voudrais vous donner des nouvelles de quelques fils du Cavally et du Guémon qui n’auront pas « la chance et l’honneur » d’être présents à Guiglo pour vous accueillir.

Monsieur le Président, des Glahé seront certainement là pour vous remercier pour avoir « réhabilité » leurs lieux sacrés qui ont été détruits et profanés en 2011 par des personnes dont l’identité est connue de tous mais qui ne sont pas inquiétés pour ces actes pourtant punis par la loi. Oui, Monsieur le Président, les Glahé seront présents mais la plus illustre de leur servante, l’Honorable Ministre d’Etat Angèle Gnonsoa, une grande Dame, sera absente parce que contrainte à l’exil depuis votre arrivée au pouvoir.

Monsieur le Président, celui qui est perçu par les populations qui vont vous accueillir comme leur leader est en prison à Dabou depuis bientôt un an, quatre mois seulement après être revenu d’exil sur la base de votre appel aux exilés ivoiriens. Il s’appelle Hubert Oulaye, Ministre de la République de 2000 à 2010, Député et Président du Conseil général de Guiglo. Brillant Professeur agrégé de droit, cet homme compétent, humble, apprécié de tous et partout croupit en prison sous un motif des plus fallacieux.

Un autre fils de Guiglo, lui aussi vu comme un espoir et une valeur sûre de la Région est en exil au Ghana. Il a été Député et a démontré ses qualités intellectuelles en présidant la Commission des Affaires Générales et Institutionnelles de l’Assemblée Nationale dont il a dirigé les travaux avec maestria et impartialité jusqu’à sa nomination comme Ministre en 2010. Lui, c’est Emile Guiriéoulou. Il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international de votre régime.

Kahé Eric, celui dont vous avez dit un jour ne pas connaitre le « background », ingénieur informaticien hors pair, également diplômé en mathématiques, Président du Parti politique AIRD (Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie), un cadre qui bénéficie d’une grande estime dans le Cavally et le Guémon est en exil depuis avril 2011. En août 2012, peu après votre visite à Duékoué, sa ville d’origine, vous avez émis un mandat d’arrêt international contre lui.

Pol Dokoui, cette voix emblématique de Radio Côte d’Ivoire, créateur de nombreuses émissions à succès, promoteur du concours Awoulaba qui célèbre la beauté de la femme africaine, connait lui aussi l’exil depuis 2011. Il est originaire de Toulépleu, monsieur le Président.

Etienne Tahi Zoué, un autre cadre de Toulépleu, ancien Conseiller à la Présidence de la République, est lui aussi dans le collimateur de votre régime et s’est vu dans l’obligation de prendre le chemin de l’exil, depuis avril 2011.

Mais il y a ceux qui manqueront à l’appel à jamais : Raymond Gnan et Basile Mahan Gahé.

Le premier, maire de Facobly, un des rares hommes d’affaires prospères du pays Wê, est mort en exil au Togo en décembre 2011 n’ayant pas eu les moyens de se soigner parce que ses avoirs étaient gelés.

Le deuxième, fondateur et Secrétaire général de la Centrale Dignité, fils de Diboké dans le Département de Bloléquin. Monsieur le Président, Mahan Gahé est mort des suites des tortures physiques qu’il a subies lors de son arrestation par les FRCI en avril 2011 et de sa détention dans vos prisons pendant 2 ans. Il a eu des côtes et des vertèbres brisées. Ses tortionnaires qui s’en sont vantés dans un enregistrement vidéo, sont connus et toujours libres. Jusqu’à quand, monsieur le Président ?

Les 1000 victimes Wê des 28 et 29 mars 2011, attendent toujours que justice leur soit aussi rendue à l’instar du colonel Dosso et des autres victimes de la crise postélectorale. Les morts de Nahibly sont eux aussi dans l’attente de l’enquête que vous avez promise, trois ans et demie après le pogrom qui les a emportés en juillet 2012.

Monsieur le Président, ne vous fiez pas aux apparences. Ne regardez pas la foule qui va vous accueillir pour en déduire que cette région vous a adopté. C’est loin d’être le cas.

Sachez, monsieur le Président, que dans cette région, chaque village, pour ne pas dire chaque famille, a ses morts de la crise postélectorale mais aussi ses morts et ses mutilés de la rébellion dont vous avez salué le combat lors de votre visite à Ferkessédougou.

Ceux qui malgré tout choisiront de venir vous accueillir le feront en ayant en esprit ce proverbe local : « on dit fais voir dans tes mains mais on ne dit pas fais voir dans ton ventre ».

Bienvenue dans le Cavally à vous et à madame Searlif !!!

Par Clément GAODE
Citoyen ivoirien, originaire du Cavally et du Guémon

Source : Facebook, janv. 2016

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