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Un jour de plus en prison est un jour de trop !

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Conférence de presse
de
l’Association des Femmes et Familles des Détenus d’Opinion – Côte d’Ivoire

(AFFDO-CI) – Abidjan, le 12 avril 2018

 

PROPOS LIMINAIRE DE LA CONFERENCE DE PRESSE

 

Mesdames et Messieurs les journalistes.

Chers amis des médias traditionnels et des médias sociaux,

Au nom de l’ Association des Femmes et Familles des Détenus d’opinion (AFFDO-CI) que j’ai l’honneur de présider…

Au nom des détenus d’opinion, eux-mêmes…

Nous tenons à vous exprimer la gratitude de l’AFFDO-CI pour les efforts que vous n’avez [pas] ménagés pour répondre à notre invitation de ce jour.

Notre reconnaissance va également aux associations de défense des Droits de l’Homme qui, malgré leur calendrier si chargé, ont aussi effectué le déplacement jusqu’ici.

Nos remerciements s’adressent aussi aux ex-détenus présents dans cette salle.

Permettez-nous de saluer notamment Docteur Blé Christophe, médecin particulier du Président Laurent Gbagbo.

Yako, Docteur pour ce que vous tous avez enduré pendant votre séjour carcéral.

Yako à tous les ex détenus présents en ces lieux pour toutes les souffrances dont vous avez été victimes.

Chers amis journalistes, et journalistes-blogueurs,

Depuis 7 ans, l’expression «détenu d’opinion» est devenue une rhétorique dans le langage des Ivoiriens parce que le piétinement, l’étouffement de la liberté d’expression, au moyen de pratiques illégales, sont devenus la règle dans notre cher pays la Côte d’ivoire.

Ce bâillonnement des libertés brise des familles, déscolarise des enfants et compromet gravement la réconciliation, chantée et dansée.

Il est aux antipodes du vivre ensemble prôné par ceux qui dirigent la Côte d’Ivoire.

Mesdames et messieurs,

Au moment où nous vous parlons, les autorités ivoiriennes recourent toujours à des arrestations arbitraires face à des revendications légales.

Ainsi, 21 personnes ont été abusivement séparées des leurs suite à une marche pacifique et démocratique de la plate-forme Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS) organisée le 22 mars 2018.

Parmi ces personnes, Tcheide Jean Gervais, vice-président du FPI et porte parole de EDS.

Il est encore maintenu en prison au moyen d’un artifice judiciaire.

Gbokou Tchétché Alain, Serge Pkele et Gnazou Kouadio Raphaël sont également emprisonnés à la Maca après leur séjour à la DST.

Il faut préciser que Raphaël a été sauvagement torturé.

Pourtant nos parents, ces démocrates arrêtés, ne réclamaient tout simplement qu’une impérieuse réforme de la Commission Électorale Indépendante au profit de la démocratie.

Mesdames et messieurs,

Pour ce qui est du point des détentions, il faut noter que plusieurs pressions nationales et internationales ont fait passer le nombre des détenus d’opinion de 800 en 2013 à environ 300 aujourd’hui.

Ces chiffres, naturellement, ne prennent pas en compte les personnes détenues dans des lieux de détention inconnus.

Voici un bref rappel des chiffres

MACA : 228 personnes

ECOLE DE GENDARMERIE : 03 personnes

MAMA : 34 personnes

DIMBOKRO : 15 personnes

CAMP BENAL DE BOUAKE : 07 personnes

BOUNA : 01 personne

BOUNDIALI : 03 personnes

MAN : 01 personne

ABENGOUROU : 07 personnes

KOROGHO : 01 personne

KATIOLA : 01 personne

Dans le chiffre de la Maca, il est bon de préciser que les 4 personnes accusées de troubles à l’ordre public, lors de la dernière marche d’EDS, en font partie.

Chers amis,

Les méthodes utilisées à l’encontre des détenus d’opinion sont attentatoires, non seulement au droit des prisonniers, mais à leurs vies même.

Aussi avons-nous déjà enregistré 7 décès sans oublier que tous les détenus sont malades.

Concernant le droit des prisonniers, outre le fait qu’ils manquent de soins, c’est la pression et la forme de torture insidieuse qui leur sont infligées qu’il y a lieu de déplorer.

En effet, alors que les juges d’instruction chargés de leurs dossiers, siègent à Abidjan, les autorités s’offrent le droit de les transférer dans les prisons de l’intérieur.

L’information judiciaire les concernant va-t-elle se poursuivre par voie de commissions rogatoires ?

Sont-ce là des pratiques pour imprimer la célérité qui est de règle dans la Justice qui doit être rendue au nom du peuple ?

Pire, des personnes ayant purgé leur peine d’emprisonnement sont maintenues en détention aux motifs que de nouvelles charges pèseraient soudainement sur elles.

Les conditions de détention de cette catégorie de personnes sont rendues intenables pour des humains.

Chers amis des médias traditionnels et des médias sociaux,

Le cas qui nous interpelle, au plus haut point, et qui risque de faire école s’il n’est pas énergiquement dénoncé, reste celui de Mr Douyou Nicaise alias Samba David.

De quoi s’agit-il ?

Mr Doyou Nicaise a été arrêté à son domicile en Septembre 2015, suite à la manifestation démocratique organisée par la Coalition nationale pour le changement, en abrégé CNC.

Le motif standard invoqué n’était autre que sa participation à des troubles à l’ordre public ; finalement, il a été jugé et condamné à 6 mois d’emprisonnement fermes.

