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Côte d’Ivoire : et si l’image ne reflétait pas la réalité ?

Tel est le thème de la réunion d’information et d’échanges organisée à Lyon le jeudi 11 mai 2017 par l’association « Côte d’Ivoire : Rechercher et Dire la Vérité » (CI-RDV).

Compte rendu

POURQUOI, MOI, FRANÇAIS(E), SUIS-JE CONCERNÉ(E) ?

Concernés ? Nous l’étions tous fortement en quittant la Maison des Passages, à Lyon, au soir de ce jeudi 11 mai 2017.

Initiée et animée par Michel Dubois, cette réunion fut riche et dense d’informations et d’échanges entre la trentaine de personnes, organisateurs, intervenants et des participants qui, pour certains, découvraient avec stupéfaction la responsabilité de la France dans la déstabilisation de la Côte d’Ivoire, depuis l’élection à la présidence, en 2000, de Laurent Gbagbo, jusqu’à l’installation, en 2011, d’un régime politique qui emprisonne et torture.

André Prochasson, président de « Côte d’Ivoire-Rechercher et Dire la Vérité » (CI-RDV), partant de son parcours personnel, a expliqué pourquoi et comment, en tant que citoyen français, il a tardivement pris conscience du rôle néfaste joué par les autorités françaises en Côte d’Ivoire. Puis, après une première phase de sidération, cherchant à savoir et à comprendre, mesurant chaque jour davantage combien était grande l’ignorance de nos compatriotes, combien était partielle et partiale l’information par les medias, et combien était vide le dossier d’accusation à l’encontre de Laurent Gbagbo à La Haye, la recherche de la vérité va l’amener, avec des amis, à créer, l’association CI-RDV. Cette association (Loi 1901) s’adresse donc en priorité aux Français qui, comme lui, sont désireux de connaître la Vérité, de savoir et faire savoir « ce que la France a fait en notre nom ! ». Indépendante de tout parti politique, CI-RDV est néanmoins très attentive à la politique africaine de la France, passée, actuelle et future, car un autre paradigme est possible…

Jean-Jacques Guigon, ancien conseiller confédéral de la CGT, chargé des relations avec des syndicats de l’Afrique subsaharienne, a expliqué pourquoi sa confédération syndicale participait à cette table ronde. Il a exprimé toute l’importance qu’il accorde à rechercher et à dire la vérité, puis a évoqué la réalité économique et syndicale vécue par les milieux populaires de Côte d’Ivoire, réalité dont il a pu se rendre compte au cours de ses nombreuses missions dans ce pays.
Son témoignage sur le drame vécu par Basile Mahan Gahé, ex-Secrétaire Général de la confédération syndicale Dignité, emprisonné, torturé, et mort à sa sortie de prison des suites des mauvais traitements, fut particulièrement émouvant. Tout comme le soutien qu’il apporte aujourd’hui à David Samba, jeune leader de la société civile, président de l’association des consommateurs, « Les Indignés de Côte d’Ivoire ». Il a également attiré l’attention de l’auditoire sur le sort de Assoa Adou, ex-Secrétaire Général du Syndicat National des Cadres Supérieurs de la Santé de Côte d’Ivoire (Synacasci), Ancien ministre, qui, revenu d’exil, est emprisonné pour motif politique. Transféré à Bouaké, M. Assoa Adou subit une «torture blanche» dans une cellule en permanence éclairée.

Clotilde Ohouochi, Ancienne ministre de Côte d’Ivoire et conseillère spéciale du Président Laurent Gbagbo, réfugiée politique en France, a, dans un exposé dense et argumenté, analysé la situation actuelle en Côte d’Ivoire, en la restituant dans le contexte historique et politique des relations de la France avec son ancienne colonie.
Partie de la Conférence de Berlin (novembre 1884-février 1885) qui a consacré le partage de l’Afrique, elle a démontré comment la décolonisation de l’Afrique francophone, notamment, s’est déroulée de façon imparfaite et inaboutie, l’indépendance ayant été octroyée, après négociations et dans le cadre d’accords, ressemblant fort à un marché de dupes.
Ensuite, l’ancienne ministre a décrit le Président Laurent Gbagbo comme un chef d’État atypique dans le système françafricain. La diversification des partenaires commerciaux, les réformes structurelles, politiques, économiques et sociales entreprises indépendamment des injonctions françaises en sont quelques éléments d’illustration. Ce qui lui a valu les «foudres» de Paris qui lui a préféré Alassane Ouattara, le président ciselé selon les critères françafricains.
Sous Ouattara, malgré le taux de croissance estimé à plus de 7,5 %, la pauvreté règne.
La Côte d’Ivoire est en tête des pays africains pourvoyeurs de migrants avec 839 migrants via la Méditerranée, de janvier à février 2017, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM).
Elle occupe également le 14ème rang mondial des nationalités comptant le plus de réfugiés, avec 809.312 réfugiés, sur un total mondial établi à 52,9 millions. À l’échelle du continent, elle est à la 7ème place. En mai 2016, le nombre résiduel total de réfugiés ivoiriens dans la sous-région s’établit à 44.894 personnes. Ces réfugiés ivoiriens se trouvent pour la plupart au Libéria (21.235), au Ghana (11.423), en Guinée (7.389), au Togo (2.512), au Mali (1.022), au Cameroun (313), en Mauritanie (272), en Gambie (250), au Maroc (218), au Benin (180), au Niger (55) et au Burkina (10).
Mais aussi en Occident, notamment en France.
Mme Ohouochi a terminé sa communication sur la justice des vainqueurs, qui prévaut, tant en Côte d’Ivoire (300 prisonniers d’opinion) qu’à la CPI, mettant « en panne » le processus de réconciliation.

Quant à Mohamed Amara, sociologue malien, chercheur au Centre Max Weber à Lyon, il a élargi la réflexion à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest et subsaharienne. Dans son exposé académique de haut niveau, il a souligné, notamment, la responsabilité des Africains eux-mêmes dans les problèmes de développement qu’ils rencontrent.

La synthèse est revenue à Alain Longomozino qui, avec maestria, tout en soulignant sa méconnaissance des problématiques abordées, a relevé les points saillants des exposés. A la grande satisfaction des intervenants et des organisateurs.

Alors, des Français concernés ?
Assurément !

Basile Mahan Gahé est décédé peu de temps après sa sortie de prison
Voir sur notre site : Après le décès de Basile Mahan Gahé, hommages chaleureux et nombreuses réactions

 

Clotilde Ohouochi, Jean-Jacques Guigon, Michel Dubois

 

Mohamed Amara, André Prochasson

 

 

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