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Aux mains de la DST

La Dst en Côte d’Ivoire « demeure un camp de torture… 20 personnes détenues à la Maca sont aujourd’hui très mal en point »

Interview de Désirée Douati  (Association des femmes et familles des détenus d’opinion de Côte d’Ivoire)
Par SD, Abidjan

Désirée Douati, la fille de l’ancien ministre de Laurent Gbagbo, Alphonse Douati, dirige depuis 2014, une association qui apporte aide et assistance aux prisonniers d’opinion ainsi qu’à leurs familles respectives. Elle parle dans cette interview du combat de l’Association des femmes et familles des détenus d’opinion de Côte d’Ivoire (Affdo-Ci).

Deux ans après la création de votre association, quel est votre bilan en termes d’actions en faveur des prisonniers d’opinion ?

Nous ne pouvons étayer les différentes actions que nous avons menées sur le plan diplomatique car la diplomatie est avant tout silencieuse ni les actions menées à l’endroit des détenus eux-mêmes et également des familles car nous leur apportons notre aide dans la discrétion. Cependant nous pensons que notre bilan général est négatif car les arrestations arbitraires continuent et nos parents demeurent toujours des otages.

A combien estimez-vous le nombre de prisonniers que vous défendez et qui sont-ils vraiment ?

Le nombre de détenus en Côte d’Ivoire comme j’ai pour l’habitude de le dire s’accroît de jour en jour. A cette heure précise, nous sommes à près de 300 détenus d’opinion dans les prisons légales et près de 100 à la Dst (Direction de la surveillance du territoire, ndlr) qui demeure un camp de torture. Les détenus sont des ivoiriens civils ou militaires. Ce sont des personnalités publiques mais également des citoyens ordinaires.

Quel est l’état des lieux dans les familles de détenus que vous avez dû visiter au cours de ces derniers mois ?

Les familles sont dans l’ultime détresse car tous les détenus sont de grands malades et tout porte à croire que le gouvernement se réjouit de voir leur santé se dégrader dangereusement. C’est triste, c’est inhumain et c’est pour cette raison que nous continuons de mener des actions certes discrètes afin que tous, sans aucune condition, recouvrent la liberté. Les familles des détenus sont à bout.

Le pouvoir n’est pas d’accord avec vous quand vous parlez de prisonniers politiques ou de prisonniers d’opinion. Comment justifiez-vous de votre côté l’usage de cette terminologie de « prisonniers politiques » ?

Nous considérons comme prisonnier d’opinion toute personne détenue ou restreinte dans sa liberté du fait de ses convictions politiques ou religieuses ou pour toute autre raison de conscience, de son origine ethnique. Aucun pouvoir, aussi dictatorial soit-il, ne peut se réjouir de détenir des personnes pour leurs opinions politiques. Ici, les faits sont concrets et visibles. Seules les personnes proches du Président Laurent Gbagbo sont injustement incarcérées. Seuls les corps habillés qui ont dit ‘’non’’ là où l’on leur demandait de dire ‘’oui’’ sont injustement condamnés comme c’est le cas du Général Dogbo Blé et de son adjoint Abi Jean pour ne citer que ceux-là. Il faut que cette justice de vengeance et de haine gratuite prenne fin car les détenus et leurs familles se meurent de jour en jour.

A la mi-mai, le décès du Mdl Kouatchi a ébranlé l’opinion ivoirienne surtout qu’il est décédé au Chu de Treichville, enchaîné sur son lit. Avez-vous des choses à dire sur les circonstances de ce décès ?

Je tiens avant tout propos à avoir une pensée pour sa famille biologique en particulier pour sa compagne Rose qui était à ses côtés et dont la souffrance est aujourd’hui silencieuse et profonde. J’ai également une pensée pour les détenus car ils sont plus endeuillés que nous. Enfin Je m’incline devant sa dépouille et prie afin que Dieu lui accorde cette paix qui lui a manqué durant 6 ans de détention arbitraire. Le MDL Kouatchi est décédé par la faute des services du Ministère de la Justice et M. Sansan Kambilé actuel Ministre de la Justice en est le 1er responsable car lorsqu’on est à la tête d’un Ministère, on est comptable des manquements graves au sein de ce département. Le MDL Kouatchi est mort par négligence car malade depuis décembre 2016, ce n’est qu’en mai 2017 qu’il a été transféré dans un centre hospitalier à la charge des membres de sa famille biologique et juridique. C’est grave !!!! Naturellement le mal s’était déjà propagé et lorsqu’il arrivait à l’hôpital il était déjà dans le coma. Malgré les soins reçus, il a rendu l’âme au Chu de Treichville. C’est l’occasion pour moi de remercier toutes les organisations de défense des droits au niveau national et international, le fonds de prévoyance militaire qui souhaitait l’évacuer dans une clinique et enfin tout le corps médical des centres hospitaliers universitaires de Yopougon et de Treichville. Nous leur sommes sincèrement reconnaissants.

Ce décès pose le problème des conditions de détention des prisonniers. Avez-vous enquêté pour dresser un rapport sur lesdites conditions ?

Ce décès pose surtout le problème du DROIT à la santé des prisonniers et de façon générale du traitement humain dû à leur égard. Selon le droit pénal international, un détenu a droit à la santé. En Côte d’Ivoire, il s’avère que les personnes détenues pour leurs opinions n’ont droit qu’à la mort. Lorsqu’elles sont malades, l’administration pénitentiaire attend qu’elles soient d’abord invalides avant de les transférer dans un centre hospitalier. Nous prions et implorons toutes les organisations nationales et internationales des droits de l’Homme afin qu’elles se préoccupent des conditions de détention des prisonniers d’opinion qui se meurent en Côte d’Ivoire. Il est bon de signaler que 20 personnes détenues à la Maca sont aujourd’hui très mal en point et en ce moment rien n’est fait pour leur prise en charge.

Plusieurs fois vous avez lancé un appel au gouvernement pour la libération des prisonniers. Depuis la justice va à son rythme et six ans après la fin de la crise postélectorale, ils sont encore nombreux en détention préventive. Comment envisagez-vous d’orienter votre démarche pour leur faire bénéficier de la liberté provisoire ou accélérer les procédures judiciaires contre eux ?

En commençant ce combat, nous étions conscients qu’il serait très long et nous nous sommes préparés en conséquence. Nous ne baisserons jamais les bras tant que nos parents seront emprisonnés et traités comme des animaux. Nous resterons debout jusqu’à ce que nous obtenions leur libération totale ! Le pouvoir en continuant de les détenir arbitrairement prouve à la face du monde que seule la tyrannie règne dans notre pays. Il faut libérer les détenus avant de parler d’émergence car aucun développement ne se construit dans l’oppression. Il faut libérer les détenus car aucune réconciliation n’est envisageable sans une justice équitable et impartiale. Il faut libérer les détenus car détenir des personnes sans raison c’est faire preuve d’un abus de pouvoir. Pour la dignité humaine, libérez nos parents !

In : Moacinter, 9 juin 2017
(Surtitre de la Rédaction)

 

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