Chose révolutionnaire dans sa situation, c’est que, quoique condamné à 6 mois d’emprisonnement fermes par une juridiction régulière, Monsieur Doyou a été contraint d’exécuter sa peine, non pas dans un établissement pénitentiaire mais dans ce camp de torture qu’est la DST.

Pour un pays revendiquant sa place dans le giron des pays de droit, de telles situations cocasses laissent sans voix.

Ce n’est que presqu’à la fin de sa peine que le persécuté fut, comme par enchantement, accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat, puis transféré à la Maca.

Est-il sans intérêt de rappeler que, pendant sa détention à la DST, Mr Doyou Nicaise a été victime d’une grave crise de paludisme qui l’a emmené au seuil de la mort pendant 3 semaines avant qu’il ne reçoive la visite d’un médecin.

Toute situation montrant clairement que d’autres personnes, détenues dans ce triste endroit, ne reçoivent aucun soin médical.

Cette privation du droit à la santé s’observe également dans l’ensemble des établissements pénitentiaires, telle la MACA.

De tels agissements ne s’analysent autrement que comme une inexcusable violation du droit à la vie.

Aussi l’on est en droit de s’interroger sur les motivations du refus d’octroyer des soins de santé aux détenus d’opinion.

S’agit-il là de la mise en œuvre d’une politique d’extermination pour des motifs bassement politiciens ?

Est-ce la mort de nos parents que l’on souhaite ?

Pour empirer les souffrances de Samba David dont la situation est l’illustration la plus démonstrative de ce qui se passe dans les prisons, le détenu, comme vous le savez tous, Mesdames et Messieurs, a été nuitamment enlevé de sa cellule de la Maca, puis transféré manu militari à la prison civile de Korhogo.

Durant tout le trajet il lui a été interdit de boire de l’eau. Une torture de plus ! Une torture de plus !

Cette méthode de transfèrement des prisonniers loin de leurs juridictions d’attache, n’est d’ailleurs pas nouvelle.

Nous nous sommes toujours battues pour dénoncer cette forme de torture et avons obtenu gain de cause provisoire.

C’est en effet en Octobre 2012 que le régime a expérimenté, pour la toute première fois, cet autre moyen de persécution, ayant pour finalité de saper le moral déjà fragile des personnes détenues.

C’est ainsi que le Ministre Douati Alphonse et 42 Co-Accusés d’atteinte à la sûreté de l’Etat avaient été déportés de la Maca au camp de Mr Koné Zakaria, avant d’atterrir finalement à la MAMA.

Si le Ministre Douati avait été ramené à la MACA, certains de ses Co-accusés ont été, eux, dispersés dans les prisons de l’intérieur du pays où ils demeurent toujours, pour la plupart.

Le cas de Mr Douyou Nicaise n’est plus un cas isolé. Le régime a repris le transfèrement tous azimuts des détenus politiques d’une prison à l’autre, sans même en avertir leurs conseils qui se retrouvent chaque fois devant le fait accompli.

Tous agissements portant atteinte aux droits de la défense.

C’est le lieu de dénoncer le non respect des délais prescrits par la loi dans le cadre des gardes à vues et de la détention préventive.

Alors qu’une garde à vue ne peut durer plus de 48 h, les autorités ivoiriennes ont transformé en règle, la détention d’une [ou] de plusieurs personnes à la police et à la DST.

Ainsi, pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois et aujourd’hui 7 ans, on assiste à des incarcérations de plus de 18 mois.

CHERS AMIS DES MEDIAS

L’Observatoire ivoirien des droits de l’homme (OIDH) et de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme qui suivent les procès, relaient régulièrement, dans [leurs] communiqués, de tels dysfonctionnements dommageables.

Même l’opinion s’offusque de la disproportion des peines. Que dire alors du ressenti des familles que nous sommes ?

Chers amis des médias,

C’est pour y remédier que l’Affdo-Ci, qui est une organisation pour le respect de la dignité humaine, sensibilise le gouvernement et dénonce les manquements.

Dans cette logique, l’AFFDO-CI a organisé une série de manifestation dont celle de rue entre 2013 et 2015 et a participé à la mobilisation générale pour les droits démocratiques.

Nous poursuivons nos efforts diplomatiques pour qu’une loi d’amnistie ou toutes autres mesures soient prises dans les plus brefs délais en vue d’obtenir la libération incertaine de nos parents.

En un mot nous entreprenons toutes actions citoyennes et humaines qui doivent favoriser le recouvrement de leur liberté par les nôtres.

Cela aura l’avantage de donner un sens à notre existence, à travers une vie commune au quotidien avec nos parents.

MESDAMES ET MESSIEURS

CHERS AMIS DES MEDIAS

HONORABLES INVITES

Maintenant, au cas où tous ces moyens de revendications démocratiques laiss[er]aient encore les gouvernants indifférents aux souffrances des familles, il en va que, dans un délai que nous communiquerons ultérieurement, nous marcherons sur toutes les prisons dans lesquelles sont détenus les nôtres afin de les libérer et ce, à tous les prix !

Nous savons que ce dernier acte de désespoir sera réprimé, les femmes seront arrêtées, emprisonnées, bastonnées, violentées, blessées, et même tuées certainement.

Mais il y survivra toujours un parent ou une famille de détenu d’opinion pour ouvrir ces prisons.

A l’instar des femmes qui ont libéré les hommes de la prison de Grand-Bassam pendant la lutte anti coloniale, nous libérerons nos parents vaille que vaille !

Je vous remercie !

DESIREE DOUATI

(Source : Association des Femmes et Familles des detenus d’opinion·vendredi 13 avril 2018)

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