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La Côte d’Ivoire est incapable de protéger ses prisonniers, qu’elle les libère !

Interview de Toussaint Alain
par Franck Harding M’Bra, pour Le Nouveau Courrier

Prisonniers politiques, mutineries, climat social en Côte d’Ivoire
Toussaint Alain : « Le gouvernement doit assumer ses responsabilités »

On a appris samedi le décès d’un 5ème prisonnier politique de la crise post-électorale de 2011 : le MDL Kouatchi Assie Jean, détenu depuis le 26 mars 2012 à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Comment réagissez-vous à cette autre mauvaise nouvelle ?

Je voudrais commencer par présenter mes condoléances à la famille, aux proches du défunt ainsi qu’à ses codétenus. C’est une grande tragédie pour les siens et une très triste nouvelle pour les mouvements de défense des droits de la personne. Le gouvernement risque de payer le prix politique de ce cinquième décès d’un détenu de la crise post-électorale. Kouatchi Assie Jean est mort prisonnier, enchainé sur son lit d’hôpital. Pendant longtemps, les demandes constantes de soins et d’assistance ont été refusées. En dépit des nombreux appels au secours, toutes les sollicitations sont tombées dans un silence létal de l’administration pénitentiaire. En le privant des soins appropriés alors que ce gendarme souffrait d’un cancer et d’autres infections, les autorités ont commis un crime virtuel, gratuit et prémédité. Je redoute que ce triste dénouement se reproduise à cause de la privation de soins médicaux, la torture et des conditions de détention des 247 autres prisonniers. D’ailleurs 185 détenus attendent toujours d’être jugés. Quand on n’a pas les moyens de juger ou de soigner des gens, on ne les emprisonne pas. Face à ces drames humains, il y a une extrême urgence à agir pour éviter d’autres drames. Le gouvernement doit assumer ses responsabilités et reconnaître enfin la nécessité de décrisper le climat en libérant ces détenus. Je demande à mes concitoyens de multiplier les plaidoyers pour sauver la vie de ces prisonniers de la crise post-électorales. Les enfants de notre pays ne méritent pas de mourir ainsi. Le besoin de justice est incompatible avec le revanchisme. Cette situation ternit l’image de la Côte d’Ivoire.

De nombreux prisonniers croupissent depuis des années dans les prisons du pays, sans jugement. Certains se meurent [à petit] feu. Pensez-vous que le régime Ouattara est disposé à aller à la réconciliation ?

Je n’ai pas sondé les cœurs et les reins du régime Ouattara. Je préfère me fier aux actes, aux signaux qui iraient dans le bon sens. Or, là, je ne vois absolument rien ! Je constate que le gouvernement vit dans un déni de réalité permanent. Dans leurs déclarations publiques, des ministres, et non des moindres, s’évertuent à minimiser ce dossier et même à ignorer carrément l’existence des prisonniers de la crise post-électorale. Le pouvoir ne peut pas indéfiniment garder des personnes en détention sans jugement depuis plusieurs années, en leur coupant illégalement tout accès aux soins de santé. Cela est inacceptable, inhumain. Vous savez qu’on a enregistré la mort d’un cinquième détenu. Un autre est entre la vie et la mort. Il s’agit du sergent Seri Daleba, actuellement interné au CHU de Treichville pour une tumeur à l’oreille. Il l’a déjà été au CHU de Cocody à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Ce prisonnier est placé en détention dans un hôpital mais il ne reçoit pas les traitements adéquats parce qu’il est sans ressources. Je m’interroge sur les droits des détenus en matière de santé. L’État devrait s’assurer que tout prisonnier est détenu dans des conditions qui sont compatibles avec le respect de la dignité humaine. Il lui incombe de prendre en charge ceux que son système judiciaire prive de liberté. Cela est-il acceptable dans ce pays où l’on distribue des milliards à des mutins ? Est-ce ainsi que nous pouvons construire une Nation forte, unie et prospère ? Nous avons le devoir de léguer aux générations futures un pays apaisé, fort de ses valeurs et de sa diversité. Or, notre gouvernement a tourné le dos aux valeurs élémentaires de la civilisation moderne : la compassion, la solidarité et l’humanisme. Le régime doit faire un geste de bonne volonté afin de donner de vraies chances à la réconciliation. Celle-ci ne peut s’incarner qu’à travers des actes de paix et de fraternité.

(…)

Lire l’article complet sur Le Nouveau Courrier du 22 mai 2017
ou en ligne sur : AfrikEco.com ou  Seneplus International

[Surtitre de la Rédaction]

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